En 2022, l’Assemblée nationale du Québec avait adopté à l’unanimité une motion transpartisane en faveur de la création d’un comité jeunesse permanent et indépendant sur le climat – une initiative que réclamaient plusieurs groupes de jeunes. Mais depuis, les démarches pour le mettre en place stagnent. Le ministre de l’Environnement prévoirait rejeter une pétition demandant à nouveau la création du comité.
Le gouvernement de la CAQ ne voudrait pas d’un comité jeunesse permanent sur le climat à l’Assemblée nationale. C’est ce qu’affirme Désirée McGraw, députée libérale ayant déposé en février dernier une pétition ayant accumulé plus de 300 signatures et réitérant l’importance d’une telle initiative.
Demandé depuis 2021, un tel comité jeunesse sur le climat vise à pallier le manque de représentation des jeunes à l’Assemblée nationale et à faire entendre leurs voix de manière permanente et indépendante sur un enjeu qui les affectera disproportionnellement.

Une motion transpartisane demandant aux élu·es d’explorer l’idée avait été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en 2022.
« Tout le monde s’était levé pour nous applaudir, on nous a dit : « Allez les jeunes! Le changement est possible! C’est transpartisan, ce n’est pas politique, on a réussi! » », raconte Claire Warmels, membre de Génération climat Montréal, qui demande un comité jeunesse sur le climat depuis 2021. « Ça c’était vraiment bien passé, on avait plein d’espoir. »
Mais presque deux ans plus tard, le dossier stagne.
Selon Désirée McGraw, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette, prévoit rejeter la pétition demandant qu’il aille de l’avant avec le dossier. Selon elle, il aurait affirmé vouloir la création d’un comité jeunesse d’envergure générale, dont la composition et le fonctionnement demeurent flous.
Dans un courriel, Amélie Moffet, l’attachée de presse du ministre, ne rapporte « aucun développement pour le moment », mais assure « que des discussions ont toutefois toujours lieu ».
Le bureau du ministre n’a pas fait suite aux questions de Pivot concernant le possible rejet de la pétition ni un comité alternatif.
Rendez-vous manqués
Si des discussions sont en cours, elles n’incluent pas les groupes jeunesse à l’origine de la proposition de comité, prévient Claire Warmels.
En automne dernier, Génération climat Montréal avait tenté de planifier une rencontre avec le ministre, sans succès. Dans un courriel qu’a pu consulter Pivot, on avait alors expliqué aux jeunes que l’agenda de M. Charette était « trop chargé », sans proposer de date ultérieure.
« On ne se sent pas pris au sérieux », explique Claire Warmels. « Quand on te promet quelque chose, mais qu’on te dit qu’on a pas de temps pour toi, et qu’on se fait ignorer, il y a un sentiment qui vient avec ça, et ce n’est pas de la confiance. »
« Qu’est-ce que ça prend pour mobiliser le gouvernement pour qu’il nous écoute? Je me demande pourquoi il aurait fait des promesses à plusieurs reprises, alors qu’il n’a pas l’intention en ce moment de livrer la marchandise. »
Claire Warmels
Il aura fallu que, par chance, une déléguée jeunesse de Génération climat Montréal soit sur place à la Conférence de l’ONU sur le climat (COP28), à Dubaï, en novembre dernier, pour s’y entretenir avec le ministre, également présent.
« Ça prend un voyage à l’autre bout du monde, à Dubaï, pour pouvoir avoir accès, en tant que jeune, à notre ministre de l’Environnement », dénonce Claire Warmels.
Mais encore une fois, les résultats se font attendre.
« Qu’est-ce que ça prend pour mobiliser le gouvernement pour qu’il nous écoute? », s’indigne-t-elle. « Je me demande pourquoi il aurait fait des promesses à plusieurs reprises, alors qu’il n’a pas l’intention en ce moment de livrer la marchandise. »
« La conclusion à laquelle je ne peux pas m’empêcher d’arriver, c’est que la jeunesse québécoise ce n’est pas une priorité pour [le gouvernement] en ce moment, ce n’est pas un groupe envers lequel il sent une obligation. »
Pourquoi un comité climat?
« C’était une idée que nous avons eu à la COP26 à Glasgow », en 2021, raconte Claire Warmels qui faisait partie de la délégation jeunesse à la conférence de l’ONU. « On préparait un discours qu’on allait rendre à monsieur Legault. »
Le message des jeunes était limpide : « non seulement nous devons respecter la science et contribuer à la réduction des gaz à effet de serre, mais il faudrait aussi que les jeunes soient consultés sur des décisions qui vont affecter notre futur de manière disproportionnée », explique Claire.
L’initiative qui avait été alors proposée au premier ministre était celle d’un comité permanent et indépendant, représentatif de la diversité et dont la structure pourrait favoriser un dialogue intergénérationnel sur le climat. « Parce que c’est ça qui nous manque présentement », explique Claire Warmels.
« C’est important pour les élus et ma génération de travailler en partenariat avec les jeunes », pense la députée Désirée McGraw. « Pas pour leur passer le bâton, ce n’est pas aux jeunes de résoudre ces enjeux-là [seuls], c’est à nous de travailler ensemble. »
« Je pense que c’est important pour les jeunes, parce qu’on comprend très bien qu’il y a beaucoup d’éco-anxiété, et l’antidote pour ça, c’est l’action », sans quoi l’anxiété pourrait se transformer en apathie, pense Désirée McGraw.
Pour ce faire, l’instauration d’un comité jeunesse spécialisé sur le climat et qui relève d’une institution transpartisane comme l’Assemblée nationale, où les jeunes sont sous-représenté·es, est essentielle, selon elle. « C’est la moindre des choses », pense-t-elle.
Incohérence caquiste
Désirée McGraw affirme qu’un comité jeunesse non spécialisé comme celui que proposerait le gouvernement ne fait pas le poids. « Est-ce que ça va être une initiative partisane? Est-ce que ça va être une initiative de la CAQ? Ou est-ce que c’est vraiment quelque chose de gouvernement? », questionne-t-elle.
« Lorsqu’on parle de changements climatiques, le gouvernement, comme on sait, ses cibles ne sont pas alignées avec la science, on sait que ses cibles ne nous permettent pas d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »
« Je veux bien qu’il y ait des comités permanents de jeunes sur beaucoup sujet. Pour moi, plus d’impact, d’influence et d’implication des jeunes, c’est hyper important, c’est une bonne chose – mais ça n’empêche pas qu’il devrait y avoir un comité spécifiquement sur les changements climatiques », précise-t-elle. « Une initiative n’empêche pas l’autre. »
« C’est important pour les élus et ma génération de travailler en partenariat avec les jeunes. Pas pour leur passer le bâton, ce n’est pas aux jeunes de résoudre ces enjeux-là [seuls], c’est à nous de travailler ensemble. »
Désirée McGraw
« Ce n’est pas ce qu’on a demandé et ce n’est pas ce que le gouvernement a promis », renchérit Claire Warmels.
« Ce n’est même pas radical, notre proposition », avance-t-elle. Elle souligne qu’au niveau fédéral, le Canada est déjà doté d’un Conseil des jeunes sur l’environnement et les changements climatiques.
« On est en train de se fatiguer, combien de fois va-t-on se faire dire non? », signale Claire Warmels. « L’objectif d’un comité jeunesse est de combattre le cynisme et d’encourager la participation politique. »
Jusqu’à présent, la réponse du gouvernement « va dans le sens inverse », conclut-elle.
Malgré ses engagements, le gouvernement Legault tarde à instaurer un comité jeunesse sur le climat et s’apprêterait à abandonner le projet.