Allié·es : montrez-vous!

Victoria F. Legault Directrice générale · Aide aux trans du Québec (ATQ)
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Allié·es : montrez-vous!

La montée des mouvements anti-droits concerne tout le monde, et il est urgent que les allié·es silencieux·euses s’expriment pour alléger le fardeau qui pèse sur les communautés les plus marginalisées.

Le 20 novembre de chaque année marque la Journée du souvenir trans, commémorée dans de nombreux pays à travers le monde. Cette journée vise à honorer la mémoire des victimes de la violence transphobe, à sensibiliser le public aux discriminations et aux violences vécues par les personnes trans et de diverses identités de genre, et à rappeler aux allié·es qu’ils et elles ont un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre la transphobie.

Selon les données du projet de recherche Trans Murder Monitoring mené par Transgender Europe, 350 meurtres de personnes trans et de diverses identités de genre ont été répertoriés à l’échelle mondiale entre le 1er octobre 2023 et le 30 septembre 2024. Ces chiffres sont malheureusement sous-estimés, car de nombreux crimes anti-trans ou suicides de personnes trans ne sont pas rapportés comme tels, en particulier dans les pays où la transidentité est encore très stigmatisée au sein des familles et des communautés.

Plus alarmant encore, 94 % des meurtres signalés étaient des féminicides, touchant majoritairement des femmes trans et des personnes transféminines. Par ailleurs, 93 % des victimes étaient des personnes trans noires ou brunes.

Les attaques contre les droits des uns sont les attaques contre les droits de tous

Les groupes haineux n’ont jamais qu’un seul champ de bataille. La transphobie est profondément liée à la misogynie et à d’autres formes de discrimination. Les groupes qui s’en prennent aux droits des personnes trans et plus largement des personnes LGBTQ+ sont souvent les mêmes qui militent contre les droits reproductifs, comme l’accès à l’avortement.

Ce mouvement anti-droits, au cœur de ces attaques contre l’autonomie corporelle, ne se limite pas à s’opposer aux soins transaffirmatifs ou à l’éducation à la sexualité.

Tout le monde est concerné par ce qui se passe et tout le monde a un rôle à jouer.

Ce phénomène n’est pas nouveau : des liens historiques remontant à la Seconde Guerre mondiale montrent que l’idéologie nazie persécutait déjà les personnes trans ou de genre non conforme. Près d’un siècle plus tard, cette même haine reste au cœur des mouvements d’extrême droite, tant aux États-Unis qu’ailleurs, et les personnes subissant des discriminations croisées sont les plus à risque de violence.

Une communauté sur ses gardes, ici aussi

Au Canada, la montée des crimes haineux est bien documentée.

Entre 2019 et 2022, les crimes haineux déclarés ont augmenté de 83 %. En 2022, les principales cibles étaient les groupes raciaux, religieux et les minorités sexuelles. Cette tendance coïncide avec la montée d’une rhétorique populiste et incendiaire envers les groupes marginalisés.

À Montréal et dans d’autres villes, en septembre 2023 et 2024, des manifestations anti-trans et anti-LGBTQ+, liées à l’éducation à la sexualité, ont mené à de violents dérapages.

Face à la montée rapide et décomplexée des discours haineux anti-trans, le rôle des allié·es est capital.

Souvenons-nous également que c’est à la suite de ces manifestations que le gouvernement du Québec a annoncé la création d’un Comité de sages sur l’identité de genre, composé de personnes sans expertise liée à ce sujet, chargé de dresser un portrait de la réalité québécoise concernant la diversité des genres.

Si on se penche au-delà de nos frontières, en février 2023, au Royaume-Uni, Brianna Ghey, une adolescente trans de seize ans, a été assassinée en plein jour, poignardée 28 fois avec un couteau de chasse après avoir été attirée dans un parc. Bien que de tels actes d’une cruauté extrême restent rares, ils montrent que même les sociétés dites progressistes et ouvertes ne sont pas à l’abri de telles dérives.

Cela nous rappelle finalement que tout le monde est concerné par ce qui se passe, ici en Amérique comme ailleurs, et que tout le monde a un rôle à jouer pour contrer la radicalisation des discours et la polarisation des idées.

Un appel aux allié·es : prenez la parole

Au Québec, on peut penser de manière optimiste que la majorité de la population respecte les droits et libertés des personnes trans et est prête à construire une société plus inclusive. Cependant, beaucoup hésitent encore à exprimer publiquement leur solidarité. Pourtant, il est plus que jamais crucial que les allié·es silencieux·euses prennent la parole, car il est nécessaire pour les personnes les plus marginalisées de sentir qu’elles ne sont pas seules à porter ce combat.

Face à la montée rapide et décomplexée des discours haineux anti-trans, notamment dans les médias et les cercles politiques, le rôle des allié·es est donc capital : pour amplifier notre voix, mais aussi pour porter notre message dans des espaces encore fermés ou inaccessibles aux personnes trans.

Alors qu’une partie de notre communauté vit avec la peur au ventre, je vous lance finalement cet appel : ne nous abandonnez pas.