« C’était une commande politique »

Un grimpeur du pont Jacques-Cartier dénonce la criminalisation de l’activisme écologiste et les conditions de libération abusives de ses collègues.

Oona Barrett Vidéojournaliste · Pivot
Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Le 22 octobre dernier, Olivier Huard escaladait le pont Jacques-Cartier dans le cadre d’une action visant à demander la fin des énergies fossiles. Le lendemain, lui et son collègue de grimpe, Jacob Pirro, ainsi que Michèle Lavoie, qui assurait la liaison avec les policiers lors de l’action, se retrouvaient en prison. Devant la caméra de Pivot, il raconte son expérience et dénonce la criminalisation de l’activisme écologiste.

C’est à ce moment, que « la torture commence […] la maltraitance physique commence », relate Olivier Huard. Après quatre jours de détention à la prison de Rivière-des-Prairies, l’activiste écologiste avait entamé une grève de la faim pour dénoncer ses conditions de détention et manifester son opposition aux conditions de libération sévères exigées par la Couronne.

Il est placé en cellule d’isolement, où il restera pendant plus de quatre jours jusqu’à sa libération jeudi dernier, et où il rapporte avoir vécu des violences psychologiques.

« J’étais dans une camisole qui descendait à mi-cuisse, j’étais tout nu en dessous, puis j’avais une couverte de déménagement, une espèce de couverte bleue, puis un petit matelas.», raconte-t-il. « Caméra sur moi 24 heures sur 24. Même la nuit, la lumière s’allumait une fois par heure pour surveiller. »

Des infirmier·es, qui auraient dû l’examiner quotidiennement et faire un suivi sur son état de santé, passent brièvement devant ses barreaux. « Les seules infirmières que j’ai vues, c’était à travers la porte, qui me disaient “t’es tu correct, as-tu mangé?”, puis elles partaient. »

« J’ai répété maintes et maintes fois [aux gardiens] que j’étais non violent, que je n’étais pas suicidaire, que je faisais une action politique », explique-t-il. « Ils ne comprenaient pas ma démarche. »

Criminalisation des activistes

Il aura passé un total de neuf jours en prison en attente d’un procès de libération – du jamais vu au Québec dans un cas de désobéissance civile – avant d’obtenir sa remise en liberté jeudi dernier. Il est soumis à des conditions moins sévères que ses deux collègues Jacob Pirro et Michèle Lavoie, qui n’ont pas le droit de parler de l’affaire avec les médias, de s’exprimer sur les réseaux sociaux, ni même de se tenir avec plus de trois personnes en public.

« Je pense que la Couronne faisait un travail politique. C’était une commande politique – c’est mon opinion », déplore Olivier Huard. « C’est comme faire par la porte d’en arrière, ce qu’ils ne peuvent pas faire par en avant, c’est d’augmenter la répression politique par le biais des conditions de libération. »

La semaine dernière, le ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel, a déposé une motion, bloquée par Québec solidaire, qui visait à condamner la désobéissance civile. Le ministre avait qualifié les activistes « d’extrémistes » et « d’anarchistes », les accusant de faire de la « propagande environnementale ».

L’escalade du pont Jacques-Cartier le 22 octobre dernier est une réplique d’une action qu’avaient réalisée d’autres activistes écologistes il y a cinq ans. À l’époque, la justice avait été beaucoup plus clémente et les grimpeur·euses avaient été libéré·es seulement six heures après leur arrestation, avec une promesse de comparution.

« Si on est rendu à emprisonner des écologistes, on se dit qu’il faut commencer à travailler là-dessus en prévention. » Le collectif Antigone, dont font partie les grimpeurs, a depuis endossé la cause de la dignité en prison.

« À la prison de Rivière-des-Prairies, il n’y a aucun soutien de réhabilitation, il n’y a aucune dignité humaine, c’est complètement oublié », déplore Olivier Huard. « Si on ne prend pas soin des gens en prison, il n’y a pas de réhabilitation. »

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