À quand la fin du sexisme médical?

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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À quand la fin du sexisme médical?

Dans l’actualité récente, le système de santé multiplie les preuves d’un sexisme médical à éradiquer.

Ce n’est plus un secret pour personne : notre système de santé vivote d’une crise à l’autre, dans un état pitoyable dont on commence à se demander si on verra un jour le bout.

Si on compte la pénurie de personnel, les listes d’attente interminables, les difficultés d’accès à un médecin de famille, et j’en passe, il faut aussi dénombrer plusieurs scandales liés à la santé des femmes et qui parachèvent notre découragement face à ce perpétuel état de crise médicale.

Et gare aux statistiques à propos des étudiant·es fréquentant les facultés de médecine qui dévoilent qu’en moyenne, « deux futurs médecins sur trois sont des femmes ». Il faut se préserver de la tentation de croire que le sexisme médical serait une histoire du passé en raison de telles données.

Les racines patriarcales et sexistes du système de santé sont fort longues et très bien accrochées.

Changement de paradigme

Un rapport de recherche, publié en 2021, a fait grand bruit en dévoilant que de nombreuses femmes autochtones ont subi des interruptions de grossesse ou des stérilisations forcées entre 1982 et 2019, au Canada.

La mise au jour de ces honteuses interventions médicales coercitives avait alors été l’occasion d’amorcer, dans le discours public, une discussion sur le consentement médical, et a dévoilé l’ampleur des racines patriarcales et racistes du système de santé.

Le système a encore bien des croûtes à manger.

Or si nous savions déjà qu’un comité fédéral (composé en majorité… d’hommes) se penche actuellement sur la santé des femmes en réaction notamment à ces actes de violence injustes, le Collège des médecins affirmait quant à lui cette semaine dans une lettre ouverte qu’il souhaite prendre action pour aller dans le même sens que les recommandations émises dans le rapport de 2021.

Ainsi, le Collège des médecins énonce vouloir regagner la confiance des femmes, notamment les femmes autochtones et racisées, et s’engage entre autres à modifier son code déontologique pour y ajouter un préambule visant à « proscrire toute discrimination basée sur la culture et l’identité ».

De prime abord, voilà qui indique un pas dans la bonne direction. Toutefois, le système a encore bien des croûtes à manger. Il faudra, dans les prochaines années, qu’il nous prouve être capable de multiplier les actions concrètes pour que s’apaisent les douleurs (physiques, psychologiques et émotionnelles) de nombreuses femmes dont la confiance a été meurtrie par des violences obstétricales et gynécologiques de tout ordre.

Du flou médical à l’humiliation

Le sexisme et le patriarcat sont si profondément implantés dans notre système de santé que nous avons appris à vivre avec un grand éventail d’inconforts lorsqu’on se rend en clinique.

Mais malgré notre résignation, elle est bien là, l’infantilisation des patientes. Il n’est pas rare, par exemple, que le personnel soignant se montre dur ou incrédule face au récit des douleurs d’une femme dans une salle de consultation.

Et si la personne en question est aux croisements de plusieurs facteurs d’ostracisation (si elle s’inscrit dans la diversité sexuelle, corporelle ou raciale), en plus d’oser être femme, elle devra souvent travailler encore plus fort pour espérer être prise au sérieux.

Les racines patriarcales et sexistes du système de santé sont fort longues et très bien accrochées.

Et quand bien même le ou la médecin nous écoute, encore faut-il se frotter à l’aberrant manque de recherche et de formation à propos d’enjeux de santé des femmes, comme la ménopause ou l’endométriose, qui demeurent de grands angles morts à ce jour. J’attends toujours qu’on nous justifie un tel désintérêt pour le corps de la moitié de la population humaine.

En fait, le système médical semble mépriser la dignité des femmes au point que les interventions de santé reproductive (des biopsies, par exemple) seraient en moyenne moins rémunérées lorsqu’elles sont pratiquées sur des femmes que sur des hommes, comme le révélait une étude parue l’été dernier. On ne pourrait pas mieux nous signifier que nos corps et nos problèmes sont de second ordre.

Au secours, ça fait mal!

À ce constat global, ajoutons qu’il est déplorable que de nombreuses interventions médicales de routine en lien avec la santé reproductive des femmes se produisent encore sans aucune forme d’anesthésie.

Entre nous, on le sait bien, qu’à la veille d’une intervention de nature gynécologique, lorsque le bureau du médecin nous prévient de prendre un comprimé d’ibuprofène en avance, c’est qu’on risque carrément de se tordre de douleur une fois les pieds dans les étriers.

Et, pliée en deux sur la table d’examen lors de l’insertion laborieuse d’un stérilet ou du retrait d’un polype, à froid comme si on était en 1824, au moment où le médecin avertit que « ça va pincer un petit peu » – voici un euphémisme, s’il en est un! –, on ne peut s’empêcher de se demander si telle souffrance serait infligée sans antidouleur si c’étaient les hommes qui devaient la subir.