Après l’abandon d’une « zone d’innovation » technologique dans le secteur à l’automne dernier, les résident·es de Limoilou et Maizerets se mobilisent pour la réappropriation de l’ancien garage de tramway convoité par le défunt projet. Malgré une vision légèrement différente du côté de la Ville pour la revitalisation du bâtiment, plusieurs groupes citoyens et organisations communautaires ne perdent pas espoir d’y voir naître un projet aux allures de centre social autogéré.
Construit en 1926 par la Quebec Power Co. pour entreposer et entretenir ses tramways, puis ayant longtemps servi de dépôt pour les autobus du Réseau de transport de la Capitale, le garage municipal du chemin de la Canardière, en basse-ville de Québec, est depuis quelques années un élément contesté de l’avenir urbanistique de la ville.
Il a d’abord été convoité par le projet Innovitam qui ambitionnait d’en faire le centre d’une « zone d’innovation » que se seraient partagé plusieurs firmes de haute technologie. Cependant, après une forte mobilisation citoyenne, qui l’accusait notamment de vouloir embourgeoiser les quartiers environnants et même de recueillir des données à propos de ses résident·es, le projet a été abandonné à l’automne dernier.
Se décrivant comme une organisation communautaire « ayant pour but d’améliorer les conditions de vie de citoyen·nes » de Limoilou, Maizerets et Giffard, la Table citoyenne Littoral Est porte maintenant le rêve, avec un éventail d’autres organismes locaux, de faire du garage municipal un espace inspiré des centres sociaux autogérés.
Un Bâtiment 7 à Québec
La tradition des centres sociaux autogérés (CSA) tire ses origines de l’Europe, où depuis les années 1960, plusieurs bâtiments abandonnés des grandes villes françaises, italiennes ou allemandes ont été occupés puis réaffectés pour y accueillir des initiatives communautaires.
Bien que les modèles puissent différer, les CSA sont pour la plupart gérés de manières démocratique et horizontale et revendiquent souvent une autonomie par rapport aux gouvernements municipaux et nationaux.
Le Bâtiment 7, à Montréal, est l’exemple phare d’un CSA au Québec. Résultat d’une lutte de plus de dix ans pour s’approprier un bâtiment du Canadien National (CN) dans Pointe-Saint-Charles, le « B7 » héberge depuis 2017 une épicerie à but non lucratif, un garage queer, un pub autogéré, plusieurs locaux de groupes communautaires, des ateliers collectifs et même un projet de ferme urbaine. Dans le cadre d’une deuxième phase, on a aménagé une « ruelle bleue-verte » et on prévoit de construire des logements sociaux aux abords du bâtiment.
Bien que Marie-Hélène Deshaies, présidente de la Table citoyenne Littoral Est et du conseil de quartier de Maizerets, tienne à mentionner que « ce sera différent du B7 », elle avoue que le projet a beaucoup inspiré celles et ceux qui portent l’espoir d’un centre social autogéré à Québec.

Grâce aux 92 600 pi2 de plancher du garage de la Canardière, on parle d’un « pôle alimentaire solidaire » en collaboration avec des organismes de sécurité alimentaire de la basse-ville, de locaux pour des organismes communautaires du coin, d’une salle polyvalente où organiser des spectacles, de services de proximité comme une buanderie ou une bibliothèque d’outils, mais aussi d’agriculture urbaine, d’un petit musée racontant l’histoire du bâtiment et du quartier, ou encore d’un « tiers-lieu », soit un endroit où on pourrait « exister sans avoir à payer », témoigne Marie-Hélène Deshaies.
On rêve même de verdir le stationnement et de produire sur les lieux l’énergie nécessaire au bâtiment.
La Ville en faveur d’un « centre multifonctionnel à vocation sociale »
Le 17 juin dernier, la Ville de Québec a dévoilé sa « Vision d’aménagement pour les quartiers de la Canardière » dans laquelle elle « réaffirme […] son engagement de convertir le garage Canardière en centre multifonctionnel à vocation sociale ».
Questionnée à ce sujet, Maude Mercier-Larouche, conseillère municipale responsable des grands projets du secteur Est de la Ville, mentionne que la principale différence du garage avec le Bâtiment 7 ou les CSA européens serait la place de la municipalité dans sa gouvernance.
Le projet sera « défini conjointement » par un comité qui sera mis sur pied par la Ville l’automne prochain et qui inclura principalement des membres de la Table citoyenne Littoral Est et du conseil de quartier. « Je crois beaucoup en ce modèle-là », témoigne Maude Mercier-Larouche, qui affirme cependant que l’envergure des travaux nécessaires à la réfection du bâtiment nécessite l’aide de la Ville.
Le mois dernier, la Ville avait déjà affirmé assez catégoriquement à Radio-Canada que « ce ne serait pas un projet autogéré ».
Marie-Hélène Deshaies ne s’est cependant pas dite surprise ou inquiète et réaffirme que la Table citoyenne « se sent écoutée » dans ses négociations avec Maude Mercier-Larouche et la Ville de Québec.