Des villes plus vertes, mais pour qui?

Francis Dolan Chroniqueur · Pivot
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Des villes plus vertes, mais pour qui?

Si la transition climatique n’est pas aussi sociale, les plus vulnérables seront encore laissés pour compte et les objectifs ne seront pas atteints.

J’étais au Sommet Climat Montréal 2025 lorsqu’il s’est ouvert mardi matin, sous le signe de la collaboration et de l’appel aux partenariats entre les acteurs institutionnels, politiques et ceux du développement immobilier, de la finance et du monde des affaires.

En tant que néophyte des mobilisations environnementales, ma première surprise a été de voir le fait social complètement évacué du projet de transition lors de ce rendez-vous annuel. À chaque occurrence, on se limitait à parler de transition « climatique » et « écologique ».

Dans un contexte où les inégalités s’aggravent et où les premières victimes des changements économiques et climatiques sont les personnes à faible revenu, les locataires et les personnes vulnérables, ne pas viser une transition qui vise à atteindre à la fois une justice sociale et climatique est un coup d’épée dans l’eau qui en laissera plusieurs de côté.

Freiner l’étalement urbain

Laurence Vincent, présidente du promoteur Prével et co-présidente d’honneur du Sommet Climat Montréal, a martelé à chacune de ses prises de parole qu’il était impératif de limiter l’étalement urbain et de plutôt favoriser la densification des quartiers centraux.

Cette injonction est consensuelle parmi les développeurs et décideurs qui souhaitent préserver les zones agricoles, les milieux humides et nos forêts.

Pour la présidente de Prével, la vie dans les quartiers centraux est à la fois une nécessité environnementale, mais aussi un choix qui améliore le bien-être : proximité avec les services, les commerces, son travail, ses voisins. Elle reconnaît que la mentalité québécoise reste encore aujourd’hui « accrochée au rêve de la maison unifamiliale », mais qu’il est impératif de provoquer un « changement de comportement essentiel à la transition écologique, en encourageant la propriété dans des zones bien desservies par les transports collectifs ».

Cette perspective de développement est soutenue par plusieurs arguments. Elle encourage entre autres l’utilisation des transports actifs et collectifs au lieu de se reposer sur les voies de transports automobiles qui ont façonné les banlieues québécoises dans les dernières décennies.

Il est impératif de limiter l’étalement urbain et de plutôt favoriser la densification des quartiers centraux.

Les municipalités et les réseaux de transport en commun doivent aujourd’hui s’étendre pour rejoindre des secteurs qui n’ont pas été construits dans cette optique et dont la densité n’est souvent pas suffisante pour justifier les frais d’infrastructure.

Après trois ans à la mairie de Sherbrooke, Évelyne Beaudin l’affirme : « on s’est rendu compte que l’étalement urbain n’était pas si payant que ça ».

À Sherbrooke, le Plan nature adopté en 2024 a servi à protéger les milieux naturels aux abords de la Ville. Représentant actuellement 53 % du territoire de la municipalité, ceux-ci ne pourront descendre sous la barre des 45 %. L’administration sherbrookoise atteste ainsi de sa volonté de préserver une forte majorité de ses forêts et espaces naturels.

Dans les derniers jours, la Ville de Montréal a annoncé des projets en très forte densité, comme celui du Groupe Mach au coin Lacordaire et Jean-Talon, dans l’arrondissement Saint-Léonard. En utilisant des super-pouvoirs octroyés par le gouvernement du Québec en vertu du projet de loi 31, la Ville de Montréal s’apprête à déroger à ses propres règles d’urbanisme pour permettre un projet allant jusqu’à 25 étages, sans réelles retombées sociales ni exigences de verdissement.

Éco-blanchiment et gentrification

Laurence Vincent l’a affirmé à plusieurs reprises : les projets qu’elle développe sont dus à ses investisseurs, qu’elle remercie chaleureusement de suivre Prével dans ses entreprises immobilières.

Lorsque le marché le permettait, Prével construisait des condominiums. Maintenant que les coûts de construction sont trop élevés et que très peu de Montréalais·es ont les moyens de les acheter, l’entreprise s’est tournée vers le marché locatif.

C’est le cas avec le nouveau développement de l’Esplanade Cartier, dans Centre-Sud, où le loyer d’un quatre et demi avoisine les 2500 $ par mois. Un prix qui est devenu la norme dans les développements locatifs privés.

Les solutions à la crise climatique doivent répondre aux besoins de se loger de tout le monde.

Une gestion locative qui doit d’abord répondre aux exigences des investisseurs ne rend guère possible la préservation de loyers réellement abordables ni même une protection des droits des locataires.

À quoi bon défendre le rêve idyllique de quartiers centraux densifiés si c’est pour en exclure plus de la moitié de la population montréalaise?

Les solutions à la crise climatique ne peuvent pas résider que dans des règles d’urbanisme et de zonage ni dans des modifications techniques quant à nos choix de matériaux de construction.

Elles doivent avant tout répondre aux besoins de se loger de tout le monde. Des jeunes familles, des personnes seules, des personnes vieillissantes. Les quartiers que nous construirons devront être résilients, énergétiquement efficaces et inclusifs, puisque si nous laissons des voisins derrière, la transition socio-écologique n’aboutira pas.

Pour ce faire, tous les paliers de gouvernement devront mettre l’argent nécessaire pour des logements bien construits et pas hors de prix.