Que veut dire l’élection de Donald Trump pour le sud des Amériques?

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
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Que veut dire l’élection de Donald Trump pour le sud des Amériques?

La vague d’extrême droite déferlera-t-elle sur l’Amérique latine et les Caraïbes, avec un petit coup de main états-unien?

On dit, généralement avec raison, que des élections se gagnent rarement – pour ainsi dire jamais – à propos de la politique étrangère.

Cette lapalissade est encore plus vraie au cœur de l’Empire américain, où l’éducation publique se concentre surtout à insuffler aux jeunes esprits les vertus de l’exceptionnalisme de leur pays et à balayer sous le tapis les chapitres les plus sombres de leur histoire.

Les chapitres dédiés à l’international se limitent vraisemblablement à déclamer les épopées héroïques de 1917-1918, de 1942-1945 et de la victoire sur le grand démon soviétique, le tout saupoudré d’une bonne dose de révisionnisme concernant l’historique impérialiste et la série de crimes contre l’Humanité commis entretemps par à peu près toutes les administrations depuis celle de Harry Truman.

Parions que rien ne s’améliorera sous l’égide de Linda McMahon, la future secrétaire de l’Éducation du Second Empire Trump, issue du monde de la lutte professionnelle et donc rompue à la démolition et aux résultats fixés à l’avance.

Ce qui nous amène à une autre des nominations aussi saugrenues que dangereuses de l’autocrate à crinière : le sénateur floridien Marco Rubio comme secrétaire d’État.

Le retour de la doctrine Monroe

La nomination de Rubio pourrait-elle signifier le retour de la doctrine Monroe à l’avant-plan de la politique étrangère états-unienne? C’est ce que pense la revue Foreign Policy.

Rappelons que cette approche, suivie par les États-Unis au 19e puis au 20e siècles, voulait à l’origine que l’Europe s’abstienne d’intervenir dans les affaires des États souverains du Nouveau Monde et qu’en échange, les États-Unis se tiennent loin de celles de l’Europe et de ses zones d’influence. Au fil du temps, cette politique est devenue une doctrine affirmant la toute-puissance des États-Unis sur les Amériques, terrain de jeu politique, économique et militaire du nouvel Empire.

Fils de réfugié·es cubain·es qui ont fui la dictature de Fulgencio Batista, Marco Rubio s’est construit une réputation de véritable faucon – tendance chickenhawk, ces poltrons qui proposent des actions militaires fortes, mais qu’on ne verra jamais endosser l’uniforme ou, si l’âge leur fait défaut, protégeront leurs enfants de la nécessité de s’enrôler dans les forces armées.

Partisan du renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, il avait publié en 2019 une image du cadavre du dirigeant libyen sur Twitter à titre de menace envers le président vénézuélien Nicolas Maduro. À l’époque, le régime Trump soutenait l’usurpateur Juan Guaidó en tant que « président en exil » du Venezuela, tout comme le faisaient le Canada et les autres membres du Groupe de Lima, un consortium de pays besognant à effectuer un changement de régime au Venezuela. Cette politique a d’ailleurs été poursuivie par les démocrates.

La doctrine Monroe, au 21e siècle, est un arsenal politique à brandir contre les pays osant se doter de gouvernements de gauche.

Rubio, on le devine, est également un prosélyte de la ligne dure envers Cuba, qui subit encore et toujours les foudres de l’embargo imposé de force par les États-Unis.

Ajoutons à cela la proximité durable de Trump avec Jair Bolsonaro, président déchu du Brésil et politicien d’extrême droite qui a tenté de fomenter un coup d’État à l’image des évènements du Capitole, et les visites aux États-Unis dans la dernière année du président argentin Javier Milei, lui aussi un chef d’État qui épouse avec passion une doctrine politique fascisante.

Car la doctrine Monroe, au 21e siècle, se veut davantage un arsenal politique à brandir contre les pays osant se doter de gouvernements de gauche et non alignés avec les volontés impérialistes pilotées depuis Washington, Ottawa, Londres et Paris.

Quid d’Haïti?

Haïti est déjà aux prises avec une multitude de problèmes politiques qui découlent majoritairement de la corruption rendue possible par des décennies d’ingérence par les puissances étrangères. Et la violence dans l’île est surtout nourrie par un flot incessant d’armes provenant… des États-Unis.

Haïti ne trouvera très certainement pas en Marco Rubio un diplomate en chef porteur de réelles solutions.

Alors qu’on pourrait assister à l’émergence d’une troisième dictature duvaliériste qui se prépare depuis plusieurs années, il est bon de rappeler que Donald Trump fut à une autre époque un partenaire d’affaires de Jean-Claude « Bébé Doc » Duvalier, acceptant de l’argent souillé par le sang du peuple haïtien en louant au dictateur une luxueuse demeure à New York.

La question se pose dès lors à savoir si Rubio, à travers son patron, ne favoriserait pas la montée au pouvoir d’un nouveau dictateur dans la Perle des Antilles. Une figure présentée comme un véritable Messie politique, mais véritablement une autre marionnette américaine.

Haïti ne trouvera très certainement pas en Marco Rubio un diplomate en chef porteur de réelles solutions.

Quant à nous, n’oublions pas que le Canada exerce une influence importante sur les affaires haïtiennes, s’improvisant ponctuellement comme « l’ami d’Haïti »… mais certainement pas de son peuple, comme me l’a déjà souligné Pacha Vorbe, l’ancien bras droit de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide. À l’époque du coup d’État de 2004 contre le gouvernement de ce dernier, l’homme de main d’Ottawa dans ce dossier fut nul autre que… Denis Coderre.

Quelle serait donc l’attitude d’un Canada dirigé par une version Wish de Donald Trump?