Le débarquement de La Haye aura-t-il lieu?

Martin Forgues Chroniqueur · Pivot
Partager

Le débarquement de La Haye aura-t-il lieu?

Les États-Unis se donnent légalement le droit d’intervenir militairement contre la Cour pénale internationale.

Quoiqu’il en soit, les nouvelles ne sont pas que mauvaises en ce bas-monde.

Plus tôt cette semaine, le lanceur d’alerte Julian Assange a remporté une nouvelle manche contre l’appareil sécuritaire américain auquel il continue d’échapper. 

Au Québec, un entrepôt d’Amazon s’est syndiqué, presque deux ans jour pour jour après la syndicalisation, historique, de celui de Staten Island, à New York.

Les étudiant·es, un peu partout en Occident, continuent d’incarner la sagesse et la conscience de nos sociétés – ils gardent la tête haute et la voix forte en soutien au peuple palestinien, malgré les matraques et les calomnies que leur assènent les élites politiques et leurs relais médiatiques.

Finalement, l’Irlande, la Norvège et l’Espagne emboîtent le pas politique amorcé par nombre de pays du Sud global en annonçant leur reconnaissance d’un État palestinien.

Cela survient peu après que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) ait demandé des mandats d’arrêt pour crimes de guerre contre le premier ministre israélien qui préside au génocide d’un des peuples les plus damnés de la Terre aux côtés de son ministre de la guerre. Cela fait suite aux démarches sud-africaines devant la Cour internationale de justice (il est important de ne pas confondre les deux).

Mais étant donné qu’un État d’apartheid ne reconnaît pas ses torts du fait qu’il agit dans son bon droit en exterminant ceux et celles qu’il considère comme de la vermine, le gouvernement israélien a répondu de façon fidèle à lui-même : il a rappelé ses ambassadeurs et a dénoncé le « déshonneur » de la Cour pénale internationale basée à La Haye, aux Pays-Bas.

Et pendant ce temps, Tsahal (l’armée israélienne) poursuit ses rafles et ses exactions dans de véritables nids à terroristes… comme cette boulangerie de Ramallah, dans laquelle des soldats sont entrés, fusils en joue, pour tabasser des militants du pain armés de dangereux rouleaux à pâte.

Car ne nous trompons pas, le nettoyage ethnique de Gaza n’est probablement que le prélude à celui de la Cisjordanie.

Invasion, La Haye!

Si l’État hébreu arrive à poursuivre sa mise à sac de la Palestine occupée, c’est qu’il jouit toujours de l’aval des pays occidentaux, États-Unis en tête, suivis évidemment par l’État colonial canadien.

La réaction canadienne fut d’ailleurs assez typique de ce gouvernement d’extrême-centre-donc-à-droite : on « reconnaît l’indépendance » de la CPI, mais on s’objecte à ce que des dirigeants israéliens y comparaissent. Les organisations sionistes B’nai Brith et CIJA remercient une fois de plus le Sacré-Cœur de Justin pour faveur obtenue, comme dans les prières publiées autrefois dans les petites annonces du journal.

Joe Biden, lui, a qualifié de « scandaleuse » la sortir de la Cour pénale internationale en réaffirmant son soutien à l’État israélien.

Mais en voyant la CPI aller de l’avant, je me suis rappelé une autre raison qui permet au régime Netanyahou d’envoyer paître les militant·es et autres redresseur·euses de torts souhaitant que lui et ses semblables soient imputables de leurs crimes ignobles.

Saviez-vous que les États-Unis s’arrogent le droit d’envahir les Pays-Bas si un·e Américain·e ou un allié se voit trainé·e devant la CPI?

Le régime Bush a en effet entériné en 2002 une loi officiellement intitulée l’American Service-Members’ Protection Act mais connue informellement comme la « Loi d’invasion de La Haye ».

Cette loi accorde en effet au président américain le droit d’entreprendre toute action jugée nécessaire, incluant l’intervention militaire, pour libérer et prévenir l’inculpation d’un·e agent·e de l’État ou de tout pays allié… incluant, bien sûr, Israël.

D’ailleurs, de manière fort commode, ni les États-Unis ni Israël ne sont membres de la CPI, ayant retiré leur signature à la même date, soit le 31 décembre 2000. Les autres pays originellement signataires qui se sont rebiffés? La Russie et le Soudan.

Imaginez, maintenant, une telle loi figurant dans l’arsenal juridique d’un président rompu au despotisme qui, dans son rapport délirant  au monde, décide de s’en servir.

J’imagine de mon côté, non sans un rire au jaune immaculé, les futur·es historien·nes parler du Débarquement de La Haye par les forces d’une alliance fasciste menée par les États-Unis de Trump.

Je le dis en boutade, avec les doigts croisés, en touchant du bois.