Un des défis de cette chronique est de couvrir les angles morts de l’actualité internationale, c’est-à-dire de lancer des pistes de réflexion les plus inédites possibles sur des sujets dont on discute parfois déjà et, autant que faire se peut, d’aborder des enjeux qui passent sous le radar.
Et parfois, on arrive à accomplir tout cela en même temps!
C’est en tout cas ce que j’ai peut-être réussi à faire cette semaine alors que je me suis intéressé à la 58e session du Conseil des Nations unies pour les droits humains.
Celui-là même dont les États-Unis viennent de se retirer, par ordre exécutif de l’Idiocrate autobronzé qui sert d’intermédiaire politique aux techno-fascistes de la Silicon Valley et au complexe militaro-industriel.
Washington révèle son jeu
Disons que ce retrait arrive à point pour les fossoyeurs de démocratie de Washington. Non satisfait de commettre des crimes de guerre et contre l’Humanité à l’instar de ses prédécesseurs, le régime Trump annonce désormais ses intentions à l’avance!
La liste défile sous nos yeux sans arrêt depuis le 20 janvier dernier. Soutien actif au génocide palestinien, menaces de guerres d’agression et d’annexion contre le Panama, le Danemark, le Mexique et le Canada, menace de saisir par la force les ressources minérales de l’Ukraine « pour repayer l’aide militaire » consentie à celle-ci pour lutter contre l’envahisseur russe, etc.
Concernant l’Ukraine, le grand jeu se dévoile enfin : les États-Unis et la Russie se sépareront vraisemblablement les richesses du pays.
Non satisfait de commettre des crimes contre l’Humanité, le régime Trump annonce désormais ses intentions à l’avance!
Alors que démarrait mardi une nouvelle manche de discussions entre les deux puissances (sans que l’Ukraine ait été invitée, faut-il le rappeler) dans la capitale saoudienne (une autre bizarrerie diplomatique fort révélatrice), on comprend encore mieux que l’Ukraine allait toujours devoir compenser l’argent et les armes reçus par des concessions territoriales et économiques.
On apprenait mardi que l’Ukraine se serait entendue sur un accord minier avec les États-Unis. Bonne nouvelle, diront certain·es. J’appelle cela, pour ma part, un racket de protection.
C’est là une manœuvre politique impérialiste classique pour asservir les pays dont on convoite les richesses. Parlez-en à l’ensemble des pays du Sud global, où la Banque mondiale et le Fonds monétaire international se servent de la finance comme arme de guerre économique!
Aurait-on vu Kamala Harris à Riyad avec Vladimir Poutine, agissant comme deux larrons en foire? Bien sûr que non – l’impérialisme des démocrates opère plus subtilement.
Mais force est d’admettre qu’il s’agit là d’un énième exemple de la folie sociopathe des élites politiques mondiales!
Forum pour la justice ou instrument de pouvoir?
Revenons donc à la séance du Conseil des droits humains, où le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Yvan Gil a questionné la mission même des Nations unies.
« L’ONU doit décider de ce qu’elle veut être : un forum pour la justice, ou bien un instrument de pouvoir. Le système multilatéral a été saisi par des bureaucrates qui ont transformé les droits humains en marchandise et en moyen de chantage politique », a-t-il déclaré, ajoutant que le fascisme représente « la plus grande menace pour l’Humanité ».
La question méritait d’être posée à l’heure où les cartes géopolitiques se rebrassent violemment et où on voit poindre l’éventualité d’un nouveau bloc politique russo-états-unien opposé à l’Europe. L’ordre mondial basé sur un semblant de droit international, né des cendres de la Deuxième Guerre mondiale, semble en fin de vie.
« Des bureaucrates qui ont transformé les droits humains en marchandise et en moyen de chantage politique. »
Yvan Gil, ministre vénézuélien des Affaires étrangères
Concernant ses relations avec l’Amérique latine, l’empire techno-fasciste américain nous a dévoilé son agenda de la manière la moins subtile possible la semaine dernière, lors de la convention CPAC, le grand rassemblement conservateur états-unien qui ressemble de plus en plus aux rallyes politiques de Nuremberg. Heilon Musk y a littéralement brandi une scie à chaîne pour signifier sa volonté de couper dans les dépenses publiques, à la manière de Javier Milei, le leader fasciste de l’Argentine qui avait fait la même chose durant sa campagne électorale et qui se tenait aux côtés du milliardaire pour l’occasion.
Les dés sont donc jetés : le régime Trump s’alliera avec l’extrême droite latino-américaine pour mener sur le continent – comme il vient de le faire en Allemagne – une vaste opération de changement de régime dans les pays qui persisteront à défier le Nouvel Ordre américain. À commencer par le Venezuela, sans doute.
Ils ne sont rien sans nous
Face à une telle menace, pourquoi ne pas songer à repenser les relations internationales hors de ce jeu entre élites politiques et économiques mégalomanes, en réorganisant les liens entre les peuples, histoire de rappeler à ces massacreurs avides qu’ils ne sont rien sans nous, citoyen·nes de tous les pays?
Je le dis souvent, mais je ne le répèterai probablement jamais assez : écoutons les murmures révolutionnaires portés par le vent du Sud.