Alors que certains quartiers du Grand Montréal cumulent les inégalités territoriales – bruit, pollution, manque de verdure et de transport, etc. –, ceux où les services et les infrastructures sont disponibles offrent très peu de logements abordables pour la majorité de la population, souligne une récente analyse. Les organismes plaident donc pour construire du logement social dans les quartiers favorisés, et pour développer les autres quartiers sans en chasser les habitant·es moins nanti·es.
Dans la grande région de Montréal, la majorité des personnes les moins riches sont réunies dans un nombre limité de quartiers, pas toujours les plus conviviaux. En effet, 58 % des gens relativement défavorisés au niveau du revenu vivaient dans le tiers des secteurs de recensement de la région, selon une récente analyse publiée par la Fondation du Grand Montréal et Vivre en ville.
Les quartiers de Parc-Extension, de Côte-des-Neiges, le nord-est de Montréal-Nord et le quartier Chomedey à Laval – qui accueillent une grande partie des nouveaux et nouvelles arrivant·es s’établissant dans la région – font partie du lot. Aussi, c’est dans une grande zone formée du Centre-Sud, d’une partie du centre-ville et du sud du Plateau-Mont-Royal qu’on rencontre la plus grande concentration de personnes défavorisées.
Ces personnes, dont le revenu après impôt était égal ou inférieur à 26 503 $ en 2021, se retrouvent doublement désavantagées, car ces milieux de vie leur offrent beaucoup moins de possibilités que ce qu’ils pourraient retrouver dans d’autres parties de la région.
En effet, ces quartiers tendent à être près des axes de circulation majeurs et du bruit et de la pollution de l’air qu’ils engendrent. Ils ont aussi un moins bon accès à des commerces de proximité et aux services de santé que les autres, et contiennent moins de parcs et plus d’îlots de chaleur.
De plus, ces milieux de vie – sauf pour quelques-uns situés dans les quartiers centraux de Montréal – n’ont généralement pas accès à du transport en commun structurant ou à des pistes cyclables, ce qui limite considérablement les possibilités des personnes qui y vivent de se déplacer sur de plus longues distances pour atteindre les services qui ne sont pas disponibles près de leur domicile.
Construire où il fait bon vivre
D’un autre côté, une part importante (42 %) des personnes défavorisées ne vivent pas dans ces quartiers. « Il y a une certaine concentration de la pauvreté, mais si on compare Montréal à ce qui se passe dans les autres villes nord-américaines, il y a quand même une diffusion étonnante de la pauvreté », remarque Jeanne Robin, directrice principale de Vivre en ville.
« Historiquement, une série de politiques sociales ont empêché la création de “ghettos” de pauvreté, ce qui est une bonne chose, mais aussi un défi, parce que ça signifie que les besoins sont partout sur le territoire », poursuit-elle.
« Les besoins sont partout sur le territoire. »
Jeanne Robin
Pour cette raison, Vivre en ville souligne toute l’importance d’investir dans le logement locatif et plus particulièrement dans le logement social au sein des milieux qui ne sont pas défavorisés qu’une plus grande diversité de personnes puisse y vivre. Par exemple, on pourrait construire plus de logements sociaux dans les villes des Couronnes Nord et Sud, ou encore dans les quartiers traditionnellement bien nantis comme Westmont ou Outremont, ainsi que ceux récemment embourgeoisés comme Villeray ou Verdun.
« La pire chose qu’on pourrait faire, ce serait de ne construire du logement social qu’aux endroits où les terrains ne sont pas chers parce que les caractéristiques du milieu de vie ne sont pas intéressantes », remarque Jeanne Robin.
« Si notre loyer ne coûte pas trop cher parce qu’on habite dans un logement social, mais que notre milieu de vie ne donne pas accès au transport en commun, aux commerces de proximité, à des espaces verts et à de bons emplois à une distance raisonnable, ça n’améliore pas la situation », illustre-t-elle.
« La pire chose qu’on pourrait faire, ce serait de ne construire du logement social qu’aux endroits où les terrains ne sont pas chers parce que les caractéristiques du milieu de vie ne sont pas intéressantes »
Jeanne Robin
De plus, les quartiers offrant de bonnes conditions de vie n’offrent souvent que très peu d’options de logement locatif, qu’il soit abordable ou non. C’est souvent le cas dans les banlieues nord et sud de Montréal, où les ménages locataires ne comptent que pour 27 % et 23 % des résidents, selon le rapport.
« Quand une personne vie des difficultés, qu’elle tombe malade, qu’elle perd son emploi, ou qu’elle vit des difficultés familiales, etc., qui font qu’elle ne peut pas demeurer propriétaire, elle se retrouve donc rapidement sans options et doit généralement quitter son milieu de vie », souligne Jeanne Robin.
Ne laisser personne derrière
Cela n’empêche pas que les administrations publiques doivent faire un effort pour rehausser l’aménagement des quartiers défavorisés, rappelle Jeanne Robin. Il faudra toutefois faire bien attention à ce que ce développement ne fasse pas que contribuer à l’embourgeoisement et à l’exode des populations vulnérables des quartiers autrefois populaires.
« Si les personnes défavorisées doivent quitter leur milieu de vie suivant les modifications qu’on y apporte, tout ce travail ne sert à rien. D’un autre côté, la crise du logement est telle que si on ne fait rien, les ménages à faibles revenus risquent tout de même de se voir expulsés », résume la directrice de Vivre en ville.
« Alors encore une fois, toute solution pérenne doit passer par le logement. »