Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Un rapport déposé cette semaine dans le cadre de la COP29 à Bakou en Azerbaïdjan brosse un sombre portrait des efforts déployés par le Canada pour enrayer la crise climatique. Le pays se retrouve parmi les derniers de classe à l’échelle mondiale pour l’ampleur de ses émissions, la faiblesse de ses efforts d’efficacité énergétique et le peu de progrès accompli pour sortir des énergies fossiles.

Pour la deuxième année consécutive, le Canada se classe au 62e rang mondial de l’indice de performance climatique, publié chaque année par l’organisme indépendant German Watch publié lors des Conférences de l’ONU sur le climat.

Qui plus est, la performance canadienne est parmi les dernières de classe dans presque toutes les catégories : 61e sur 67 pour les émissions de gaz à effet de serre (GES) par personne, 51e pour le déploiement d’infrastructures d’énergie renouvelable, et surtout 66e au niveau de l’efficacité énergétique, une catégorie où seuls les Émirats arabes unis ont fait pire.

En plus de l’analyse quantitative permettant de classer les pays selon leurs résultats, le rapport donne des notes allant de « vraiment mauvais » à « très bien » dans chaque catégorie pour aider à distinguer les nations qui sont sur la bonne voie pour restreindre les changements climatiques.

 Le Canada a reçu la note « vraiment mauvais » dans toutes les catégories, sauf celle qui mesure l’avancement de la réglementation environnementale, où la note « mauvaise » a valu au pays la 47e position.

À noter que dans l’édition de cette année du palmarès tenu depuis 2005 par l’organisme, les trois premières positions sur le podium ont été laissées vacantes pour souligner le fait qu’aucun pays n’en a fait suffisamment pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (qui vise à garder le réchauffement de la planète sous 1,5 oC). Dans la même ligne, aucun pays n’a reçu la mention « très bien » pour sa performance globale.

Dire une chose et faire son contraire

Si la performance canadienne détonne avec l’image que le gouvernement Trudeau tente de projeter au pays comme à l’international depuis son élection, elle est tout à fait en phase avec ses agissements, selon André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

L’environnementaliste rappelle que lors de la signature de l’Accord de Paris, en 2015, le Canada était le douzième plus grand producteur de pétrole à l’échelle globale. Il est aujourd’hui le quatrième, principalement en raison de l’expansion de l’industrie des sables bitumineux.

« C’est ridicule, on ne peut pas adresser le problème si on ne le nomme pas. Nous sommes un pays qui planifie augmenter sa production de pétrole dans les prochaines années. Peu importe ce qu’on prétend faire pour le climat, on ne peut pas honnêtement prétendre s’y attaquer si on ignore l’éléphant dans la pièce que sont les sables bitumineux », raisonne André Bélisle.

Aussi, le Canada se serait taillé une réputation à l’international comme un pays qui déploie des efforts pour miner les grandes ententes sur le climat et s’assurer qu’elles restent très conciliantes envers l’industrie pétrolière et gazière.

D’ailleurs, une version préliminaire du rapport de German Watch, à laquelle Pivot a eu accès, mettait en exergue ce rôle de mauvais joueur du Canada sur la scène internationale. En revanche, la critique envers le Canada aurait finalement été adoucie suite à un jeu de coulisse joué à la dernière minute.

Le Royaume-Uni à l’honneur

Le rapport permet aussi de mettre en évidence les bons coups par rapport à la lutte aux changements climatiques. Cette année, c’est le Royaume-Unie qui a connu la meilleure amélioration de sa place au palmarès, passant de la 20e à la sixième place.

Ce score reflète les nombreuses politiques environnementales mises de l’avant par le gouvernement travailliste élu plus tôt cette année. Parmi celles-ci, notons les décisions de cesser d’octroyer des permis d’exploitation pour de nouveaux puits de pétrole, de fermer dès cette année les dernières centrales au charbon et de bannir la vente de véhicules à essence dès 2030.

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