Iran : quand la machine à fabriquer le consentement ne cache même plus ses rouages

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Iran : quand la machine à fabriquer le consentement ne cache même plus ses rouages

La fabrique du consentement à de nouvelles guerres roule à plein régime et notre classe politique a choisi son camp – celui des criminels contre l’Humanité.

Insatiables dans leurs fantasmes guerriers et génocidaires, les va-t-en-guerre israéliens ont ouvert un nouveau front en frappant l’Iran avec la bénédiction des fascistes américains.

Lundi soir, alors qu’Israël lançait une autre vague de missiles balistiques sur l’Iran, j’ai pris des nouvelles d’une jeune journaliste iranienne que j’avais rencontrée lors d’un congrès anti-impérialiste à Caracas en janvier 2020.

Elle allait bien, heureusement, malgré le nombre de civil·es mort·es, qui continuera d’augmenter tant que continuera cette pluie de missiles provoquée par les fossoyeurs de la Knesset.

« P » m’avait invité, il y a quelques mois, à commenter sur les efforts de mobilisation contre le génocide à Gaza et sur les mouvances anti-impérialistes au Québec à la télé d’État iranienne, où j’ai pu aussi parler de la mouvance révolutionnaire chez les indépendantistes en opposition au courant mainstream ethno-nationaliste, histoire de permettre à son auditoire d’avoir un point de vue critique sur ce qui passe en termes de dissidence au sein de l’Empire occidental.

On m’avait alors traité de tous les noms – pro-ayatollahs, pro-russe et même traître.

Or, on peut penser ce qu’on veut du régime des mollahs, ça ne justifie en rien ce crime de guerre, un autre, perpétré par le régime Netanyahou!

D’autant plus que cela se veut vraisemblablement une tentative de changement de régime. La question se pose à l’heure actuelle : qui remplacerait Ali Khamenei et son Conseil de la révolution islamique?

Le retour de la dictature militaire des Pahlavi, sans doute, à la solde des intérêts occidentaux! Et ce, avec la complicité renouvelée des « médias des gens de bien ».

C’est du moins mon hypothèse – celle du régime « démocratique » à l’irakienne est aussi fort possible, tant qu’à parler de crime contre l’Humanité qui se ressemblent.

Réécrire l’histoire

Le hasard aura voulu que je tombe un peu accidentellement sur Propaganda, l’essai classique écrit par Edward Bernays, un des « pères fondateurs » de ce qu’on appelle avec euphémisme les « relations publiques ». Je dis « accidentellement » parce qu’il se trouvait dans le mauvais rayon alors que je bouquinais.

Le hasard, dit-on, fait souvent si magnifiquement les choses qu’on voudrait croire à un grand arrangement déterministe à l’échelle cosmique.

Dans son livre, paru une première fois en 1928 et réédité au Québec chez Lux en 2008, Bernays s’affaire à démontrer à quel point nos comportements, nos opinions, nos perceptions et nos idées sont influencés, voire forgées par des gens travaillant à l’ombre des firmes des relations publiques, des agences de publicité, des think tanks et, oui, des grands médias.

L’exemple de l’Iran est criant de vérité à ce chapitre.

On en parle peu ici, mais les grands médias français comme Paris Match et Le Point proposent périodiquement des articles favorables à propos des Pahlavi, la famille royale iranienne au pouvoir durant des générations avant d’être éjectée en 1951 par l’élection de Mohammad Mossadegh, aux visées laïques et socialistes.

Depuis quelques jours déjà, les médias français nous badigeonnent avec de la propagande pro-Pahlavi, comme si le changement de régime avait été décrété dans les hautes officines politiques.

Celui-ci a cependant signé en un instant son arrêt de mort politique en évinçant les pétrolières britanniques et américaines d’Iran avec un grand chantier de nationalisation et de réappropriation des ressources du pays.

Son gouvernement démocratique fut ensuite renversé avec l’aide notable de la CIA pour remettre les Pahlavi au pouvoir, semant ainsi les germes de la révolution islamique de 1979 qui allait inaugurer le régime actuel.

Un régime totalitaire? Autoritaire serait peut-être plus exact, puisque l’Iran possède un parlement fonctionnel avec des premiers ministres tantôt conservateurs, tantôt réformistes, comme le fut de manière notable Mohammad Khatami dans les années 1990.

Le retour au pouvoir des Pahlavi signifierait l’avènement d’un autre régime totalitaire, en somme, mais qui redonnerait les clés des raffineries de pétrole aux bandits internationaux que sont les pétrolières occidentales. Quoiqu’on arriverait au même résultat avec une république fantoche.

Préparer le terrain

Encore une fois, l’Occident se salit les mains avec le sang des innocent·es, avec le consentement tacite de ses populations à qui on présente un conflit entièrement provoqué par Israël, mais en le décrivant comme une « guerre préventive » sous l’impulsion des fabricants d’opinions et avec l’aide béate des journalistes et commentateur·trices occidentaux·ales.

Et depuis quelques jours déjà, les médias français nous badigeonnent avec de la propagande pro-Pahlavi, comme si le changement de régime avait été décrété dans les hautes officines politiques d’où partent les mémos vers les bureaux des rédactions.

Dans Propaganda, Bernays avance que les mécanismes d’influence en politique et en vulgaire marketing sont essentiellement les mêmes. Ce n’est pas pour rien que son travail comme consultant publicitaire pour la compagnie United Fruit a jeté les bases du coup d’État pro-américain de 1954 au Guatemala.

C’est ainsi que l’attaque unilatérale et sans provocation (autre que le fait d’exister) d’Israël contre l’Iran pousse notre infiniment sage Grand Commentariat et notre classe politique à enterrer les voix des morts innocentes à coup de jappements à propos du programme nucléaire iranien et du « droit d’Israël à se défendre ».

L’Occident se salit les mains et présente un conflit entièrement provoqué par Israël en le décrivant comme une « guerre préventive ».

Mark Carney, le bandit de grand chemin déguisé en premier ministre, a choisi son camp et, par défaut, celui du Canada, qui emboîte le bas de ses co-vassaux français, britanniques et allemands – pendant que notre propre petit régime de Vichy à caractéristiques québécoises refuse toujours de fermer son bureau du Québec à Tel-Aviv.

Et que les nombreuses voix juives dissidentes sont absentes des ondes et des pages de journaux, au profit du point de vue sioniste des enragés du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).

Bernays serait fier des petits chiens de poche qui aboient les messages des maîtres.