L’Université McGill a annoncé lundi son intention de rompre le contrat qui la lie à son association étudiante de premier cycle, l’accusant d’être responsable de méfaits survenus lors d’une grève en soutien à la Palestine. L’université et l’association doivent maintenant négocier l’avenir de l’entente, qui concerne notamment la collecte des cotisations étudiantes et l’accès aux espaces sur le campus.
Dans un courriel envoyé à la communauté universitaire lundi matin, McGill a indiqué qu’elle mettrait « fin à sa relation contractuelle » avec l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM), qui représente plus de 22 000 étudiant·es de premier cycle.
La rupture du contrat ne menacerait pas l’existence de l’association étudiante, qui demeure indépendante de l’université et dispose ainsi de certains droits pour représenter les étudiant·es face à l’administration.
Mais l’entente qui lie les deux parties permet de préciser leur collaboration, établissant notamment la manière dont l’université assure l’accès à certains locaux, ou encore récolte et distribue les cotisations étudiantes qui financent l’association. Le contrat encadre aussi l’organisation de certaines activités ou le fonctionnement des journaux étudiants, par exemple.
L’administration accuse l’association de ne pas s’être « dissociée de façon unanime et explicite des groupes militants » pro-Palestine qui demandent à l’université de mettre fin à ses liens financiers et académiques avec Israël.
Cette décision survient après que les étudiant·es de premier cycle aient voté en faveur d’une motion de grève lors d’une assemblée générale de l’association étudiante, tenue en mars dernier. Le débrayage, le tout premier de l’histoire de l’association de premier cycle, s’est tenu du mercredi 2 au vendredi 4 avril.
L’université accuse l’association d’avoir soutenu « tacitement » des manifestations qui se sont déroulées sur le campus, pendant une journée de grève jeudi. Au cours de celles-ci, des manifestant·es auraient pris part à des actes de vandalisme.
« C’est un énorme précédent », pense Rama, porte-parole de Solidarité pour les droits humains des Palestinien·nes (SPHR) McGill, qui milite depuis plusieurs années pour la Palestine. « On voit qu’il y a un double standard de l’administration, où la démocratie étudiante, lorsqu’elle est en lien avec la Palestine, est réprimée. »
« Tous les étudiants ont le droit d’être représentés par l’association, et l’administration choisit de nier à ses étudiants cette représentation en raison de leur position sur la Palestine », déplore-t-elle.
Dans un communiqué, l’association étudiante a indiqué qu’elle débutait un « processus de médiation » avec l’administration, auquel cette dernière doit obligatoirement se plier afin de résilier son entente. Ce processus est censé se conclure au mois de juin.
L’association a indiqué s’engager « à plaider pour ces membres et à s’assurer que tous les clubs et services étudiants continuent à opérer comme d’habitude ».
McGill a décliné de répondre aux questions de Pivot. L’association étudiante n’a pas fait suite à nos demandes médiatiques.
Bataille continue
La motion de grève adoptée en mars réitérait les demandes portées depuis plusieurs années par des étudiant·es de McGill, qui souhaitent voir leur université mettre un terme à ses investissements dans des compagnies complices du génocide à Gaza, notamment des compagnies d’armement.
McGill avait indiqué qu’elle réviserait son portfolio d’investissements, sans pour autant s’engager à mettre fin aux liens financiers dénoncés par les étudiant·es.
Selon les rapports financiers de l’université en date du 31 décembre 2024, l’institution détient près de 4,4 millions $ dans des compagnies d’armes et de technologies militaires ayant des contrats avec l’armée israélienne, selon les calculs de Pivot.
Au printemps dernier, les étudiant·es de McGill et de Concordia avaient installé un campement sur la pelouse de l’Université McGill avec ce même objectif. Après plusieurs mois d’occupation et deux tentatives d’injonction par l’université, cette dernière avait fait appel à une compagnie privée afin de déloger les campeurs·euses.
En 2023 et en 2022, l’administration avait aussi bloqué des motions de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) envers Israël ayant obtenu 78 % et 71 % des voix. Elle avait rejeté la mise en vigueur d’une politique BDS, prétextant qu’elle aurait pour effet d’accentuer les tensions au sein de la communauté étudiante.