Ado-Actif continue de faire travailler des enfants à la commission

L’entreprise de vente de chocolat, qui avait fait l’objet d’une enquête dans Pivot, continue d’embaucher des enfants qui n’ont pas l’âge minimal pour travailler.
Montage: Pivot.

Ado-Actif se présente comme une entreprise dont la vocation est d’aider les jeunes, mais elle embauche des enfants qui n’ont pas l’âge minimal pour travailler. Ces derniers, qui doivent vendre des tablettes de chocolat sur la rue, touchent une fraction des ventes réalisées et sont laissés seuls sans supervision pendant de longues périodes. Malgré la controverse, l’entreprise poursuit ses activités cet été et ne semble pas se soucier de potentielles infractions aux normes du travail.

Ado-Actif, cette entreprise qui fait travailler des enfants à la commission, poursuit ses activités de vente de chocolat cet été. Pivot a documenté cinq cas dans des parcs à Montréal, dans les quartiers du Plateau-Mont-Royal, Villeray et Rosemont, ainsi qu’à Longueuil.

Dans au moins trois cas, les jeunes vendeur·euses ont dit être âgé·es de moins de quatorze ans, l’âge minimal pour travailler au Québec.

L’entreprise, qui affirme être un « programme » visant à « éloigner les adolescents des problèmes de la rue », avait fait l’objet d’une enquête de Pivot l’été dernier, révélant qu’elle opère comme une entreprise à but lucratif.

Ado-Actif embauche des jeunes dès l’âge de douze ans, qui travaillent de longues heures afin de vendre des produits chocolatiers, sans garantie de salaire, ne touchant qu’une fraction des ventes effectuées, soit 1,50 $ par tablette de chocolat vendue au prix de 6 $.

Le propriétaire de l’entreprise, Benjamin Lussier, avait affirmé transporter les jeunes vendeur·euses depuis les quartiers du nord de Montréal vers d’autres parties de la ville, où iels sont laissé·es seuls ou en groupe de deux, sans surveillance, pendant de longues périodes.

Quand un enfant cogne à la porte

En avril dernier, un jeune vendeur d’Ado-Actif toque à la porte de Julie*, avocate de formation et résidente de Longueuil. Le jeune, qui dit être âgé de treize ans, transporte le chocolat dans une glacière trouée.

C’est la première fois que Julie entend parler d’Ado-Actif, mais elle sent déjà que quelque chose ne tourne pas rond. C’est un dimanche soir, et elle est d’abord étonnée de voir un jeune travailler à cette heure, une veille de jour d’école.

Pendant l’échange, qui a été enregistré par Julie et qu’a pu consulter Pivot, le jeune indique que son patron, Benjamin Lussier, devait venir le chercher vers quinze ou seize heures : or, au moment où il toque à la porte de Julie, il est 18h30.

Afin d’inciter la cliente à acheter du chocolat, le jeune lui présente un dépliant sur lequel Ado-Actif est décrit comme un programme pour aider les jeunes en difficulté.

Il est aussi toutefois spécifié que les pourboires sont interdits. Si l’organisme existe pour aider les jeunes, « pourquoi est-ce qu’on ne peut pas faire de don? Comment ça? » s’interroge Julie.

Questionné par Pivot, le propriétaire de l’entreprise, Benjamin Lussier, défend ce choix. « On apprend aux jeunes à vendre des tablettes de chocolat. On n’apprend pas à ramasser les pourboires. »

« C’est comme ça. C’était comme ça il y a vingt ans et c’est comme ça maintenant aussi », ajoute-t-il, confirmant la longévité de l’entreprise qui opérait précédemment sous le nom Ado-Boulot.

@pivot.media

L’entreprise de vente de chocolat Ado-Actif, qui avait fait l’objet d’une enquête dans Pivot, continue d’embaucher des enfants qui n’ont pas l’âge minimal pour travailler. Notre journaliste Léa Beaulieu-Kratchanov revient sur les avancées du dossier et fait le point en vidéo.

♬ son original – Pivot Quebec
La journaliste de Pivot Léa Beaulieu-Kratchanov résume les grandes lignes du dossier Ado-Actif, en août 2025.

Après l’incident, Julie affirme avoir tenté de déposer une plainte auprès du Service de police de Longueuil, sans succès. Les policier·es lui auraient suggéré d’appeler le 911 la prochaine fois qu’un jeune vendeur l’aborde.

Elle a également effectué un signalement à la DPJ qui aurait indiqué que l’enfant était déjà connu des services de protection de la jeunesse.

Julie a aussi porté plainte à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST). Celle-ci n’a pas indiqué si une enquête était en cours.

Que fait la CNESST?

« Avez-vous été contacté par la CNESST? »

C’est la question qu’a posée Pivot à Benjamin Lussier, qui est resté silencieux à l’autre bout du fil avant de mettre fin à l’appel quelques secondes plus tard.

De son côté, la CNESST n’a pas non plus voulu fournir de commentaires quant au cas précis d’Ado-Actif, ni confirmé si l’entreprise faisait actuellement l’objet d’une enquête.

En septembre dernier, Pivot avait révélé qu’Ado-Actif uniquement avait fait l’objet de deux plaintes auprès de la CNESST, liées à des salaires impayés. La CNESST n’avait pas voulu indiquer si elle menait ou avait mené des enquêtes suite à ces plaintes.

La Commission affirme intervenir auprès des jeunes qui travaillent « de façon plus ciblée », par le biais de son Escouade prévention jeunesse ainsi que d’un programme de prévention dans les écoles primaires et secondaires. Elle indique également avoir mené une campagne publicitaire visant à sensibiliser les employeurs et les employé·es des derniers amendements à la loi sur le travail des enfants.

Questionnée à savoir comment elle assure le respect de la loi sur le travail des enfants, qui depuis septembre 2023, a instauré l’âge minimal de quatorze ans pour travailler au Québec, la CNESST confirme simplement qu’elle applique ces nouvelles dispositions.

En 2024, la Commission affirme avoir mené un total de 1061 inspections lors desquelles 27 infractions de non-conformité ont été constatées chez des employeurs qui embauchaient des mineur·es. Du lot, seulement quatre concernaient l’interdiction de faire travailler un enfant de moins de quatorze ans.

*Nom fictif.

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