Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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En stabilisant les personnes vulnérables dans leur milieu de vie, le logement social et communautaire permet d’économiser des centaines de millions de dollars annuellement aux services publics québécois.

Chaque dollar investi dans la Société d’habitation du Québec (SHQ) durant l’année fiscale 2023-2024 a permis de dégager 1,32 $ en revenus et en dépenses évitées pour le secteur public, selon une étude indépendante réalisée pour le compte de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), un réseau qui soutient le développement du logement communautaire.

Ce calcul comprend l’ensemble des investissements fédéraux et provinciaux consacrés à la construction de logements sociaux et communautaires (HLM, organismes à but non lucratif, coops), au fonctionnement des organismes d’habitation et aux subventions au loyer.

« Et pour arriver à ces chiffres, l’étude a été plutôt conservatrice dans son choix d’éléments à inclure dans le calcul [des retombées] : l’impact réel est encore plus grand », souligne Tommy Théberge, directeur général de l’AGRTQ.

L’étude démontre toutefois que les programmes d’aide au loyer ont des impacts économiques beaucoup moins intéressants que la construction de logement social, ne rapportant que 0,61 $ à l’État par dollar investi, comparativement à 1,82 $ pour un projet de construction d’un logement social ou communautaire.

Un moteur économique

Cette situation s’explique notamment parce que les programmes de subventions au loyer ont comme principal impact économique de permettre aux personnes qui en bénéficient de dégager une partie de leurs avoirs pour consommer, ce qui génère des revenus à travers les taxes de vente et à travers l’impôt sur les entreprises qui vendent et produisent des biens et services.

Comparativement, la construction et le maintien de logement social permettent de générer et de conserver des emplois. Entre 2018 et 2024, l’étude estime que les investissements de la SHQ ont par exemple mené à la création ou au maintien de 10 000 emplois dans le secteur de la construction résidentielle. À cela, il faut ajouter un impact économique qui s’étend à toute une chaîne logistique et à plusieurs entreprises du secteur des services.

Une activité économique qui mène à de nouveaux revenus pour l’État à travers la collecte de taxes et d’impôts tout au long de la chaîne.

De cette façon, les 428 millions $ fournis en 2023-2024 par Québec pour la construction et la rénovation de logements sociaux et communautaires, ainsi que pour le fonctionnement des organismes d’habitation, ont mené à plus de 235 millions $ de revenus supplémentaires pour le Québec.

Un milieu de vie

Mais l’impact économique du logement social et communautaire dépasse largement ce simple effet de stimulation économique, prévient Émilie Dazé, une des chercheuses derrière l’étude.

« Lorsqu’une personne a accès à un logement, ça lui donne la chance de redevenir une citoyenne à part entière. Son angoisse diminue, elle peut recommencer à avoir des projets, à travailler, à contribuer d’une foule de façons », explique-t-elle.

« Et tout ça, c’est parce que du logement social, ce n’est pas qu’un toit, c’est un milieu de vie où on s’entraide et où on apprend à vivre ensemble. »

En se stabilisant ainsi dans une communauté, les personnes qui profitent du logement auront moins besoin de s’appuyer sur les services publics pour assurer leur survie et leur développement, ce qui mène également à des économies pour l’État.

« Lorsqu’une personne a accès à un logement, ça lui donne la chance de redevenir une citoyenne à part entière.»

Émilie Dazé, chercheuse

Selon l’étude, le fait d’habiter dans un logement social et communautaire a un impact mesurable sur la santé de ces locataires par rapport aux personnes qui habitent les autres types d’habitation. Cela se traduit par une diminution du nombre de soins qu’ils doivent solliciter chaque année.

Le logement social québécois aurait ainsi permis d’éviter environ 23 400 hospitalisations et 18 300 voyages en ambulance en 2024, et donc d’économiser plus de 36 millions $ en dépenses pour le gouvernement.

Les personnes logées dans ce type d’habitation auraient également besoin de moins de médicaments pour gérer des troubles anxieux. Selon l’étude, cela permettrait d’économiser 320 000 $ annuellement.

Les logements financés par la SHQ auraient aussi permis de sortir durablement de l’itinérance environ 10 500 personnes en 2024, selon les estimations de l’étude. Cela permettrait à l’État d’épargner 268 millions $ dans des programmes encadrant et luttant contre l’itinérance.

En somme, ce sont 354,9 millions $ qui auraient ainsi été économisés par le gouvernement du Québec en 2023-2024, d’après l’étude.

« On parle de retombées majeures qui montrent que c’est un bon choix d’investir dans nos communautés », souligne Tommy Théberge.

Par contre, il ne faut pas considérer que le logement social peut venir remplacer les organismes et les ressources qui viennent en aide aux personnes dans le besoin : il est plutôt un ancrage qui permettra d’étendre la portée des efforts déployés, prévient Émilie Dazé.

« C’est un vecteur à la fois pour l’entraide, mais aussi pour faciliter les interventions des spécialistes. C’est tout un tissu social qui se met en place quand on construit du logement social, et qui bénéficie à tout le monde », résume-t-elle.

« Sans oublier qu’il y a plein d’effets difficiles à quantifier », ajoute Tommy Théberge. « Quand on habite dans un endroit où on est fier de vivre, dans des endroits qui sont sécuritaires et propres, ce que les logements encore abordables au privé n’offrent pas toujours, ça peut avoir des effets incroyables sur la vie des gens. »

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