Luc Ferrandez propose d’euthanasier des personnes handicapées

L’animateur au 98,5 FM a affirmé en ondes que la mort de personnes vivant avec un handicap sévère serait une solution au système public surchargé.
Source: Capture d’écran du site 985fm.ca, Montage: Pivot

L’animateur Luc Ferrandez a suggéré d’offrir une « libération » aux personnes handicapées – c’est-à-dire de les tuer – à l’antenne de la station de radio 98,5 FM. Cette déclaration a fait réagir les organismes de défense de droit et semé l’inquiétude chez les personnes handicapées, dans un contexte de coupures dans les services de soins à domicile.

Luc Ferrandez et Nathalie Normandeau, au micro de la station de radio 98,5 FM, discutaient jeudi dernier d’un article publié le même jour par La Presse au sujet d’une jeune femme souffrant d’un syndrome rare et d’une déficience intellectuelle, « Florence », qui s’est retrouvée au « trou » en centre de détention, faute de ressources adéquates.

« La première chose qu’on doit faire, c’est arrêter de penser qu’il y a une place pour ces personnes-là, en disant “l’État devrait s’en occuper”. Il faut arrêter ça tout de suite. Après ça, la discussion est ouverte », a déclaré en ondes l’ex-maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, qui co-anime l’émission La Commission.

« Il y a toutes sortes de symptômes », rapporte Luc Ferrandez. Parmi ceux-ci, des gens « qui ne ferment jamais la bouche, qui bavent continuellement, qui font de l’écholalie, des sons répétés ».

« Au début tu te dis, c’est pas si grave, mais la personne qui est à côté de celle qui fait des sons répétés, des sons stridents, je peux-tu te dire qu’après deux jours, [elle] en [peut] plus », affirme l’animateur.

« Alors, on fait quoi? » se questionne sa co-animatrice, l’ex-ministre Nathalie Normandeau. « Moi, j’avoue que je ne sais pas quoi répondre, parce qu’il n’y a aucune ressource tant au privé qu’au public. »

Elle soulève que des auditeur·trices ont évoqué l’aide médicale à mourir. Ce à quoi Luc Ferrandez rétorque : « Je pense qu’il faut lui trouver un autre nom, c’est une forme de libération qu’il faut inventer pour ces personnes-là. »

Un peu plus tard, Luc Ferrandez poursuit en affirmant, au sujet des personnes souffrant d’un handicap sévère : « J’aime mieux la solution de les amener à une forme de libération. Je ne veux pas dire mourir, mais je veux dire une façon de mettre fin à leur douleur, mais en le faisant avec l’approbation des parents. »

Il évoque la possibilité, lorsque les parents ne sont pas présents, qu’un « comité de sages » puisse statuer sur le droit de vie ou de mort des personnes.

« Au lieu d’appeler ça “aide à mourir”, si on appelait ça soins palliatifs? », euphémise l’animateur. « Si on disait : chaque crise que cette personne-là vit doit être considérée comme un symptôme d’une maladie profonde, et on la traite avec une médication qui pourrait amener au décès à la longue ? Quelque chose de doux comme ça », propose-t-il.

Luc Ferrandez justifie sa réflexion par la fragilité des services publics. « Beaucoup de gens nous écrivent », rapporte-t-il, « qui travaillent dans les ressources et qui se rendent compte que les moyens ne sont pas au rendez-vous, le personnel n’est pas au rendez-vous […] Les gens abondent dans l’idée de mettre fin aux souffrances », assure-t-il.

Des déclarations « irresponsables »

« J’ai trouvé ça outrageux! » déclare Steven Laperrière, en réaction à ce segment diffusé à la radio.

Steven Laperrière est directeur général du Regroupement des activistes pour l’inclusion du Québec (RAPLIQ), un organisme d’accompagnement et de défense des droits des personnes handicapées, qui a publié une déclaration en réaction aux propos tenus en ondes.

« Ce sont des gens qui ont toutes sortes d’enjeux de santé, de mobilité, d’inclusion, d’accès au travail, d’accès à toute sorte de services. Ben là, de se faire dire sur une émission de grande écoute à la radio “on pourrait peut-être les libérer”, c’est pas fort, c’est irresponsable », s’insurge le directeur général.

Ce qu’il trouve déplorable, c’est que « ça revient à dire que comme on ne trouve pas de place pour madame, comme le gouvernement coupe dans les services de ressources intermédiaires, parce qu’il y a une pénurie de personnel, parce que ci, parce que ça […] parce qu’on ne trouve pas de place pour ces personnes-là, peut-être qu’on devrait penser à les euthanasier ».

Les propos « ont créé une grande anxiété chez les responsables d’organisme de défense de droits, mais aussi chez les personnes handicapées et leur famille. On a passé la fin de semaine à gérer ça », rapporte-t-il.

Les personnes handicapées ont interprété ces déclarations comme le fait que « [leur] vie ne vaut pas grand-chose, et qu’eux, ils disent “ben tuez-les donc” », raconte Steven Laperrière.

« Je comprends que ce n’est pas le sens [que Luc Ferrandez et Nathalie Normandeau] voulaient donner à leur propos, mais c’est ce qu’ils ont dit quand même. Pis ça, ça fait mal. Ça fait vraiment mal », dit-il.

Cette discussion survient dans un contexte de réévaluation des services de soutien à domicile par le gouvernement du Québec, explique Steven Laperrière. « Quand on dit “réévaluation”, on peut-tu se dire qu’on parle de coupures de services? On veut diminuer les services le plus qu’on peut. »

Les personnes handicapées sont donc déjà dans un état d’inquiétude, elles craignent de se voir couper leurs services. « Est-ce que c’est parce que le gouvernement coupe partout qu’on doit délaisser ces personnes-là? » demande-t-il.

« Est-ce qu’on démissionne sur ces personnes-là parce que le gouvernement ne donne pas les services? » questionne Steven Laperrière. « Je pense qu’on doit talonner le gouvernement pour qu’il donne les services pour que tout le monde, sans exception, handicapé ou pas, puisse vivre dans la dignité avant de mourir dans la dignité. »

« Des excuses de pacotilles »

Selon Steven Laperrière, le sujet aurait mérité « beaucoup plus de nuances ».

C’est aussi ce qu’a dit Nathalie Normandeau, en revenant sur le sujet le mardi 20 mai, toujours au micro de La Commission. « Si je l’ai fait de manière maladroite, je m’excuse », a-t-elle dit, en affirmant que « c’est une discussion qui a fait énormément réagir ».

« Il y a des auditeurs qui ont interprété certains de nos propos […]  Jamais au grand jamais on n’a soulevé la possibilité ou l’option de l’aide médicale à mourir des cas plus lourds, des personnes handicapées dont les cas seraient plus extrêmes. Jamais, jamais, on a envisagé ça », a assuré Nathalie Normandeau.

« Attends, Nathalie, moi, je l’ai évoqué quand même », lui a répondu Luc Ferrandez.

Il s’est désolé que des personnes aient pu « faire des amalgames entre nous et l’Allemagne nazie » et a affirmé que « c’est nous faire insulte, ce n’est pas connaître notre humanisme à tous les deux ».

Pour Steven Laperrière, ce sont « des excuses de pacotilles » et les co-animateur·trices « n’ont rien fait d’autre que de persister et signer ».

Steven Laperrière concède que bien que ce ne soit peut-être pas l’intention des co-animateur·trices, les propos tenus en ondes étaient clairs : « on devrait avoir le choix de se débarrasser des personnes trop encombrantes pour la société ».

En ondes mardi, Nathalie Normandeau a aussi proposé de faire venir des expert·es pour poursuivre la discussion.

Pour Steven Laperrière, ces expert·es doivent inclure des personnes handicapées. « Il faut travailler avec des gens qui connaissent le handicap, qui sont capables de comprendre les sentiments d’une personne handicapée », dit-il.

Luc Ferrandez n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

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