Le génocide ne s’arrêtera pas tout seul

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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Le génocide ne s’arrêtera pas tout seul

Les élections fédérales doivent nous permettre d’arrêter le carnage.

Ça fait un an qu’Israël pilonne Gaza sans merci. Un siège criminel contre une population civile, dénoncé par la communauté internationale, maintenu par la force brute de l’Empire.

L’empereur est nu, dit l’adage. L’empereur est sénile, Néron erre et ne sait plus qui a mis le feu. Remember when Kamala was brat?

« Nouvelle escalade de violence au Moyen-Orient. » Les acteur·trices sont anonymes, leurs actions, inévitables. Le cycle de nouvelles se répète sans cesse, depuis avant ma naissance, depuis toujours, il semble. Ça arrive de temps en temps, comme les cigales et les feux de forêt.

« Les malheurs de la Pologne sont la preuve de l’existence de Dieu. »

Je ne veux pas poser de questions. Je ne sais pas comment m’inquiéter. « Est-ce que ta famille est correcte? » Personne n’est correct.

L’explosion du port, la crise économique, l’invasion. Le Liban, c’est la guerre contre les Palestinien·nes, moins la Palestine.

Tout sauf normal

Il y a ce concept, la banalité du mal, qui est devenu une pièce centrale dans la compréhension contemporaine des génocides. Cette notion souligne que les pires crimes contre l’humanité ne sont pas commis par des monstres : ils sont, plus simplement, soutenus par les gestes ordinaires et dociles de fonctionnaires de l’horreur, de bon·nes citoyen·nes.

Cette innovation d’Hannah Arendt est tellement importante conceptuellement, en fait, qu’elle est elle-même devenue banale. Elle permet d’expliquer rationnellement le génocide qui se déroule avec notre complicité et contribue paradoxalement à le rendre moins horrifiant, plus familier.

C’est la limite de toute sociologie d’ailleurs : comprendre les mécanismes sociaux à l’œuvre ne dispense pas des nécessités de l’éthique et de la politique. La distance réflexive acquise permet en fait – ou en tout cas devrait permettre – de servir des objectifs déterminés par d’autres moyens.

Les acteurs sont anonymes, leurs actions, inévitables. Ça arrive de temps en temps, comme les cigales et les feux de forêt.

Une partie significative de la pensée critique du 20e siècle dans le Nord global a été menée par des survivant·es de la Shoah. Au cœur de leur réflexion : la lutte contre le totalitarisme et les atrocités de masse.

Ajoutez les efforts diplomatiques et juridiques déployés depuis des décennies et on en vient à la situation contemporaine : nous savons ce qu’est un génocide, il y a un consensus sur les règles de preuve, sur ce qui constitue une enfreinte au droit international.

Alors pourquoi échoue-t-on à l’empêcher?

Si on ne s’occupe pas de politique, la politique va s’occuper de nous

Il y aura vraisemblablement des élections fédérales très bientôt. Nous devons nous assurer que l’enjeu principal de l’urne soit la participation du Canada au génocide.

Ce n’est pas une position morale, mais bêtement politique. La situation électorale au pays ouvre une brèche très réelle dans la coalition sioniste pour qui sait regarder avec attention.

Poilievre et Trudeau voudraient nous faire croire qu’il s’agit d’une campagne présidentielle où leurs deux personnalités s’affrontent, mais ce n’est qu’un stratagème de communication de masse. Le système parlementaire ne fonctionne pas comme ça et ce seront toutes les circonscriptions qui seront en jeu, y compris celle de Papineau où j’habite – et où siège Justin Trudeau.

Le Bloc québécois servant de catalyseur pour le vote conservateur et nationaliste au Québec, ça limite déjà la participation d’une bonne partie des circonscriptions aux questions diplomatiques du pays. Le parti régional n’a pas tendance à participer aux décisions d’Ottawa, sauf pour défendre « les intérêts du Québec » – c’est-à-dire empêcher la bonification de l’assurance dentaire publique et faire la vie dure aux immigrant·es.

Nous devons nous assurer que l’enjeu principal de l’urne soit la participation du Canada au génocide.

Mais si on réussit à coaliser le vote anti-génocide dans les régions urbaines, on a peut-être une chance d’envoyer plusieurs dizaines de député·es à Ottawa.

Le seul parti ouvertement anti-sioniste, c’est le Nouveau Parti démocratique.

Si on veut investir une stratégie électorale – et je crois que nous n’avons pas le luxe des tactiques en ce moment –, il faudra travailler avec les équipes des candidat·es. L’idée n’est pas de simplement se rallier aux néo-démocrates, ou de se contenter d’aller voter, mais de saisir une opportunité stratégique.

Les élections ne sont jamais une solution à nos problèmes, mais peuvent parfois nous donner un meilleur rapport de force, tant face à nos ennemi·es qu’à ceuzes que nous avons fait élire.

Et la seule chose qui puisse empêcher un génocide, c’est la volonté politique.