Un parti ouvrier aux États-Unis?

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Un parti ouvrier aux États-Unis?

Les revendications ouvrières sont-elles encore possibles au sein du Parti démocrate?

D’abord, permettez-moi une petite digression.

Difficile ces temps-ci de chroniquer sur l’actualité internationale tant les sujets importants abondent, pour le meilleur, mais surtout pour le pire, particulièrement à l’ère des réseaux asociaux.

J’ai parfois l’impression qu’un sujet se trouve « brûlé » en quelques jours seulement, tant on a tou·tes déjà émis nos points de vue sur nos comptes de médias sociaux, professionnel·les de l’information ou non. Sinon, les journalistes et les analystes doté·es d’une tribune quotidienne disposent d’un avantage indéniable.

On fait quoi, donc, quand on publie deux chroniques par mois qui donnent dans le commentaire de l’actualité?

Par exemple, tout ou presque a été dit sur ce qu’on appelle déjà les « WhiskyLeaks » (une allusion à l’alcoolisme invétéré du secrétaire à la Défense Pete Hegseth), soit la divulgation involontaire de plans militaires détaillés à un journaliste de The Atlantic, accidentellement ajouté à un échange de messages textes par Hegseth.

Mais quel fiasco de sécurité informationnelle, qui a révélé au grand jour l’amateurisme des hauts responsables états-uniens quand vient le temps de planifier des bombardements clandestins contre un pays avec lequel on n’est pas officiellement en guerre (Le Yémen) pour aider un allié (Israël) à poursuivre ses propres crimes contre l’Humanité!

Difficile ces temps-ci de chroniquer sur l’actualité internationale.

Que fait-on, disais-je, quand l’actualité est aussi étourdissante? On cherche des angles morts ou on commente des sujets passés sous le radar, à tort ou raison – surtout à tort.

Dans le cas des WhiskyLeaks, on pourrait s’étonner du sommeil profond des démocrates devant ce scandale qui devrait pourtant leur donner toutes les munitions nécessaires pour demander des démissions massives et une commission d’enquête!

Mais outre l’incompétence démocrate quand vient le temps de faire de la vraie politique, n’oublions pas que ce parti n’est en fait que l’autre face d’une même oligarchie.

Et parlant des démocrates : que dire de la tournée « Combattre l’oligarchie » de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), représentant·es de l’aile gauche du parti qui parcourent le pays pour parler aux Américain·es, lesquel·les répondent présent·es par milliers? Sera-t-elle l’électrochoc nécessaire pour sortir le parti de l’élite progressiste de son état de mort cérébrale?

Un parti de gauche?

Évidemment, l’avenir nous le dira.

Mais on peut se poser quelques questions. S’agit-il là d’une réelle volonté de faire émerger un véritable progressisme au sein d’un parti qui, à l’image de l’âne qui le symbolise, est têtu comme une mule quand vient le temps de s’accrocher au capitalisme, à l’impérialisme et au sionisme qui caractérisent « l’exceptionnalisme » états-unien?

Ou est-ce simplement un « piège à progressistes » pour promouvoir un éventuel ticket présidentiel mené par AOC en 2028 et qui resterait bien ancré dans l’extrême centre mortifère à la sauce américaine?

Serait-ce l’électrochoc nécessaire pour sortir le parti de l’élite progressiste de son état de mort cérébrale?

Ou encore, le parti lui-même est-il rendu au-delà de la rédemption et serait-il temps de rompre avec la tradition bi-partisane? John Adams, un des « moins pires » Pères fondateurs du pays, a d’ailleurs déjà dit qu’il « ne redoutait rien davantage que la division de la république en deux grands partis ».

C’est en me posant ces questions que je suis tombé, via le compte Instagram du militant syndicaliste Chris Smalls, sur le site Web du Labor Party USA.

Lancé il y a seulement quelques mois, on peut déjà y voir la plateforme du nouveau parti, qui inclut un revenu universel de base, une assurance-maladie universelle, une bonification universalisée des conditions de travail, un soutien à la syndicalisation et d’autres revendications pour la justice sociale, climatique et raciale.

Anti-syndicats, pro-Israël

Vous vous souvenez de Chris Smalls, qui avait remporté en 2022 un premier vote historique pour la syndicalisation d’un entrepôt d’Amazon à New York, après avoir été sauvagement congédié pour avoir exigé la mise en place de mesures sanitaires au début de la pandémie?

À l’époque, il avait vilipendé les démocrates pour leur manque de soutien envers une campagne qui aurait normalement dû mobiliser les élu·es du parti « progressiste ». Smalls et le syndicat ouvrier d’Amazon ont plutôt eu droit à un silence radio presque total.

En décembre 2022, le président Biden, un démocrate, a nié leur droit de grève aux travailleurs du chemin de fer. Le message des démocrates aux syndicats et au monde ouvrier semblait alors sans équivoque : « nous ne sommes pas avec vous ».

Sans parler de leur soutien, tout aussi indéfectible que celui de la secte MAGA, envers l’État-voyou d’Israël.

Le message des démocrates au monde ouvrier : « nous ne sommes pas avec vous ».

En novembre dernier, même AOC a voté en faveur d’une résolution adoptant la définition fallacieuse de l’antisémitisme promue par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, qui fait équivaloir toute critique d’Israël à la haine anti-juive. Seules trois élues démocrates – Cori Bush, Rashida Tlaib et Ilhan Omar – avaient voté contre.

Un parti ouvrier, syndicaliste et branché sur les luttes anti-impérialistes internationales pourrait-il prendre racine dans le paysage politique américain? L’observateur·trice politique moyen·ne dira que non. Les médias des gens de bien n’y accorderont aucune importance, comme avec le Parti vert de Jill Stein.

Le site du Labor Party USA semble très « citoyen » ou, du moins, être une ébauche mise en ligne par des militant·es sans trop de ressources. Je suis néanmoins prêt à voir où cela s’en va, tout comme je souhaiterais, ici, voir un parti semblable.