Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Le nombre d’élèves du niveau secondaire qui se blessent au travail est à la hausse, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec. Une enquête fait état d’un manque de formation sur les consignes de sécurité chez les enfants, qui ne surprend pas l’Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades.

En 2022-2023, 27 % des enfants du niveau secondaire qui travaillaient se sont blessés au travail. C’est ce que révèle la dernière édition de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, qui a sondé plus de 70 000 élèves à travers près de 500 écoles dans la province. La dernière fois que l’exercice avait été réalisé, en 2016-2017, seulement 19 % des répondants avaient subi des blessures.

« Ça a toujours été vrai que les personnes qui débutent dans un nouvel emploi sont surreprésentées dans les lésions en milieu de travail », rappelle Félix Lapan de l’Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades (UTTAM). « Ce n’est pas en soi surprenant. »

Cette hausse est d’autant plus inquiétante que ceux et celles qui travaillent, soit la moitié des élèves interrogés, le font généralement pendant plus d’heures et présentent un niveau d’engagement scolaire moins élevé par rapport à 2016-2017.

Si la proportion d’élèves à risque de décrochage a diminué depuis 2016-2017, passant de 20 % à 18 % en 2022-2023, ce sont les élèves qui travaillent davantage qui sont le plus à risque. Pour ceux et celles qui ont travaillé plus de 16 heures, 31 % étaient à risque de décrocher, soit un taux similaire à celui de 2016-2017.

Selon l’enquête, 29 % des élèves ayant travaillé ont rapporté ne pas avoir reçu de formation ou de consignes de sécurité de la part de leur employeur.

Parmi les blessé·es, 14 % ont déclaré avoir consulté un professionnel de la santé et 13 % ont dû s’absenter de l’école pour au moins une journée.

« En théorie, tous les milieux de travail au Québec sont censés avoir mis en place des mécanismes de prévention », explique Félix Lapan, « mais on sait très bien que, dans la pratique, dans la réalité du terrain, dans la plupart des milieux de travail, ce n’est pas en place ».

Enjeu syndical

Une enquête de l’IRIS sur le sujet, parue en février dernier, révélait d’ailleurs un déséquilibre marqué entre les milieux syndiqués et non-syndiqués. Les travailleur·euses ne bénéficiant pas de la protection d’un syndicat ont en effet plus de peine à connaître et à exercer leurs droits pour prévenir les accidents de travail.

Dans la foulée de l’adoption de la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail en 2021, l’UTTAM avait fait pression, aux côtés d’autres groupes non syndicaux, pour que la CNESST finance la mise sur pied d’un programme de formation en santé et sécurité destiné aux non-syndiqués, auquel le ministre du Travail a finalement acquiescé en juillet dernier.

Avant cela, seules les associations patronales et syndicales pouvaient financer ce genre de formation.

Bien qu’il reconnaisse qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction, Félix Lapan reconnaît les limites d’une telle mesure. « On ne fera pas non plus de magie », appréhende-t-il. « Il y a des groupes qui prévoient appliquer et monter des formations et l’offrir dans les milieux non syndiqués, mais ce sera une goutte d’eau, entendons-nous : 60 % de la main-d’œuvre est non syndiquée. »

« C’est sûr que, dans les contextes où les employeurs embauchent des jeunes, les affaires vont vite. C’est clair que, dans plein de milieux de travail, il n’y en aura pas, de formation. »

Loi sur le travail des enfants

Les données recueillies par l’enquête de l’Institut de la statistique sont antérieures à l’adoption de la loi sur le travail des enfants, entrée en vigueur le 1er septembre 2023. Cette loi instaure pour la première fois au Québec un âge minimal de quatorze ans pour travailler, sauf exception. Elle limite également le nombre d’heures de travail par semaine à un maximum de 17 heures, dont dix heures pendant la semaine d’école.

Cependant, selon une demande d’accès à l’information auprès de la CNESST, qu’a obtenue Pivot, une seule amende de 600 $ a été infligée entre l’adoption de la loi et le 30 septembre dernier. Deux autres constats d’infraction étaient en cours de traitement devant la Cour du Québec au moment de la réception de la demande.

Au total, la CNESST avait reçu un total de 335 plaintes déposées par des personnes mineures entre le 1er janvier et le 30 septembre 2024.

« La loi sur le travail des enfants n’a pas changé grand-chose… » constate Félix Lapan. « Elle a mis un seuil minimal pour l’âge de travail, mais elle n’a pas changé grand-chose pour la santé et la sécurité au travail. »

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