Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
Partager

Cette fin de semaine, la manifestation en soutien au peuple palestinien a donné lieu à l’établissement d’un nouveau campement, cette fois au cœur du centre-ville de Montréal. Les campeur·euses demandent que la Caisse de dépôt et placement, qui gère les fonds de pension de six millions de Québécois·es, retire ses investissements dans 87 entreprises liées aux violences commises par Israël en Palestine occupée. 

Vers 13 h samedi après-midi, une cinquantaine de manifestant·es ont érigé une dizaine de tentes au square Victoria dans le centre-ville de Montréal. Ce dernier campement, le troisième à Montréal, après ceux de McGill et de l’UQAM, est le premier du genre au Canada à s’installer hors des campus universitaires.

Cette fois, la cible des instigateur.trices est la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), dont les bureaux se trouvent à quelques coins de rue.

Ils et elles réclament le désinvestissement de 87 compagnies complices dans le génocide à Gaza et dans la violation du droit international en Cisjordanie. Au total, les investissements en jeu représentent 14,2 milliards $, soit 3 % du portefeuille de la Caisse.

Les compagnies ciblées sont celles signalées par le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), mais également par les Nations unies ainsi que les organismes World Beyond War et American Friends of the Service Committee selon Benoît, l’un des porte-paroles du collectif Désinvestir pour la Palestine qui est à l’origine du campement. L’ensemble des compagnies visées figure également dans une analyse de l’organisme Mouvement pour une paix juste, qui s’est penché sur les investissements de la CDPQ.

Dans le lot, on retrouve Hewlett-Packard, Intel, Leidos, General Electric, Caterpillar et Palantir, dans lesquelles la CDPQ a augmenté la valeur de ses investissements en 2023. En mai dernier, Pivot avait montré qu’il s’agissait d’un gain de plus de 750 millions $ par rapport à 2022.

Les campeur·euses ciblent également les investissements dans d’autres compagnies d’armement et d’aviation militaire fréquemment ciblées par d’autres actions de défense de la Palestine, comme Lockheed Martin, Boeing et Northrop Grumman. L’analyse de Pivot avait montré que les investissements de la CDPQ dans ces trois entreprises avaient diminué en 2023, sans toutefois prendre fin.

Les campeur·euses mettent également en lumière d’autres liens financiers de la CDPQ avec des compagnies comme Airbnb, Booking et Expedia, listées par les Nations Unies parmi celles qui perpétuent et profitent de l’occupation illégale de territoires palestiniens en Cisjordanie.

« La Caisse n’a pas l’air de tenir compte de ce qui se passe en Palestine », pense Benoît.

Transparence

La CDPQ est le deuxième fonds de pension public au Canada, avec un portefeuille de 423 milliards $.

« On pense que c’est un souci de transparence », explique Benoît. « C’est un acteur immense qui gère des sommes qui appartiennent à toute la population du Québec. »

« On croit que c’est un débat qui doit être amené sur la place publique : comment est-ce qu’on utilise des fonds qui appartiennent à l’ensemble de la population? »

« On croit aussi que la majorité des gens ne souhaitent pas que leur argent, l’argent de leur retraite, serve à financer des crimes de guerre et des crimes au regard du droit international. »

Le collectif Désinvestir pour la Palestine invite ceux et celles qui le souhaitent à rejoindre le campement.

Bureau du Québec en Israël

Les campeur·euses demandent aussi la fermeture du bureau du Québec en Israël, récemment ouvert par le gouvernement Legault. Pour les manifestant·es, cela va de pair avec les revendications ciblant la CDPQ.

« L’objectif de ce bureau-là, c’est de créer davantage de liens économiques et diplomatiques avec l’État d’Israël et donc de créer de nouveaux liens avec des entreprises qui sont complices de violations du droit international », explique Benoît.  

En avril dernier, la ministre des Relations internationales Martine Biron avait indiqué que le directeur du bureau, Alik Hakobyan, s’installerait à temps plein à Tel-Aviv dès cet été. Le gouvernement de la CAQ avait indiqué vouloir accélérer le processus afin de permettre la création de nouveaux liens économiques le plus rapidement possible.

À l’Assemblée nationale plus tôt ce mois-ci, le premier ministre François Legault avait dit ne pas voir de « lien » entre le bureau du Québec et les violences en cours à Gaza.

Violation du droit international

Vers 15 h, la manifestation hebdomadaire du Mouvement de la jeunesse palestinienne s’est arrêtée en bordure du square Victoria, sous forte présence policière. Une centaine de personnes étaient présentes. 

« Le droit international, c’est le rempart du faible [contre le] fort, c’est pour ça que c’est important », a déclaré devant la foule l’avocat en droit international Paul Fauteux. « Il faut qu’il s’applique également à tous. »

Il a dénoncé le refus, devant la Commission des finances publiques du Québec, du président de la Caisse, Charles Émond, de retirer ses investissements des compagnies complices des violences à Gaza et en Cisjordanie.

Un mois plus tard, a rappelé Paul Fauteux, le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan, demandait des mandats d’arrestation contre le président israélien Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Yoav Gallant pour crime de guerre et crime contre l’humanité.

« La Caisse accorde plus d’importance à faire de l’argent sur le dos des Palestiniens qu’à respecter le droit international. »

Il a invité les manifestant·es à signer une pétition déposée par le député solidaire Haroun Bouazzi en septembre dernier, afin de réclamer que la Caisse mette fin à ses investissements liés aux violences contre le peuple palestinien.

Clarification : L’article a été mis à jour pour détailler les sources sur lesquelles est basée la liste des entreprises ciblées par la campagne. (2024-06-25)

Récents articles

Voir tous