Palestine et droits des femmes : l’inaction du Canada dénoncée à l’ONU

Ricardo Lamour Chroniqueur · Pivot
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Palestine et droits des femmes : l’inaction du Canada dénoncée à l’ONU

Des territoires palestiniens occupés aux injustices envers les femmes autochtones d’ici, des appels pressants résonnent pour que le Canada assume ses engagements envers les droits humains.

Le 4 octobre, Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a pris la parole à l’Université McGill devant un public mobilisé, malgré un changement de lieu de dernière minute. En effet, des groupes étudiants sionistes ont tenté de faire annuler la conférence, à laquelle j’ai assisté.

Albanese a salué les mobilisations étudiantes, espérant qu’elles déclenchent une « tempête de justice ». Elle a dénoncé le « génocide en tant qu’effacement colonial » à Gaza et le « camouflage humanitaire » qui masque cette crise d’humanité.

Les organisateur·trices étudiant·es ont mentionné les défis d’organisation, mais ont réussi à offrir un espace d’échange où Albanese a pu exprimer ces vérités percutantes.

Elle a décrit la réalité des déplacements forcés, de la torture et de la saisie massive de terres commis par Israël. Pour elle, ce contexte est une tragédie humaine et morale, où les victimes de cette violence sont souvent réduites au silence et considérées comme des chiffres dans une crise humanitaire plutôt que comme des individus subissant une crise d’humanité.

Choquée par l’ouverture d’un bureau commercial du Québec à Tel-Aviv en juin, elle a rappelé lors de son intervention à Montréal que le Canada devait respecter ses engagements en vertu du droit international, en particulier face aux violations dans les territoires occupés. Elle a également souligné la complicité des acteurs économiques, y compris des institutions québécoises comme la Caisse de dépôt et placement, qui investissent dans les territoires occupés, perpétuant ainsi un colonialisme économique.

Francesca Albanese a dénoncé le « génocide en tant qu’effacement colonial » à Gaza et le « camouflage humanitaire » qui masque cette crise d’humanité.

Dans son discours, Albanese a aussi reconnu la souffrance des Israélien·nes, expliquant qu’eux et elles aussi sont victimes d’un projet « colonial sécularisé ». Bien que leurs responsabilités et leurs souffrances soient incomparables à celles des Palestiniens, elle a souligné que ce système de domination idéologique est devenu une doctrine politique qui affecte également les Israélien·nes en les privant de leur humanité.

« Mettre fin à cette grande domination serait un acte de réhumanisation pour eux aussi, car on ne peut brutaliser les autres comme les Israéliens le font avec les Palestiniens sans soi-même en perdre sa propre humanité », a-t-elle déclaré. Pour elle, ce processus de « réhumanisation » est essentiel pour tous ceux et celles qui sont touché·es par cette crise.

Enfin, Albanese a lancé un appel à une « tempête de justice », estimant que la mobilisation collective est promesse de changements profonds et durables.

Assurer les droits des femmes, à l’étranger comme ici

Parallèlement, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) de l’ONU a récemment souligné, le 29 octobre dernier, les carences du Canada face à ses responsabilités internationales, notamment en ce qui concerne les transferts d’armes vers des zones à risque et la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, concernant la situation des femmes lors des guerres et des processus de paix.

Le CEDEF appelle le Canada à adopter des mécanismes transparents pour éviter les violations des droits humains dans des zones de conflit comme Gaza, particulièrement en ce qui concerne l’insécurité alimentaire et l’accès aux médicaments vitaux pour les femmes enceintes dans les zones de conflit.

Le Comité a également dénoncé les discriminations persistantes, en territoire canadien, envers les femmes autochtones et racialisées, incluant celles d’ascendance africaine. Il a recommandé des enquêtes approfondies ainsi que des mécanismes de réparation, tels que des compensations financières et un soutien psychologique.

Le CEDEF a aussi exprimé des préoccupations profondes concernant la stérilisation forcée des femmes autochtones et des femmes racialisées, en dépit du rapport sénatorial sur l’enjeu. Le Comité a demandé au Canada d’enquêter de manière approfondie sur ces cas et de mettre en œuvre des mécanismes pour empêcher de telles violations à l’avenir. Il a également demandé au Canada de garantir que les victimes aient accès à des mécanismes de réparation. D’autres recommandations ont été faites, notamment pour renforcer la formation du personnel médical et adopter des mesures législatives garantissant l’intégrité corporelle et le consentement libre et éclairé.

Le Comité a dénoncé les discriminations persistantes, en territoire canadien, envers les femmes autochtones et racialisées.

Le Comité insiste également sur la nécessité de collecter de « données désagrégées » – c’est-à-dire de statistiques qui permettent de mesurer les différences entre différents segments de la société sur un sujet donné – pour mieux cerner les inégalités et améliorer l’accès aux droits des groupes marginalisés.

Dans ses recommandations, le CEDEF a également abordé les enjeux d’accès à la justice pour les femmes autochtones et racialisées, regrettant les retards dans la mise en œuvre des recommandations de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées. Selon un rapport de l’Assemblée des Premières Nations paru en juin dernier, seuls deux des 231 appels à l’action émis en 2019 avaient été accomplis.

Bien que le Canada ait alloué 2,2 milliards $ pour traiter les causes profondes de cette violence, le Comité a exprimé des préoccupations concernant l’inefficacité de ces mesures et la lenteur de leur exécution. Il demande que des ressources adaptées aux réalités des femmes autochtones, racialisées et d’ascendance africaine soient mises en place pour répondre efficacement aux violences institutionnelles et aux besoins de soutien.

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Ces recommandations mettent en évidence l’importance d’une approche inclusive des droits humains, au Canada comme dans les zones de conflit où les actions internationales du pays ont des répercussions directes sur les populations vulnérables.

Sans vouloir normaliser les accablantes inconsistances relevées par le Comité, j’ose poser la question suivante : le Canada est-il un pays du G7 en partie grâce à sa « capacité » à garder en veilleuse ce qui lui est reproché en matière de droits humains?