Élections européennes : recul en vue pour l’environnement?

Après avoir dominé le scrutin en 2019, l’environnement passe au second plan derrière les enjeux économiques et migratoires.

Les élections européennes de 2019 avaient été marquées par une forte préoccupation pour le climat et une percée des partis écologistes. Cinq ans plus tard, l’enjeu environnemental est en perte de vitesse, face notamment à une opposition venant de la droite et de l’extrême droite.

Lors des dernières élections au Parlement de l’Union européenne (UE), en 2019, les partis écologistes avaient causé la surprise générale en remportant 74 des 705 sièges, soit 22 sièges de plus qu’aux élections précédentes.

Cette vague verte a amené son lot d’avancées sur le plan environnemental, souligne Léandre Benoit, candidat à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal. 

Entre 2019 et 2024, la Commission européenne dirigée par Ursula von der Leyen du Parti populaire européen (PPE) a adopté des mesures climatiques ambitieuses, dont la plus importante est sans doute le Pacte vert, qui prévoit d’amener l’Europe à la carboneutralité d’ici 2050.

Cette année, en revanche, les sondages prévoient un recul marqué des partis écologistes lors du scrutin, ne leur donnant qu’une cinquantaine de sièges, tandis que la tendance montre une montée de l’extrême droite un peu partout.

Par ailleurs, l’environnement a chuté parmi les priorités des Européen·nes et se trouve maintenant loin derrière l’inflation et l’immigration, montre un sondage de l’UE paru en décembre 2023.

DOSSIER SUR LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES

Pivot propose un dossier de cinq textes pour présenter quelques grands enjeux des élections européennes : montée de l’extrême droite, guerre en Ukraine, crises environnementales et agricoles, économie et inflation, etc. Et pour comprendre le fonctionnement des élections européennes, lisez notre texte introductif.

La réalisation de ce dossier s’appuie notamment sur des recherches et des informations du Centre Jean Monnet de Montréal à l’UdeM. Le dossier propose des infographies réalisées par des étudiant·es de science politique et revues par des chercheur·euses, exposant les enjeux propres à différents pays.

La question énergétique plus importante que jamais  

Parmi les enjeux environnementaux qui se frayent un chemin dans la campagne, c’est la question de la production énergétique qui domine, souligne Léandre Benoit.

La précédente Commission européenne avait adopté une « direction claire » vers les énergies renouvelables, rappelle-t-il. Or, la guerre en Ukraine a fortement limité l’approvisionnement européen en gaz russe, provoquant une crise qui a remis sur la table la production d’énergie fossile comme manière d’assurer l’autonomie énergétique de l’Europe.

« Ça a amené certains États à réfléchir : peut-être qu’on devrait rouvrir certaines centrales au charbon, peut-être qu’on devrait réfléchir plutôt au nucléaire », explique Léandre Benoit. 

C’est un constat que partage Yaxin Zhou, candidate au doctorat en science politique à l’Université de Montréal.

Elle rappelle que l’Allemagne, dont une grande partie de la consommation énergétique provient du gaz russe, a été particulièrement touchée par la crise. Les prix du gaz y ont atteint des sommets en 2022, ce qui a mené l’État allemand à réactiver plusieurs centrales au charbon, avant de les refermer en mars dernier.

La France, en revanche, s’en sort plutôt bien à l’échelle européenne, souligne la doctorante. C’est dû en grande partie à sa forte dépendance sur l’énergie nucléaire qui, bien que critiquée par les mouvements écologistes, représente 70 % de la production d’énergie française.

Le Pacte vert en péril

Adopté en 2019 par la Commission européenne, c’est pendant la prochaine législature que le Pacte vert devrait être mis en place. Or, souligne Yaxin Zhou, ce dernier pourrait être mis en cause, dépendamment de la constitution de la prochaine commission.

En effet, les groupes d’extrême droite et une partie des groupes de droite, qui sont déjà « très conservateurs et très réticents aux politiques environnementales progressistes », rappelle-t-elle, s’opposent en bloc à cette politique.

En France, le président du parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a décrit le Pacte vert comme « l’une des deux grandes menaces qui pèsent sur l’Europe », avec l’immigration, et a appelé le gouvernement français à « renoncer au Green Deal [Pacte vert] ». 

La montée en puissance des partis de droite radicale pourrait mener à un recul sur plusieurs des dispositions prévues par le Pacte vert.

La montée en puissance des partis de droite radicale pourrait donc mener à un recul sur plusieurs des dispositions prévues par le Pacte.

Parmi les mesures mises en causes, c’est le volet agricole du Pacte qui suscite le plus d’opposition. Ce dernier prévoit notamment une réduction de 50 % des pesticides d’ici 2030, il propose que 25 % de l’agriculture sur le continent soit biologique d’ici 2030, et il rend les aides financières européennes aux agriculteur·trices conditionnelles à l’atteinte de cibles environnementales.

Dès 2023, les agriculteur·trices européen·es ont exprimé leur colère face aux mesures environnementales jugées « trop agressives » prévues par le Pacte vert en organisant des manifestations à travers le continent. Ils et elles dénonçaient la forte pression ajoutée sur le monde agricole par le Pacte dans un contexte où nombre d’agriculteur·trices se trouvent dans une situation de précarité économique exacerbée par la crise de l’inflation.

Une frustration qui a rapidement été récupérée par l’extrême droite, rappelle Léandre Benoit. C’est le cas notamment en Allemagne, où les député·es de l’AfD ont été très bruyant·es dans leur soutien des agriculteur·trices et leur opposition ferme au Pacte vert. 

Mais la volonté de mettre en place une transition écologique qui tienne compte de la réalité des agriculteur·trices ne signifie pas nécessairement la fin du Pacte. « Après les manifestations, l’Union européenne a quand même bien reçu le mécontentement des agriculteurs et a déjà mis en place une sorte d’amortissement sur les mesures politiques environnementales », explique Yaxin Zhou.

Le texte qui prévoyait la diminution importante de l’usage des pesticides, notamment, a été retiré en février dernier, au grand regret de plusieurs associations environnementales et partis écologistes.

Alors que l’Europe est aux prises avec un débat entourant ses ambitions environnementales, l’élection à venir pourrait s’avérer déterminante pour le futur de la transition écologique du continent.

Les enjeux éléctoraux en France. Infographie: Kenza Bouazza, dans le cadre d’un cours de science politique de premier cycle à l’Université de Montréal, sous la supervision de la professeure Laurie Beaudonnet et du candidat à la maîtrise Léandre Benoit.
Les enjeux éléctoraux en Allemagne. Infographie: Jenny Konguende, dans le cadre d’un cours de science politique de premier cycle à l’Université de Montréal, sous la supervision de la professeure Laurie Beaudonnet et du candidat à la maîtrise Léandre Benoit.

Ce site web utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur optimale. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité.

Retour en haut