Samedi dernier, le 21 mars, était laJournée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, journée qui est passée sous silence, le 25 mars était la Journée de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite transatlantique, alors que cette semaine est celle contre le racisme et pour l’égalité des chances.
Le passé façonne l’avenir. Comme le souligne l’adage québécois « je me souviens », nous devons nous souvenir afin d’éviter de répéter les erreurs du passé et pour comprendre la source des enjeux qui nous occupent et devraient nous préoccuper. C’est également un des enseignements de la Commission de vérité et réconciliation.
Pour comprendre le racisme, l’histoire est un ancrage important. Sans reconnaitre l’importance de l’histoire « et sans contexte social, chaque rencontre entre groupes inégaux est une nouvelle interaction, où les participants partent de zéro, d’un être humain à l’autre, chacun innocent de la subordination des autres », comme le disait si justement la professeure Sherene Razeck.
Une lourde dette
Dans quelques semaines se tiendra la quatrième session de l’Instance permanente de l’ONU sur les personnes d’ascendance africaine, durant laquelle plusieurs sujets seront abordés qui ont des racines historiques.
Haïti fera l’objet d’échanges durant l’événement. Haïti, qui a une place remarquable dans l’histoire de l’humanité. Cette terre où les esclaves ont tenu tête aux esclavagistes en créant la première république noire, abolissant ainsi l’esclavage et revendiquant leur dignité humaine due à tous les hommes et toutes les femmes. C’est là que les droits de l’homme se sont formellement déployés.
Mais que dire de la crise actuelle en Haïti, qui fait face à une vague de brutalité extrême des gangs, si bien que les habitant·es de Port-au-Prince doivent fuir la violence?
Qu’elle n’est pas un événement isolé tant historiquement que géographiquement.
La reconnaissance de cette dette morale et économique qui continue d’affecter les communautés afro-descendantes est primordiale.
En effet, comme on peut le lire dans les documents annonçant l’instance de l’ONU, « l’année 2025 marque le bicentenaire d’un moment crucial de l’histoire mondiale : l’imposition par la France d’une “dette d’indépendance” à Haïti ». En effet, Haïti a dû payer à la France son indépendance à prix fort (150 millions de francs-or) afin de dédommager les planteurs esclavagistes français. Afin d’honorer cette « dette », en 1898, la moitié du budget de l’État haïtien y fut affecté et en 1914, « cette proportion atteignait 80 % ».
Cette charge astronomique « a créé un cycle dévastateur d’endettement et d’enracinement de la pauvreté, parallèlement à un isolement économique et politique appliqué principalement par des partisans de l’esclavage, des embargos commerciaux et la non-reconnaissance, entravant ainsi le progrès et la stabilité » du pays.
Le contexte historique est la clé pour comprendre la crise actuelle.
Le racisme systémique est hérité, toujours vivant, gravé dans la politique législative et dans les programmes.
Tenant compte des séquelles historiques des héritages persistants du colonialisme et de l’esclavage des Africain·es et des Afro-descendant·es, la question de la justice réparatrice fera également l’objet de discussion lors de l’instance de l’ONU.
Quand on parle de justice réparatrice, on parle « des mesures concrètes à prendre par les États et la communauté internationale pour remédier aux préjudices persistants » subis par les personnes afro-descendantes, « en soulignant le lien intrinsèque entre l’héritage du colonialisme et de l’esclavage et les formes contemporaines de racisme systémique », toujours dans les mots de l’ONU.
Les demandes de réparations se fondent sur la reconnaissance des préjudices structurels. La reconnaissance de cette dette morale et économique qui continue d’affecter les communautés afro-descendantes est primordiale pour qu’elles jouissent pleinement de leurs droits fondamentaux.
Misogynoir
La question cruciale des droits de la personne des femmes et des jeunes filles d’ascendance africaine fera aussi l’objet d’une attention particulière lors de l’instance.
Cette question met en cause l’intersectionnalité qui place les femmes noires dans une situation de plus grande vulnérabilité dans « les structures et les contextes politiques, juridiques, socio-économiques » qui ignorent la spécificité de leurs expériences tant du racisme que du sexisme.
De ce fait, ces femmes sont confrontées à un plafond de béton qui limite leur ascension à des positions de leadership. Finalement, lorsqu’elles finissent par occuper ces postes, elles sont confrontées à la misogynoir et à de multiples violences afin de le confiner à « leur place » (on parle de « know-your-place agressions »), place qui n’est pas dans des postes de leadership.
Certains s’acharnent pour anéantir les avancées acquises à l’arraché.
Les aspects négatifs et positifs de l’intelligence artificielle seront aussi discutés, en tenant compte des mises en garde des femmes noires spécialistes en la matière qui « ont depuis longtemps mis en évidence les dangers de la misogynoir numérique, une forme intersectionnelle de préjugés qui combine le racisme et le sexisme ».
Racisme systémique
Pour rendre les droits de la personne tangible pour les Afro-descendant·es, « le développement de systèmes et de structures sociales permettant la pleine jouissance de tous les droits humains, l’égalité et la non-discrimination devraient être l’objectif premier de l’élaboration des politiques ».
En cette période de crise, il est urgent de prendre des mesures pour éradiquer le racisme systémique. Ce racisme hérité, toujours vivant, gravé dans la politique législative et dans les programmes.
Face à des décideurs qui rejettent les droits fondamentaux, il est fondamental de revenir aux sources de notre humanité.
Force est de constater que les rouages de la gouvernance à travers les tribunaux, les agences de renseignement et les institutions économiques mondiales ont à maintes reprises choisi de maintenir la domination géopolitique des Blanc·hes, souvent au détriment des populations afro-descendantes parmi les plus défavorisées et marginalisées.
C’est pourquoi il faut se battre contre une réécriture de l’histoire dont les séquelles font intrinsèquement partie de la vie des Afro-descendant·es, réécriture qui fait obstacle à l’attente de l’égalité substantive.
Retour de bâton
La résurgence de la conscience noire au 21e siècle, catalysée par le mouvement Black Lives Matter après les meurtres de Trayvon Martin et de Michael Brown, a ravivé les appels à la justice raciale, aux réparations et au changement institutionnel.
En 2020, à la suite du meurtre de George Floyd, le mouvement était devenu mondial. Des millions de personnes ont dénoncé les brutalités policières et le racisme systémique.
Aujourd’hui, nous faisons face à un retour de bâton (backlash).
Face aux récents développements politiques, face à des décideurs qui rejettent les droits fondamentaux des populations marginalisées, il est fondamental de revenir aux sources de notre humanité.
Dans certains pays, les demandes visant le respect et la dignité des Afro-descendant·es sont caractérisées, voire caricaturées comme des menaces à l’identité nationale. Certains s’acharnent pour anéantir les avancées acquises à l’arraché pour faire respecter les droits.
La nostalgie d’un temps révolu masque celle d’une époque où le pouvoir de la blancheur était incontestable et où la suprématie blanche n’était pas reconnue, mais bien inscrite dans les codes sociaux.