Le rapport est déposé : la filière infrastructure de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ-Infra) donne raison à Régis Labeaume, à Bruno Marchand et à toutes les personnes et partis qui, depuis bientôt dix ans, soutiennent le développement du tramway à Québec.
Cette victoire est toutefois quelque peu assombrie par un constat moins reluisant : nous avons collectivement perdu beaucoup de temps et d’argent en raison de l’entêtement caquiste.
Revenons quelques années en arrière. Dans les mois qui ont suivi le dévoilement du projet par Régis Labeaume en 2018, le tracé de ce nouveau mode de transport avait dû être modifié (moyennant coûts et délais) à la suite de l’élection de la CAQ, car celle-ci jugeait qu’un des terminus n’était pas au bon endroit.
De plus, le volet de service rapide par bus (SRB) envisagé par l’ancien maire avait été mis au rancart, car jugé trop coûteux par François Legault.
Cinq ans plus tard, le même gouvernement retirait le projet des mains de Québec pour des raisons similaires – alors que les demandes de Legault ont été la principale cause des retards et dépassements de coûts.
Et maintenant? Le tracé proposé en 2018 est de retour, de même que le SRB. Tout ça, justifié par un rapport de CDPQ-Infra qui vient répéter ce que toutes les études précédentes affirmaient. Tout ça pour ça.
Sauf que nous sommes maintenant en 2024. Les prix des matériaux et de la main-d’œuvre ont explosé. Ainsi, les interventions caquistes auront fait perdre un minimum de six ans au développement du transport collectif dans la Vieille Capitale. Et, alors que le projet de Régis Labeaume était estimé à 3,5 milliards $, celui de la Caisse s’élève à 7 milliards $. Pour la même chose.
Tout ça pour ça.
On peut donc légitimement poser la question : ce gouvernement qui refuse souvent des projets d’envergure au nom d’une saine gestion des fonds publics est-il bien placé pour faire la leçon? L’entêtement idéologique autour du tramway n’est-il pas plutôt la preuve que les caquistes sont prêts à dilapider des milliards en fonds publics pour des raisons qui n’ont rien de rationnel?
Et sur ce dernier point, l’obstination autour du projet de troisième lien n’a rien pour nous rassurer.
À quoi servent les études, finalement?
Un pont à plusieurs milliards pour faire gagner – temporairement, il faut le souligner – cinq minutes aux gens qui habitent Lévis : voilà, une fois de plus, la « saine gestion » caquiste à l’œuvre.
Car c’est bien ce que dit le rapport de CDPQ-Infra pour justifier le rejet du troisième lien, après avoir étudié six tracés différents : trop cher, non justifié par les prévisions de flux routiers, pour des gains minimes à court terme et de plus graves problèmes de congestion à long terme.
Mais le gouvernement s’entête une fois de plus : il le veut, son jouet de béton.
Bien sûr, la ministre des Transports Geneviève Guilbault a trouvé la ligne du rapport qui souligne que la région de Québec n’a qu’un seul lien pour le transport routier de marchandises. Ce serait une raison suffisante, selon elle, pour construire un nouveau lien autoroutier. Or, dans les versions précédentes du troisième lien présentées par la CAQ, le transport de marchandises n’était pas autorisé en raison de la longueur et de la profondeur du tunnel. Ça ne devait donc pas être si important que cela. Donc, la CAQ utilise un prétexte, tout simplement.
Et rappelons qu’en vertu du principe de trafic induit (démontré par de nombreuses études), l’ajout de cette nouvelle infrastructure autoroutière ne fera qu’empirer, à terme, la congestion automobile. Cela aussi fait partie de l’étude.
Le troisième lien ne repose sur aucune justification valable.
Finalement, ce que nous dit CDPQ-Infra au sujet du troisième lien, c’est qu’il coûterait trop cher et ne servirait pas à grand-chose.
Le portrait d’ensemble est dévastateur : non seulement le rapport de la Caisse montre-t-il que toutes les interventions de la CAQ dans le dossier du tramway depuis 2018 étaient injustifiées, mais il démontre – une fois de plus – que le principal projet du gouvernement dans la région, le troisième lien, ne repose sur aucune justification valable.
Et maintenant, Legault et Guilbault sont obligé·es de se ranger à l’avis de la Caisse sur le tramway (alors que toutes les études précédentes disaient grosso modo la même chose), mais vont une fois de plus à l’encontre d’une étude au sujet du troisième lien. Car il faut bien satisfaire les radios d’opinion, les concessionnaires automobiles et le maire de Lévis.
Alors, à quoi servent les études, si ce n’est que pour en reprendre les morceaux qui font notre affaire?
Collectivement, on peut trouver une valeur au rapport de la Caisse comme aux études qui l’ont précédé : faire la démonstration, avec chiffres et faits à l’appui, que la vision du transport du gouvernement Legault ne correspond pas à ce que sont les besoins réels et les meilleures pratiques.
Mais encore faudrait-il que les caquistes aient l’humilité d’accueillir la critique.



