Justin Trudeau a vu son ombre ce lundi : il y aura des élections ce printemps. Personne n’est vraiment surpris, c’est plutôt une question de forme. On sait enfin comment ça va se passer : prorogation, course à la chefferie, puis démission. Ensuite, on retourne en chambre, le gouvernement est défait et on part en élections.
Le futur gouvernement va donc siéger un mois avant les vacances d’été, s’il a de la chance. Ça nous donne jusqu’à l’automne pour affûter nos armes dans le cas d’une victoire conservatrice.
D’ici là, on a le temps d’organiser notre riposte et de mesurer nos adversaires. Un barrage électoral massif contre les conservateurs est peu probable, mais on peut encore jouer notre jeu législatif comme il faut.
Isoler les impérialistes
En milieu urbain, il est possible de mobiliser notre coalition anti-sioniste pour profiter de l’effondrement du vote libéral et envoyer des député·es plus progressistes à Ottawa.
Face à l’escalade verbale du président des États-Unis, voyons si la majorité parlementaire canadienne pourra être convaincue d’intervenir contre le génocide commis par Israël pour augmenter la pression diplomatique sur son principal allié.
On peut encore jouer notre jeu législatif comme il faut.
D’ailleurs, l’hostilité soudaine et grandissante du patron américain envers les intérêts économiques canadiens vient mettre un pavé dans la mare du Parti conservateur (PCC). L’attitude divisive de Poilievre va devenir de plus en plus risquée politiquement : la partisanerie baveuse du chef du PCC ne sera pas reçue de la même manière maintenant que le Magnat des magnats menace littéralement la souveraineté du pays.
Make Canada Great
Les prochains mois verront aussi la première campagne électorale faisant des personnes trans des boucs émissaires à l’échelle nationale. Nous rejoindrons ainsi les États-Unis, où les mouvements en sont au moins à leur quatrième cycle électoral, en comptant les élections de mi-mandat.
Ici, les variants régionaux de la fièvre transphobe ne disent pas forcément tout sur l’approche qu’adoptera le chef conservateur. Parce qu’il faut bien avouer que la guerre culturelle aux minorités de genre n’excite qu’un public politique bien précis, qui n’est pas si nombreux tout compte fait, et qui surtout n’est pas également réparti au pays.
L’approche MAGA de la politique, c’est lancer des dogwhitsles à qui mieux mieux.
Et si l’entrevue soporifique que Poilievre a récemment accordée à Jordan Peterson pour le Daily Wire nous révèle quoi que ce soit, c’est qu’il s’en tient pour l’instant à un discours économique, même auprès de la droite la plus alternative. Il est confortable.
Rappelons-nous tout de même que la revendication des « droits parentaux » contre ceux des enfants trans s’inscrit dans une stratégie globale des mouvements apostoliques. Et si le PCC ne se réclame pas directement de ces groupes, il ne rechigne pas à ses basses œuvres.
L’approche MAGA de la politique, c’est lancer des dogwhitsles à qui mieux mieux, s’assurer que ceuzes qui doivent savoir sachent, tout en se gardant la possibilité de nier l’appui des groupes d’extrême droite. C’est se faire voir avec les membres de Diagolon ou aller au balado de Peterson l’air de dire : « je ne peux pas en parler, mais je suis de votre bord ».
Nous devons nous assurer que tout le monde comprenne d’où Poilievre tient ses stratégies et sa rhétorique. Comment lui et sa clique de néo-conservateurs ont importé point par point les tactiques des Américain·es, à commencer par la panique transphobe.
Pour une stratégie de gauche
Mais en bout de ligne, ce qui compte, c’est ce que nous ferons pour prendre les problèmes de notre temps à bras le corps. Et de ce point de vue, nous sommes déjà en retard.
Avec le ralentissement économique, nous voyons déjà des emplois assez confortables disparaître. À Montréal, c’est particulièrement apparent dans le domaine de la programmation, de l’animation et des jeux vidéo – un domaine phare de la métropole qui a servi de réservoir d’emplois pour de nombreuses populations précaires à la recherche d’opportunités.
Combinée à une crise du logement aiguë, cette situation va inévitablement mener à une augmentation significative des inégalités.
Parce qu’il faut être honnête : en cas de difficultés économiques majeures au pays, ce sont les populations précaires qui vont payer le prix. La mobilité socio-professionnelle n’est pas répartie également dans la société.
Ça va prendre des moyens financiers considérables qu’historiquement, seule l’organisation en syndicats ou en parti a permis de rassembler.
Notre rôle comme progressistes sera donc non seulement de continuer la bataille sur le plan politique, mais également d’ouvrir un nouveau front social. Nous avons la chance de voir venir la crise : si nous investissons rapidement nos efforts et gardons la tête froide, nous pouvons prémunir nos communautés des ravages à venir en mettant sur pied des infrastructures permanentes de résilience et de solidarité.
Les levées de fonds ne suffisent plus, il faut collectiviser et investir stratégiquement, Il faut se responsabiliser et accepter l’inconfort temporaire qui accompagne toute innovation.
Tout ça va prendre un sérieux et un dévouement qui résistent à la guerre culturelle et aux impératifs strictement moraux de la nouvelle « gauche » néo-libérale, trop occupée à faire résonner sa chambre d’écho sur Instagram ou Bluesky.
Ça va aussi prendre des moyens financiers considérables que seule l’organisation en syndicats ou en parti a permis de rassembler historiquement.
Nous n’avons plus le luxe des mots et des mèmes : ce qu’il nous faut, ce sont des gestes.