François Legault est entré en guerre contre les immigrant·es dès son arrivée au pouvoir.
Imposition du certificat d’acceptation, interdiction du voile dans la fonction publique, interdictions aux employé·es de l’État de porter assistance dans une autre langue que le français, définancement des programmes de francisation, tout y passe pour rendre la vie des néo-Québécois·es assez misérable pour les faire quitter la province.
Ottawa fait son gros possible pour être à la hauteur du racisme exigé par Québec. Malgré la réputation de pays fondé sur l’immigration dont se pare le Canada, le gouvernement connaît son véritable bilan.
Inaccessible par la mer pour les embarcations de fortune et partageant la plus longue frontière démilitarisée de la planète avec la plus grande puissance militaire mondiale, le Canada a toujours utilisé son isolement géographique pour mener ses politiques raciales et coloniales.
La taxe sur les Chinois·es, le refus des bateaux de réfugié·es juif·ves durant la persécution nazie ou, maintenant, la fermeture du chemin Roxham : les politicien·nes ont toujours décidé qui méritait de fouler la terre de nos aïeux, et plus efficacement qu’ailleurs dans le monde.
Mais rien n’y fait. Legault continue de faire la baboune et exige des déportations de masse et des sanctions financières contre les demandeur·euses d’asile.
À l’écouter, c’est comme s’il accueillait chaque nouvelle personne lui-même, dépassé par une crise qui n’arrête pas de se creuser.
Mais de quelle crise on parle, au juste?
Les raisons de l’émigration
Nicole, une femme trans syrienne, est restée coincée sept mois à l’aéroport d’Istanbul après avoir été invitée à se rendre au Canada.
Inscrite à un programme de relocalisation des réfugié·es de l’ONU lorsqu’elle était encore en Syrie, elle a finalement été sélectionnée pour faire le voyage. Résidant sans papier en Arabie saoudite depuis dix ans, elle a fui par la Turquie, où elle devait embarquer en direction du Canada.
Sur place, les agent·es de la douane turque lui auraient refusé l’entrée parce que son morinom (deadname) correspond à celui d’un homme qui apparaît sur la liste américaine d’interdiction de vol (No Fly List). Plus tard, les autorités canadiennes lui ont brusquement retiré le statut de réfugiée dont elle bénéficiait jusque-là.
Il y a une vraie crise pour tellement de migrant·es, mais ce n’est pas de ça que le gouvernement s’inquiète.
Incapable de se rendre au Canada, d’entrer en Turquie ou de faire demi-tour parce qu’elle ne détient aucun statut officiel, elle est restée à l’aéroport. Après sept mois d’attente, la Turquie a finalement annoncé son intention de la déporter à la frontière syrienne.
Grâce à la vigilance des camarades de l’organisme Mubaadarat, nous sommes quelques personnes à avoir écrit au ministre Marc Miller, qui n’est intervenu qu’à la dernière minute… pour permettre à Nicole d’entrer en Turquie grâce à un visa temporaire.
Je ne sais pas comment souligner à quel point cette situation est dangereuse. Nicole est sans logement, sans argent et sans moyens pour survivre. Elle est coincée dans un pays étranger qui menace de la déporter vers la zone de guerre qu’elle avait fuie avec succès pendant une décennie.
Sa situation en Arabie saoudite était difficile, mais elle était prévisible. Ce sont les promesses du Canada qui l’ont lancée dans cette situation de crise. Une vraie.
Les moyens de l’immigration
Les personnes qui ont vécu ou qui peuvent témoigner de situations abusives savent qu’on doit mentir, dissimuler, se préparer longuement, avant de tenter de fuir. Il faut mettre de l’argent de côté, trouver de l’aide, créer des opportunités. Tout ça, sans laisser de traces.
Un rendez-vous médical, un voyage, un mariage ou un décès : autant de ruptures dans le quotidien qui ouvrent de brèches dans les murs que dressent les abuseur·es. Des occasions à saisir pour ceuzes qui en sont victimes.
Survivre n’est pas une question morale. Il n’y a pas de mérite à respecter les règles quand elles sont truquées et quand les enjeux sont si élevés.
C’est pourtant ce qu’essaient de nous faire croire toutes ces personnes qui parlent de crise de l’immigration et qui veulent faire le tri entre les « légaux » et les « illégaux ».
Il n’y a qu’une bonne façon de fuir la persécution et c’est de réussir.
Si le gouvernement Legault est tellement préoccupé par les étudiant·es étranger·es, c’est parce qu’il sait que le nombre de demandes d’asile provenant de ce groupe a explosé depuis la fermeture du chemin Roxham.
Pour avancer son agenda, le premier ministre a besoin de créer cette frontière artificielle entre les « vrais » réfugiés et les « faux », qui exploitent les failles du système, qui entrent au pays illégalement ou sous de faux prétextes.
À l’écouter, la seule façon légitime de chercher refuge pour une personne trans ou queer, par exemple, ce serait de déposer une demande d’asile depuis l’étranger et d’attendre sagement d’être invité·e, aussi longtemps qu’il le faudra. Même chose pour les personnes victimes de violences domestique, de traite humaine, etc. C’est absurde et irréaliste.
Il n’y a qu’une bonne façon de fuir la persécution et c’est de réussir.
Régler le problème
Ça fait des années que le fédéral remplit des prisons de migrant·es dans la plus grande impunité. Les programme de francisation ne répondent pas aux besoins et mènent à des pertes de statut et à des déménagements évitables. Des femmes trans se font expulser et meurent.
Il y a une vraie crise pour tellement de migrant·es, mais ce n’est pas de ça que le gouvernement s’inquiète.
C’est à cause du français, de la nation, de la foi et du Code civil, comme d’habitude.
François Legault est entré en guerre contre les immigrant·es dès son arrivée au pouvoir.
Les conflits, les catastrophes et l’instabilité créent les mouvements de population, mais ce sont les gouvernements qui créent les « crises des migrants » pour leur propres intérêts idéologiques et électoraux.
François Legault, Yves-François Blanchet, Paul St-Pierre-Plamondon et toute leur ligue des nationalistes identitaires sont tellement convaincus de la justesse de leur lutte pour la survivance de la race canadienne-française que si faire la baboune à Ottawa ne suffit pas, ils sont capables de nous faire une crise.