Nous n’avons plus le droit de manquer de courage

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Nous n’avons plus le droit de manquer de courage

L’année 2025 s’amorce sous le signe de luttes sur de nombreux fronts.

La Pologne rejoindra-t-elle la liste peu envieuse des États voyous qui se rendent complices du génocide palestinien et de la nouvelle guerre de conquête lancée par les massacreurs de la Knesset?

Une nouvelle passée sous le radar le suggère fortement. Vers la fin du mois de décembre 2024, le vice-ministre polonais des Affaires étrangères avait déclaré au quotidien Rzeczpospolita que la Pologne « respectera[it] ses engagements » envers la Cour pénale internationale (CPI) et arrêterait le premier ministre israélien – qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour crime de guerre et crimes contre l’humanité – s’il se présente aux commémorations de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz le 27 janvier.

Puis, la semaine dernière, coup de théâtre! Le président polonais Andrzej Duda a demandé à son premier ministre Donald Tusk d’assurer que Benyamin Netanyahou ne sera pas inquiété s’il met le pied en sol polonais, ce qui constitue une violation probante du Statut de Rome pourtant ratifié par la Pologne.

Un cruel manque de courage politique, ou une complicité bien consciente?

Entretemps, la Knesset avait déjà annoncé qu’Israël serait représenté par son ministre de l’Éducation, le mandat d’arrêt de la CPI ne visant que Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Celui-ci, de son côté, a démissionné du Parlement en début d’année en raison de « différends » avec le gouvernement au sujet de la conduite des exterminations de masse à Gaza – on comprend qu’il juge qu’il n’y a pas encore assez de sang qui ruisselle de ses ruines.

La volte-face de la Pologne s’est faite dans l’indifférence des chancelleries occidentales, toujours muettes au sujet de ce mauvais vaudeville politique qui suinte la couardise! On ne veut manifestement pas essuyer des accusations bidon d’antisémitisme si on empêchait, au nom d’une application élémentaire du droit international si cher au libéralisme occidental, le chef du gouvernement colonialiste israélien d’assister, non sans ironie, à l’anniversaire de la fin d’un crime contre l’Humanité dont il se rend lui-même coupable 80 ans plus tard.

Un cruel manque de courage politique, ou une complicité bien consciente de la part du président polonais qui fut, jusqu’en 2015, membre de Droit et justice, le parti-phare de la droite polonaise?

Toujours est-il que, pendant ce temps, le courage moral des soldats israéliens qui refusent de plus en plus de servir de hachoir à viande palestinienne à Gaza offre un contraste puissant à la connivence des gouvernements occidentaux à un génocide documenté en temps réel.

Mais la poltronnerie politique ne se limite pas, hélas, aux génuflexions devant le monstre sioniste.

Aux pieds de l’Empereur

Au cœur de l’Empire, alors que l’idiocratie se prépare à amorcer cette farce tragique que sera le second mandat Trump à la Maison-Blanche, on défile aux pieds de l’Empereur à l’armure de téflon, s’empressant de les baiser tout en essayant maladroitement de ne pas trop en lécher les verrues.

Pensons au juge Juan Merchan qui s’est dégonflé en refusant d’envoyer Trump en prison dans l’affaire Stormy Daniels, ou à Mark Zuckerberg qui, fraîchement sorti d’un makeover après lequel il ressemble désormais à un candidat-rejet de Loft Story, a annoncé la fin de la vérification des faits et de la modération de certains discours haineux sur ses plateformes aux États-Unis.

Rajoutons à cela un establishment démocrate dominé par sa droite, des grands médias statuquistes, des talibans américains de la droite chrétienne ayant finalement intégré à pleine mesure les leviers de pouvoir et un électorat ayant peu d’appétit pour une révolution du système politique par des tiers partis qui proposent pourtant des solutions concrètes : vous trouverez là les ingrédients d’une recette qui ferait mourir d’envie les comploteurs du Business Plot, une conspiration qui, en 1933, visait à renverser l’administration « communiste » de Franklin D. Roosevelt pour la remplacer par un gouvernement fasciste.

On défile aux pieds de l’Empereur à l’armure de téflon.

Notre demi-pays n’est évidemment pas en reste. Notre gouvernement de chambre de commerce n’a toujours pas renoncé à établir un bureau du Québec à Tel-Aviv et François Legault, avec l’aplomb d’un gérant de caisse populaire, vient tout juste de publier une lettre ouverte à Donald Trump dans laquelle il le supplie à genoux de renoncer à ses tarifs d’importation.

Et devant les menaces d’annexion du Canada, il a fallu une intervention de Jean Chrétien, le fossoyeur de l’indépendance du Québec dans les années 1990, pour entendre ne serait-ce que le balbutiement d’une affirmation de souveraineté face au Grand Suzerain au sud de la frontière.

À quand une lettre ouverte de Paul St-Pierre Plamondon ou du tandem Nadeau-Dubois–Ghazal?

Nous n’avons plus le droit de manquer de courage.