Devant la Cour supérieure du Québec, l’Université McGill s’est vue refuser de prolonger une injonction temporaire limitant les manifestations pro-Palestine sur son campus. Une injonction initiale avait été accordée par le tribunal le 8 octobre dernier. Il s’agit d’une nouvelle tentative de l’Université de limiter les activités d’étudiant·es qui lui demandent de mettre un terme à ses liens avec des institutions et des compagnies complices du génocide et de l’apartheid en Palestine.
La Cour supérieure du Québec a rejeté lundi une requête de l’Université McGill pour prolonger une injonction qui aurait limité les manifestations pro-Palestine sur son campus.
Le 8 octobre dernier, l’université avait obtenu une injonction temporaire qui interdisait aux membres du groupe Étudiant·es pour l’honneur et la résistance de la Palestine (SPHR) et « toute personne ayant pris conscience de la décision » de troubler l’ordre public sur le campus. Les manifestant·es ne pouvaient pas non plus manifester à moins de cinq mètres des bâtiments de l’Université ni y bloquer l’accès.
Selon McGill, SPHR prévoyait organiser une « semaine de rage » du 7 au 11 octobre dernier afin d’encourager la communauté étudiante à exprimer son mécontentement envers l’université, qui refuse d’accéder aux demandes de mettre un terme à ses investissements liés à Israël, dont certains dans des compagnies d’armements.
Un an après le début du génocide à Gaza, qui a fait plus de 42 000 morts, il était important pour la communauté étudiante « de montrer que les étudiants ne reculeront pas, qu’ils continueront jusqu’à ce que leurs demandes soient satisfaites », explique Noor, un·e membre de SPHR qui a souhaité gardé l’anonymat par peur de représailles de la part de McGill.
Mais l’université voyait entre autres dans cette mobilisation une entrave à la tenue des cours, ce à quoi avait acquiescé le juge Babak Barin dans sa décision au début du mois.
La plus récente requête avait pour but de prolonger cette injonction, accordée pour une période de dix jours seulement et qui était arrivée à échéance le 18 octobre dernier.
Cette fois, le tribunal n’a pas trouvé de preuve « d’urgence », nécessaire à l’octroi d’une extension. Dans sa décision, le juge Gary Morrison indique que « la Cour ne peut pas conclure, avec les preuves dont elle dispose actuellement, qu’il est probable que le SPHR va, dans les dix jours à venir, s’engager dans le comportement même que l’injonction proposée entend interdire ».
Liberté d’expression
Dans un courriel, l’administration de l’Université McGill estime que ses démarches visaient à protéger « le droit de ses étudiants et de ses enseignants de s’instruire et de travailler dans un milieu sûr, stable et propice à l’enseignement, aux études et à la recherche ».
Elle affirme respecter le refus de la cour, ajoutant qu’elle « soutiendra toujours le droit à la liberté d’expression et de rassemblement ».
« Je ne vois pas comment notre liberté d’expression est protégée si McGill tente activement d’interdire les manifestations », réplique Noor.
« McGill a toujours réprimé les étudiants qui manifestent sur le campus : il y a eu une campagne de diffamation contre les manifestants pro-Palestine, contre les assistants de cours qui ont fait la grève », explique-t-iel.
« Je ne vois pas comment notre liberté d’expression est protégée si McGill tente activement d’interdire les manifestations. »
Noor, membre de SPHR
Selon Noor, le fait que McGill cherche à limiter les manifestations pro-Palestine sur son campus témoigne de l’efficacité de celles-ci. « Ça montre que McGill est sous pression, et que ça l’affecte. »
L’université n’a pas indiqué si elle comptait effectuer de nouvelles démarches judiciaires afin de limiter le droit de manifester en soutien à la Palestine sur son campus.
Bras de fer
« C’est une nouvelle victoire », analyse Noor. « C’est une nouvelle injonction contre laquelle nous avons gagné. »
L’université avait déjà essuyé un refus de la Cour supérieure pour une demande d’injonction ciblant le campement pro-Palestine qui s’était installé sur son campus.
Ce dernier, organisé par des étudiant·es des universités McGill et Concordia, visait à demander aux deux institutions de mettre un terme à leurs investissements dans des compagnies d’armement et d’autres entreprises « complices dans le génocide, le colonialisme, l’apartheid et le nettoyage ethnique des Palestiniens », ainsi qu’à leurs partenariats avec des universités israéliennes.
Malgré la défaite devant les tribunaux, McGill avait tout de même procédé au démantèlement du campement en employant une firme de sécurité privée. Au moment du démantèlement, l’administration de l’université avait avancé plusieurs allégations envers le campement, qu’elle avait décrit comme une « forteresse vouée à l’intimidation et à la violence ».
Elle avait cependant refusé, malgré les demandes répétées de Pivot, de fournir des preuves de ce qu’elle avançait.
Les demandes de couper les ponts avec Israël sont portées depuis plusieurs années par les étudiant·es de McGill et Concordia, qui se sont jusqu’ici buté·es au refus de leurs universités.
En 2022, l’administration de McGill avait bloqué une motion de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) envers Israël ayant obtenu l’approbation de plus de 71 % des voix. L’université avait alors prétexté que la politique était « inconstitutionnelle et discriminatoire », ainsi que contraire à son initiative de lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie sur le campus.