Montréal a fait l’annonce, ce mardi 9 avril, de sa programmation 2024 de piétonnisation de rues. Outre le retour des axes piétons des dernières années, quelques nouveautés font leur apparition et pointent vers une nouvelle vague en la matière. Tout cela nous invite à constater les progrès des dernières années et à rêver le futur.
En réalité, il n’existe que deux seules artères entièrement piétonnes à Montréal : la rue De La Gauchetière, dans le quartier chinois, et l’avenue Prince-Arthur entre le boulevard Saint-Laurent et le carré Saint-Louis. Et ce, depuis le milieu des années 1980.
Or, depuis le début des années 2000, la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine dans le Village, de mai à octobre, est devenue un symbole incontournable de l’été montréalais. Et le retour des voitures est chaque fois accueilli avec un soupir de découragement.
La deuxième vague
Hormis quelques expériences de piétonnisation pour des événements ponctuels (festivals, ventes-trottoir), les choses sont essentiellement demeurées ainsi pendant plus de quinze ans.
Il a fallu la pandémie de COVID-19 et la mise en place des voies actives sécuritaires (VAS) pour que Montréal connaisse une deuxième vague de piétonnisation. Ainsi, en 2020, différents axes ont été aménagés pour deux raisons principales : permettre aux piétons et cyclistes de mieux pratiquer la distanciation sociale, mais aussi encourager les commerces locaux en y favorisant l’accès par ces mêmes piétons et cyclistes.
Dans certains cas, les VAS prenaient la forme de nouvelles pistes cyclables (comme celle sur l’avenue Christophe-Colomb qui est maintenant en train d’être pérennisée). Dans d’autres, cela signifiait la piétonnisation de certaines artères : ainsi, les rues Wellington (Verdun), Mont-Royal (Plateau), de Castelnau (Villeray) et Ontario (Hochelaga) – pour ne nommer qu’elles – ont connu leurs premières expériences de piétonnisation de longue durée.
Et le succès a été tel – tant du point de vue des personnes qui les ont fréquentées que de celui des commerces – que l’expérience a été répétée chaque été depuis.
D’ailleurs, cette deuxième vague de piétonnisation issue de la pandémie continue de s’étendre, notamment avec l’ajout de la Plaza Saint-Hubert à la liste en 2024.
Mais surtout, le mouvement s’est installé ailleurs au Québec. Ainsi, après un projet pilote couronné de succès à l’été 2023, la zone piétonne du Vieux-Québec verra sa superficie doublée en 2024. À Gatineau, la rue Laval, d’abord piétonnisée de manière estivale, l’est devenue de manière permanente en 2021 (avec quelques allers-retours en raison de travaux, toutefois). Enfin, la ville de Sherbrooke connaîtra en 2024 sa première expérience de piétonnisation complète pour la saison estivale sur la rue Wellington Nord.
Bref, les succès de piétonnisation à Montréal et ailleurs inspirent d’autres villes à faire de même. La leçon à retenir de tout cela n’a rien de proprement original : « build it and they will come » (construisez-le et ils viendront).
Mais on peut faire encore plus.
La vague qui vient
Comme nous le montrent les exemples des rues De La Gauchetière et Prince-Arthur à Montréal ou de la rue Laval à Gatineau, la piétonnisation permanente est une voie tout à fait pertinente pour redéfinir le partage de la voie publique, rendre l’expérience urbaine plus agréable, favoriser les déplacements actifs et stimuler les commerces de proximité.
Ainsi, la prochaine vague consisterait à rendre permanents certains projets actuels de piétonnisation. À Montréal, au moins deux secteurs pourraient initier un tel mouvement ces prochaines années.
D’abord, le Vieux-Montréal. Depuis de nombreuses années, des personnes résidant dans le quartier et dans les environs réclament une zone piétonne permanente, à l’instar de ce qui existe dans de nombreuses villes européennes (comme Madrid, dans le secteur autour de la Puerta del Sol, ou tout simplement dans les quartiers historiques de nombreuses villes de petite, moyenne ou grande taille). La mairesse Valérie Plante devrait faire l’annonce (très bientôt, nous dit-elle) d’un premier secteur pour 2024, qui serait appelé à s’agrandir avec les années.
D’autre part, le Village. L’ouverture estivale de la rue Sainte-Catherine aux piéton·nes a préfiguré les VAS et pourrait une fois de plus indiquer la voie d’avenir. En effet, à partir de 2025, l’artère sera reconstruite entre les rues Berri et De Lorimier. Dans le cadre de ce projet, la population a été sondée sur différents scénarios d’aménagement, dont un incluait la piétonnisation complète et permanente – et c’est celui-là qui s’est avéré le plus populaire. En plus des bénéfices déjà évoqués, un tel projet permettrait de consolider l’identité particulière du Village avec des marques distinctives (à l’instar des anciennes boules arc-en-ciel de l’architecte Claude Cormier) qui ne pourraient être implantées sur une artère pour voitures.
Si les villes québécoises sont en train de faire la démonstration de la pertinence des piétonnisations estivales, on peut encore relever le niveau de nos ambitions collectives. À nous d’alimenter la nouvelle vague.