Si les municipalités sont les principales utilisatrices d’eau dans la province, certains secteurs industriels, comme ceux des pâtes et papiers, des mines et de la métallurgie, ou encore des boissons, pompent aussi d’importantes quantités de cette précieuse ressource. Dans le secteur des boissons, la majeure partie de l’eau captée l’est par des entreprises étrangères.
Avant 2020, les données sur le captage de l’eau au Québec étaient très fragmentaires. C’est pourquoi l’organisme Eau secours! et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) ont demandé en 2018 l’accès à cette information, un processus qui s’est soldé par une réussite.
Depuis l’an dernier, à la suite de l’adoption d’une loi par l’Assemblée nationale, le ministère de l’Environnement rend publiques les informations sur le prélèvement d’eau par les entreprises. Nous savons donc désormais qui exploite la ressource et dans quelle proportion.
Voici un tour d’horizon basé sur les données les plus récentes, qui concernent l’année 2023.
UN PEU DE TRANSPARENCE POUR L’OR BLEU
Cet article fait partie d’une série de trois textes sur les acteurs politiques et économiques qui convoitent les eaux québécoises et canadiennes.
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Qui exploite l’eau?
Les plus grands capteurs d’eau au Québec sont les municipalités, sans surprise. À elles seules, les municipalités pompent près de deux mille milliards de litres, ce qui correspond environ aux deux tiers de l’eau captée chaque année.
La Ville de Montréal est responsable de près du cinquième de toute cette exploitation, avec un total de 541 milliards de litres. Un cube qui aurait ce volume serait haut de 815 mètres, soit à peine plus petit que le Burj Khalifa, le plus grand gratte-ciel au monde.
Le secteur privé n’est pas en reste. Le tiers de l’eau captée annuellement au Québec, près de mille milliards de litres, l’est par des entreprises.
Les industries qui sont les plus gourmandes sont les papeteries, les mines, et les industries chimiques et pétrochimiques.
L’industrie des boissons
Bon nombre des entreprises qui captent l’eau du Québec œuvrent dans le secteur des boissons, ce qui inclut les entreprises d’embouteillages et de transformation. En 2023, cette industrie a pompé plus de 8 milliards de litres.
Contrairement aux municipalités, qui utilisent l’eau pour l’approvisionnement public, les entreprises d’embouteillage prélèvent la ressource pour la revendre, souvent à un prix bien supérieur à son coût d’extraction. Cela pose la question des redevances qu’elles paient en échange de cette eau, qui sont souvent jugées dérisoires par rapport aux profits générés.
C’est pourquoi nous sommes en droit de nous intéresser à qui profite cette ressource, même si, en somme, cette industrie consomme moins d’un point de pourcentage de toute l’eau exploitée au Québec.
La première entreprise en importance dont l’activité principale est l’embouteillage d’eau potable est Eska, qui a été rachetée en 2005 par Morgan Stanley, un fonds d’investissement américain. Notons aussi que cette compagnie a reçu en 2021 un prêt de 2 millions de la part d’Investissement Québec pour qu’elle conserve son usine de Saint-Mathieu-d’Harricana.
Des intérêts étrangers
On constate aussi que les deux entreprises du secteur des boissons qui captent le plus d’eau appartiennent à des intérêts belges et américains respectivement. La Brasserie Labatt possède des marques bien connues comme Budweiser et Corona. Diageo est pour sa part propriétaire de plusieurs marques d’alcools et de spiritueux, dont Smirnoff et Guinness.
Bien que la plupart des entreprises du secteur des boissons soient d’origine canadienne, on constate rapidement que toutes ensemble, elles ne captent qu’un peu moins du quart de toute l’eau exploitée par ce secteur d’activité. C’est moins que les compagnies d’intérêts américains, qui en captent plus du tiers.
Avec la collaboration de Charles-André Lussier
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un cours de journalisme de collaboration piloté par le DESS en journalisme de l’Université de Montréal sous la supervision de Claudine Blais.