Le chef conservateur Pierre Poilievre a assuré qu’il réduirait sérieusement certaines dépenses publiques si son parti prenait le pouvoir. Si on se fie à ses déclarations et à l’historique du Parti conservateur, les emplois dans la fonction publique, les programmes sociaux, l’aide internationale et le soutien au journalisme sont à risque.
Cet article est d’abord paru en anglais chez The Maple.
À quoi peuvent s’attendre les Canadien·nes si le prochain gouvernement est formé par le Parti conservateur (PCC)? Pierre Poilievre nous en offre un aperçu.
« On a besoin d’une grosse baisse d’impôt patriotique », a déclaré le chef du PCC en janvier. « On a besoin de moins de bureaucrates », disait-il quelques jours plus tôt. « On va couper dans la bureaucratie, les consultants, l’aide internationale et l’aide financière aux grandes entreprises », a-t-il affirmé en entrevue avec le commentateur conservateur Jordan Peterson.
Ces déclarations ne sont pas très précises, mais elles sont claires sur une chose : couper est une priorité du Parti conservateur.
Mais les coupes promises par les conservateurs auront inévitablement des conséquences sur les services dont dépendent les gens.
Par exemple, en Ontario, le premier ministre progressiste-conservateur Doug Ford a essuyé de nombreuses critiques après avoir aboli le poste de commissaire à l’environnement de l’Ontario, réduit le financement de services en matière d’autisme, coupé dans le financement scolaire, supprimé la gratuité scolaire pour les étudiant·es à faibles revenus et éliminé le Bureau de l’intervenant en faveur des enfants.
Au même moment, le gouvernement Ford avait aussi mis la hache dans le projet de l’Université de l’Ontario français et éliminé le Commissariat aux services en français.
Les ambitions de Pierre Poilievre pour le budget fédéral sont encore plus grandes. Non seulement Pierre Poilievre a-t-il promis d’équilibrer le budget fédéral – alors qu’on prévoit un déficit de 48,3 milliards $ pour l’année 2024-2025 –, il a aussi promis de réduire les impôts et d’augmenter le financement de l’armée et de la garde frontalière. Respecter ses promesses pourrait donc demander des coupes colossales dans les dépenses publiques.
Voici quelques postes budgétaires visés par Pierre Poilievre ou qui ont été visés par des gouvernements conservateurs précédents.
La fonction publique
« Lorsque Pierre Poilievre dit qu’il veut “couper dans la bureaucratie”, le message est très clair », selon une porte-parole de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), un syndicat réunissant 240 000 travailleur·euses du secteur public.
« Un gouvernement sous Pierre Poilievre, ça voudrait dire des coupes dans les programmes dont ont besoin les familles, l’élimination d’emplois au gouvernement pour alléger les impôts de ses amis entrepreneurs, et la privatisation de services publics pour rediriger les fonds publics vers les poches des entrepreneurs privés. »
Les membres de l’AFPC sont responsables de délivrer les passeports, de traiter les demandes d’immigration, d’émettre les prestations d’assurance-emploi, de répondre aux catastrophes naturelles, de gérer les parcs nationaux ou encore d’inspecter les milieux de travail.
« Tout le monde sait que réduire le nombre de personnes responsables de venir en aide à une population grandissante ne permettra pas de régler les problèmes auxquels on fait face actuellement », ajoute la porte-parole.
Un secteur public plus fort bénéficie à tou·tes les travailleur·euses, pas seulement aux employé·es de la fonction publique, soutient Dru Oja Jay dans une analyse publiée dans le média indépendant The Breach.
Le taux de syndicalisation est cinq fois plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé. Les efforts des syndicats pour obtenir des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail créent des précédents utiles aux négociations d’autres syndicats.
« Un secteur public fort est l’un des meilleurs outils à notre disposition pour freiner l’accumulation infinie de la richesse par les élites d’affaires et les investisseurs ultra-riches », écrit Dru Oja Jay.
« Quand l’argent des contribuables sert à créer des emplois stables, syndiqués et bien payés, c’est de l’argent redistribué du haut de l’échelle sociale vers les travailleur·euses. »
Les programmes sociaux
L’un des premiers programmes qui avaient subi les coupes du gouvernement conservateur de Stephen Harper est le programme national de garderies.
Un nouveau programme national de garderie est actuellement en chantier, mais il est à risque d’être éliminé par l’éventuelle arrivée au pouvoir de Pierre Poilievre.
Le gouvernement Harper s’était aussi attaqué à l’égalité de genre, à l’aide aux nouveaux et nouvelles arrivant·es, aux communautés autochtones et à la surveillance environnementale.
Le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres, celui de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, celui de l’Environnement et des Changements climatiques ainsi qu’Affaires autochtones Canada et Services aux Autochtones Canada pourraient encore voir leur financement réduit sous un gouvernement Poilievre.
Parmi les services administrés et financés par ces ministères, on compte les refuges et les lignes téléphoniques d’aide d’urgence aux femmes, deux services qui ont connu une forte hausse de demande durant la pandémie. On compte aussi les systèmes d’avertissement d’inondations, un service de plus en plus important dans un contexte de changements climatiques, ainsi que les mesures de mise en œuvre des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation.
L’aide internationale
Pierre Poilievre a promis de sabrer dans l’aide internationale. Cette semaine, le chef conservateur a dit vouloir mener une « réduction importante » de l’aide étrangère pour financer davantage la défense militaire du Nord canadien.
Il a affirmé que l’aide internationale finançait des « dictateurs » et des « terroristes » à travers le monde.
À l’heure actuelle, la majeure partie des fonds consacrés à l’aide internationale est envoyée en Ukraine, selon les informations d’Affaires mondiales Canada. Le Nigéria, l’Éthiopie et le Bangladesh comptent aussi parmi les principaux bénéficiaires de l’aide internationale canadienne.
Selon le ministère, 30 % de la population ukrainienne avait besoin d’aide humanitaire en date de mars 2023, en raison du conflit armé avec la Russie. Le Canada finance les opérations d’organisations qui répondent à des besoins de base en offrant des abris, de la nourriture et des installations sanitaires.
D’autres volets de l’aide internationale canadienne sont consacrés aux effets des changements climatiques, aux droits des personnes LGBTQ+ ainsi qu’à l’égalité de genre.
Par exemple, selon le site Web d’Affaires mondiales, le Canada a financé des programmes qui ont « amélioré » l’accès aux énergies renouvelables pour quatre millions de personnes à travers le monde, et a financé une organisation dirigée par des femmes trans qui a milité pour l’obtention du droit des personnes trans et hijra d’être candidates aux élections.
Le journalisme local
La CBC est l’une des seules cibles que Pierre Poilievre a abordées dans le détail, et à de très nombreuses reprises. Couper dans le budget du diffuseur public se ferait « très rapidement » s’il est élu, a-t-il assuré.
Le chef conservateur affirme toutefois qu’il épargnerait la programmation francophone de Radio-Canada. La PDG de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, a toutefois récemment affirmé que le fonctionnement et le financement des services anglais et français de la société d’État étaient trop imbriqués pour que d’importantes coupes n’affectent pas Radio-Canada.
CBC/Radio-Canada reçoit un financement annuel du gouvernement fédéral s’élevant à 1,4 milliard $ et emploie plus de 7000 personnes.
Selon un rapport de CBC/Radio-Canada publié en novembre dernier, plus de la moitié de la population – 21 millions de Canadien·nes – utilise ses services. C’est le service d’information le plus consulté au pays.
Le diffuseur public crée des emplois et fournit de l’information locale dans des dizaines de communautés qui pourraient difficilement être desservies par des médias privés.
Le gouvernement fédéral finance aussi l’information locale par l’entremise du programme d’Initiative de journalisme local. Entre 2019 et 2022, ce sont 408 journalistes par année en moyenne qui ont été embauché·es grâce à ce financement, selon les données du gouvernement.
Poilievre ne s’est pas prononcé sur l’avenir de ce programme, mais il a qualifié le travail mené par ses journalistes de « propagande régurgitée aux frais des contribuables ».
Traduit de l’anglais par Miriam Hatabi.
L’article original a été adapté et mis à jour par Pivot.