La place des femmes en science, d’hier à aujourd’hui

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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La place des femmes en science, d’hier à aujourd’hui

De l’invisibilisation des inventrices du passé à la suppression des politiques EDI dans la recherche, la Journée des femmes de science a un goût amer cette année.

Le 11 février marquait le 10e anniversaire de l’instauration par l’ONU et l’UNESCO de la Journée internationale des femmes et des filles de science.

L’UNESCO en a profité pour dévoiler quelques chiffres attestant que, dans la majorité des pays, la parité est encore loin d’être atteinte dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (dits « STEM »).

Selon les résultats partagés, les filles seraient par exemple moins encouragées à poursuivre des études dans ces domaines malgré des performances similaires aux garçons, et seulement 22 femmes ont jusqu’à présent reçu un prix Nobel relié au domaine des sciences.

Ces chiffres sont d’autant plus désolants qu’on sait que la misogynie et le sexisme ont coûté à de nombreuses femmes scientifiques les honneurs qui leur revenaient en raison de leurs découvertes, et que ces omissions ont servi à diminuer les compétences des femmes et à les maintenir à l’écart des sphères publiques de la société.

Les femmes et l’Histoire

Le 20 janvier 1932, dans un débat à l’Assemblée nationale concernant le droit de vote des femmes au Québec, le député libéral Joseph-Alphida Crête – qui s’opposait alors au suffrage féminin – affirme que la femme « possède tout ce qu’il faut pour réussir. Elle est intelligente, jolie, douce et obéissante. Elle n’a peut-être pas inventé le télescope, le microscope, la pompe à feu, mais elle a de grandes qualités. […] La femme excelle dans son rôle de mère, mais elle n’excelle pas dans les couloirs du parlement. »

Cette affirmation est aussi condescendante qu’erronée : il se trouve précisément que de nombreuses femmes de l’histoire ont été des inventrices, des scientifiques novatrices, des pionnières avant-gardistes.

Or, malgré le grand souci de rigueur qui anime les sciences historiques, les recherches de plus en plus nombreuses sur les précurseures tendent à démontrer que les femmes ont été effacées de plusieurs pans de l’histoire au bénéfice de leurs collègues masculins.

On a été animé d’un grand scepticisme face à l’excellence des femmes.

En effet, puisque les femmes ont longtemps été reléguées aux sphères privées de la société (la famille, la reproduction, la maison), on a eu tendance à placer les hommes en position de supériorité et à leur attribuer d’emblée la quasi-totalité des exploits ou des réalisations majeures, même lorsqu’ils n’en étaient pas les réels auteurs.

Notre vision de l’Histoire avec un grand « H » et de l’histoire des sciences a effectivement été marquée par une organisation sociale manichéenne des rôles de genre qui a donné lieu à des préjugés favorables envers les hommes.

Des pionnières oubliées

Plusieurs femmes ont été à la source de découvertes importantes dans le milieu scientifique.

Rosalind Franklin, par exemple, est la première à avoir découvert la structure hélicoïdale (en forme d’hélice) de l’ADN dans les années 1950, réfutant les hypothèses qui étaient dominantes jusque-là. Des chercheurs rivaux qui travaillaient aussi sur ce sujet, James Dewey Watson et Francis Crick, ont eu accès aux travaux de Rosalind Franklin et ont publié un article s’appropriant ses résultats. Ce sont eux qui ont reçu le prix Nobel de la médecine 1962 pour cette découverte.

De nombreuses femmes de l’histoire ont été des inventrices, des scientifiques novatrices, des pionnières avant-gardistes.

Ada Lovelace, de son côté, était une passionnée de mathématiques qui a vécu en Angleterre au 19e siècle. Elle a développé le tout premier programme informatique au monde, mais pendant longtemps on a hésité à lui reconnaître le titre de première programmeuse, présumant que les algorithmes qu’elle avait développés ne pouvaient être que de son collaborateur Charles Babbage. On sait aujourd’hui qu’il n’a que modestement contribué aux travaux de la mathématicienne sur la programmation de ces algorithmes.

Les exemples de trajectoires similaires abondent à de nombreux moments dans l’histoire où on a été animé d’un grand scepticisme face à l’excellence des femmes, préférant attribuer faussement des découvertes à des hommes qui évoluaient autour d’elles ou qui n’étaient parfois même que leurs assistants.

Il faut souligner que la faible quantité de noms de femmes qui sont retenus pour les choix toponymiques ici comme ailleurs continue d’alimenter la fausse conception selon laquelle les femmes étaient totalement absentes des hauts lieux d’édification des connaissances.

La lutte contre l’EDI : une grande perte pour la science

Tandis qu’on continue de défricher l’histoire pour tenter de rendre leur juste place à ces chercheuses et ces intellectuelles effacées, l’actualité politique nord-américaine donne l’impression d’un recul en ce qui a trait à la place des femmes en science, qu’elles soient objets d’étude ou chercheuses.

Le souhait d’annuler des politiques d’équité, diversité et inclusion (EDI) annoncé par le président des États-Unis Donald Trump mettra effectivement la hache dans plusieurs projets de recherche américains importants, concernant notamment la santé des femmes, et étant souvent portés par d’éminentes scientifiques.

Le président américain a en effet enclenché un combat contre l’« endoctrinement progressiste » et l’idéologie « woke » qui, selon lui, animent les universités – une fausse perception qui gagne en popularité au Québec, appuyée notamment par le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon.

L’actualité donne l’impression d’un recul en ce qui a trait à la place des femmes en science.

Donald Trump a ainsi mis fin au financement de plusieurs activités de recherche, notamment celles qui portent sur les genres ou sur les femmes. Selon plusieurs médias dont le Washington Post, les institutions d’enseignement supérieur auraient reçu une liste de termes qui, s’ils sont utilisés dans leurs recherches, pourraient désormais coûter aux scientifiques leur financement fédéral. Parmi ces mots, on retrouve « women », « female », « diverse », « equity », ainsi que plusieurs termes relatifs aux identités de genre.

Plusieurs scientifiques dénoncent ces mesures qui porteront atteinte à leurs travaux, de la collecte de données jusqu’à la diffusion des résultats, et qui priveront la société d’avancées importantes.

L’UNESCO rappelait également cette semaine la nécessité que les talents et l’ingéniosité des femmes de la communauté scientifique soient davantage mobilisés dans la lutte contre les changements climatiques – un combat qui s’annonce ardu aux États-Unis, les recherches sur le climat faisant aussi partie des sujets mis à l’index par le président américain.