L’Institut économique de Montréal ne veut ni comprendre ni régler la crise du logement

Francis Dolan Chroniqueur · Pivot
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L’Institut économique de Montréal ne veut ni comprendre ni régler la crise du logement

Les arguments du think tank de droite contre le logement hors marché privé ne tiennent pas la route.

Depuis quelques semaines, profitant du repos estival touchant à la fois le monde médiatique et politique, l’Institut économique de Montréal (IEDM) ouvre le feu sur les politiques montréalaises en habitation. S’opposant à l’objectif de la Ville de Montréal de développer plus de 160 000 nouveaux logements hors du marché privé d’ici 2050, l’IEDM remet en question la capacité de la Ville à développer et gérer du logement social sur son territoire.

L’argumentation de l’Institut repose d’abord sur l’illustration du mauvais entretien des « HLM » de Montréal, puis sur le Règlement pour une métropole mixte (20-20-20), censé forcer les promoteurs à inclure du logement social, abordable et familial dans leurs projets et qui aurait, selon eux, des effets nocifs sur le développement immobilier dans la métropole.

Ces arguments font écueil à plusieurs niveaux.

Erreur sur la personne

D’abord parce que l’IEDM fait erreur sur la gestion des fameux immeubles « HLM ».

Celle-ci ne revient pas à la Ville, mais plutôt à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) ainsi qu’à la Société d’habitation du Québec (SHQ), un organe du gouvernement provincial. Une simple recherche sur la gouvernance des offices municipaux d’habitation ainsi que sur la Loi de la Société d’habitation du Québec aurait suffi à l’analyste senior de l’IEDM à comprendre cette subtilité des politiques publiques.

Les logements hors marché que promet la Ville tomberaient plutôt sous la responsabilité de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) et d’organismes à but non lucratif (coopératives et OBNL d’habitation). Pour les fins d’une meilleure présentation de l’état des logements appartenant à un organisme paramunicipal montréalais, le chercheur de l’IEDM aurait donc mieux fait de se tourner vers la SHDM et ses près de 5000 logements, en bien meilleure situation.

Les conclusions de sa recherche auraient été très différentes, à son grand désarroi.

Question de profits

Ensuite, avant de qualifier de « slumlord » la Ville de Montréal, l’IEDM devrait retourner faire ses devoirs pour mieux comprendre l’origine et les facteurs de la crise du logement qui touche l’ensemble des ménages locataires montréalais.

Il faut déjà se demander ce qu’est qu’un « slumlord ». L’usage commun qualifie ainsi un propriétaire qui vise à maximiser ses profits aux dépens de la santé, de la sécurité et du bien-être de ses locataires. Puisque ni l’OMHM ni la Ville ne font de profit du fait de leurs locations résidentielles, ils sont d’emblée exclus de la définition.

On nous demande de faire confiance au privé afin de régler la crise qu’il a lui-même fomentée.

Pendant ce temps, dans le marché privé, les propriétaires de taudis qui s’en mettent plein les poches ne sont pas très durs à trouver.

Cercle vicieux

L’Institut économique de Montréal démontre son biais idéologique en défaveur de toute intervention des différents paliers gouvernementaux en matière d’habitation. Alors que même la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) demande à l’État d’augmenter son financement du logement social en reconnaissant l’incapacité des propriétaires privés de loger tout le monde, l’IEDM décide de faire cavalier seul dans cette course à la déréglementation et aux coupes de financement du logement social.

Le modèle que défend l’IEDM en ce qui a trait à l’habitation est exactement ce qui a causé la crise du logement actuelle. La marchandisation grandissante du logement et le retrait des gouvernements du financement et de la réglementation de l’habitation auront mené les ménages locataires au pied du mur.

Nous savons très bien lire dans leur jeu.

Ce phénomène est un cycle où la quête de profit des promoteurs privés dépend directement de la non-intervention de l’État sur leur marché. Lorsque l’État ne construit pas ou très peu de logements sociaux, les locataires sont pris au piège dans le marché privé de l’habitation.

Dans un contexte où la valeur marchande des logements l’emporte sur leur valeur d’usage et que l’État ne protège pas suffisamment le droit au logement des locataires en leur assurant des appartements sécuritaires et abordables, les acteurs privés ne feront qu’aggraver la crise pour maintenir la profitabilité du marché de l’habitation.

On nous demande ainsi de faire confiance au privé afin de régler la crise qu’il a lui-même fomentée, à cet ensemble d’acteurs qui n’existent que pour le profit et celui des investisseurs.

Construire des condos

Ces mêmes acteurs privés se plaignent maintenant du Règlement pour une métropole mixte qui leur demande de contribuer très légèrement à la construction de logements sociaux, soit en vendant une partie de leur terrain à la Ville ou en payant une contribution.

On nous dit que c’est par la construction de logements à 2500 $ par mois que nous allons offrir des logements aux familles montréalaises. Qu’ainsi la demande grandissante en logement serait satisfaite. Que par la création de ces nouveaux logements luxueux, d’autres plus vieux et abordables seraient remis sur le marché et offriraient de facto des logements abordables.

Rien n’est plus faux et nous savons très bien lire dans leur jeu. Les entreprises de promotion immobilière se jettent sur ces anciens logements afin de faire de petites rénovations de surface et faire grimper les loyers en flèche.

Si nous continuons à laisser le privé intervenir de la sorte dans l’habitation, nous ne sortirons jamais de la crise du logement. Il est plus que temps d’entreprendre un vaste chantier de construction de logements qui vienne offrir une réelle alternative au marché privé. Il est aujourd’hui urgent d’augmenter rapidement l’offre de logement, avant tout de logements adaptés aux besoins de toutes et de tous.