Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Les problèmes de logements et d’insécurité alimentaire sont intimement liés, selon une analyse récemment publiée par l’Observatoire québécois des inégalités. Si d’autres facteurs entrent en ligne de compte, le fait d’être locataire, particulièrement si on habite un logement qui ne correspond pas à ses besoins, augmente significativement les chances qu’on souffre aussi d’insécurité alimentaire.

Plus du quart (26,3 %) des locataires québécois vivaient une forme ou une autre d’insécurité alimentaire en 2022, selon une nouvelle enquête menée par l’Observatoire québécois des inégalités (OQI).

Cette proportion est beaucoup plus élevée que celle qu’on retrouve dans la population générale (15,7 %) et est pratiquement le triple de celle des personnes qui possèdent leur logis (9,2 %).

Toutes proportions gardées, les locataires avaient 131 % plus de probabilité d’être en situation d’insécurité alimentaire que les personnes propriétaires de leur logement, rapporte l’analyse.

« Nous savions qu’il y avait un lien, mais l’importance de celui-ci nous a vraiment surpris », remarque Sandy Torres, chercheuse à l’OQI et auteure du rapport.

L’état du logement joue pour beaucoup

Les locataires occupant un logement qui ne convient pas ou qui convient mal à leurs besoins sont également beaucoup plus susceptibles de devoir composer avec de l’insécurité alimentaire.

Par exemple, 30 % des ménages qui consacrent plus de 30 % de leur revenu pour acquitter leur loyer étaient en situation d’insécurité. En comparaison, seulement 14 % du reste des personnes habitant des loyers dans le secteur privé étaient dans la même situation.

Une situation similaire s’applique pour les personnes habitant un logement nécessitant des rénovations majeures, ainsi que celles demeurant dans des habitations trop petites pour le nombre de personnes qui y habitent.

Toutes proportions gardées, les locataires avaient 131 % plus de probabilité d’être en situation d’insécurité alimentaire.

Les personnes qui doivent composer avec tous ces facteurs – loyer trop cher, logement nécessitant des rénovations et de taille insuffisante – sont généralement considérées comme ayant des besoins impérieux en matière de logement. Une personne sur deux vivant cette situation doit également composer avec de l’insécurité alimentaire, selon l’étude.

Qui plus est, 16,1 % d’entre elles vivent de l’insécurité alimentaire grave, impliquant qu’elles doivent régulièrement sauter des repas, faute de moyen de se nourrir.

« Malheureusement, quand les gens se retrouvent coincés financièrement, la nourriture est le poste de dépense qui écope en bout de ligne », remarque Sandy Torres, qui a conduit de nombreuses entrevues sur le terrain dans le cadre de ses recherches.

Penser logement et alimentation ensemble

Si les deux phénomènes que sont l’insécurité alimentaire et les problèmes de logement apparaissent comme intimement liés à la lumière de l’étude, il faut toutefois résister à la tentation d’établir des liens de cause à effet, prévient Sandy Torres.

En effet, puisque d’autres facteurs comme le revenu, la qualité du filet social ou l’intégration dans la communauté pourraient agir sur les deux réalités, prouver un lien de causalité entre celles-ci aurait nécessité une analyse statistique beaucoup plus approfondie, notamment en suivant le parcours de plusieurs personnes sur une très longue période.

« Malheureusement, quand les gens se retrouvent coincés financièrement, la nourriture est le poste de dépense qui écope en bout de ligne. »

Sandy Torres, Observatoire québécois des inégalités

L’analyse met toutefois en exergue l’importance de penser le logement et l’alimentation en parallèle pour les comprendre et tenter de s’y attaquer. « Il faut jouer sur plusieurs niveaux si on veut bien comprendre ces réalités », remarque la chercheuse.

Elle souligne tout de même que les personnes avec qui elle a discuté sur le terrain sont presque unanimes sur l’importance, dans leur lutte pour améliorer leur situation, d’avoir un loyer qui correspond à leurs besoins et à leurs moyens.

« Les gens sont assez clairs. Ils disent que d’agir sur les loyers devrait être la priorité », conclut-elle.

Certain·es locataires encore plus vulnérables

Le rapport s’est aussi intéressé à la façon dont d’autres caractéristiques peuvent influencer les chances que certains ménages se retrouvent en situation d’insécurité alimentaire, mais aucune n’a autant d’influence que le fait d’être locataire.

Par contre, appartenir à une minorité visible augmente tout de même considérablement les chances de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire et de logement. Les personnes dans cette catégorie représentaient 39,3 % des ménages alliant besoins impérieux en matière de logement et insécurité alimentaire, alors qu’elles ne forment que 18,2 % de la population.

Elles forment aussi la majorité (70,7 %) des ménages ayant à la fois de la difficulté à se nourrir et devant se contenter de logement trop petit.

Des caractéristiques partagées, dans une moindre mesure, par la population d’origine immigrante.

Du côté du genre, les problèmes de logement combinés à l’insécurité alimentaire se répartissent de façon plutôt égale lorsqu’on considère l’ensemble de la population.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas des différences marquées dans certains sous-groupes. Par exemple, les familles monoparentales menées par une femme étaient beaucoup plus susceptibles de se retrouver dans cette situation que celles menées par des hommes.

Mais les hommes seuls étaient plus nombreux à vivre une réalité similaire que leurs homologues féminines.

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