La hausse de la popularité des véhicules utilitaires sport (VUS) et leur nombre grandissant sur nos routes causent-ils des enjeux de sécurité? C’est la question que se posait l’une de nos lectrices à travers notre Salle de nouvelles participative. Vérification faite, nos routes n’ont jamais été aussi sécuritaires, malgré l’effet des VUS… sur ceux qui n’en conduisent pas.

En effet, selon les statistiques compilées par le ministère des Transports fédéral, tous les indicateurs pointent vers une amélioration constante de la sécurité sur les routes canadiennes, et ce même si nous sommes de plus en plus nombreux à y circuler dans des véhicules toujours plus lourds.
Entre 1999 et 2021, dernière année pour laquelle les données sont disponibles, le nombre de personnes blessées dans des accidents de la route a diminué environ de moitié, passant de 218 457 à 108 546 alors que le nombre de décès baissait de 41 %, passant de 2980 à 1767.
Les données du ministère ne permettent toutefois pas de vérifier quelle proportion de ces accidents impliquait des VUS, mais nous savons que la place occupée par ce type de véhicule au sein du parc automobile canadien n’a cessé d’augmenter tout au long de la période.
En effet, chaque année il se vend un peu plus de camions légers, soit la catégorie qui comprend les VUS, mais aussi les camionnettes (pickups) et les minifourgonnettes, alors que les Canadien·nes achètent de moins en moins de voitures.
Par effet d’attrition, nous allons donc progressivement vers un remplacement du parc automobile par ces véhicules plus lourds. Même que si la tendance se maintient, les VUS et autres camions pourraient constituer la quasi-totalité des ventes de véhicules neufs au pays dès 2028, selon la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, qui s’inquiète des effets environnementaux de ce changement.
Une question de taille
Des chercheurs américains associés à l’organisme de recherche indépendant Insurance Institute for Highway Safety (IIHS) ont toutefois constaté que plus un véhicule est lourd, plus le risque de mort ou de blessure grave est grand pour les personnes qui ne sont pas elles-mêmes dans un véhicule lourd.
Les occupant·es d’un VUS impliqué·es dans un accident avec une petite voiture, un·e cycliste ou un·e piéton·ne ne seront donc pas plus en danger à cause de leur choix de véhicule, mais les personnes qui entrent en contact avec ces VUS sont quant à elles plus à risque.
C’est le cas pour les VUS, mais aussi pour les véhicules électriques, qui peuvent être jusqu’à deux fois plus lourds que leur équivalent à essence. Sans oublier que les ventes de VUS électriques dépassent désormais les ventes de voitures électriques, selon la Chaire de gestion du secteur de l’énergie.
Une forme plus dangereuse pour les piéton·nes
Au-delà de leur poids, les VUS et autres camions légers seraient aussi plus dangereux pour les piéton·nes que les plus petits véhicules en raison de leur forme, selon une analyse de l’IIHS.
En effet, lorsqu’un·e piéton·ne se fait frapper par un VUS, l’impact du pare-chocs survient plus haut sur le corps de la personne. Elle a donc tendance à rebondir vers l’avant du véhicule, alors qu’une personne frappée par une berline a plutôt tendance à rouler sur le pare-brise et le toit de la voiture, ce qui lui évite une bonne partie de la force de l’impact en plus d’assurer qu’elle ne se retrouve sous les roues du véhicule.
Les VUS auraient aussi un design qui comporte de plus grands angles morts que ceux des autres types de véhicules, ce qui augmente le risque que leur conducteur·trice n’arrive pas à voir une personne circulant à pied avant qu’il ne soit trop tard pour l’éviter, selon l’IIHS.
D’ailleurs, aux États-Unis, le nombre de piéton·nes impliqué·es dans des accidents de la route a augmenté de 80 % depuis 2009, après avoir diminué de façon constante depuis les années 1980, une situation que plusieurs études attribuent aux VUS.
Cette tendance n’est toutefois pas observable au Canada, où le nombre de piéton·nes blessé·es et tué·es a diminué respectivement de 26 % et de 20 % entre 2009 et 2021.
Un environnement routier changeant
Plusieurs facteurs pourraient expliquer l’amélioration du bilan de sécurité des routes canadiennes, malgré l’augmentation du nombre et de la taille des véhicules qui y circulent. Par exemple, la conduite en état d’ébriété tend à reculer partout au pays, selon un rapport de la Sécurité publique.
Aussi, de nouvelles technologies d’aide à la conduite sont maintenant incorporées à la quasi-totalité des véhicules neufs, ce qui permet d’éviter de nombreux accidents chaque année, selon l’IIHS.
L’aménagement du territoire pourrait aussi avoir joué un rôle, alors que des centaines de millions $ ont été investis un peu partout au pays pour la construction de passages piétonniers et de pistes cyclables plus sécuritaires.
Des routes plus sûres pour vos enfants… surtout en VUS
Notre lectrice concluait son questionnement par cette interrogation : « Nos enfants sont-ils en sécurité dans les sièges arrière de nos véhicules? »
En 2021, 54 enfants de quatorze ans et moins ont perdu la vie et 5429 ont été blessés lors d’un accident impliquant un véhicule routier. Dans chacun des cas, cela représente environ trois fois moins qu’en 1999. Une importante diminution, surtout si on considère que le nombre de véhicules circulant sur les routes canadiennes à augmenté d’environ 10 % durant la même période.
Donc même si votre souci environnemental vous a fait opter pour une petite voiture, vos enfants y seront beaucoup plus en sécurité que vous l’étiez vous-mêmes durant votre enfance, et ce même si la présence de VUS sur les routes vient augmenter le risque qu’ils courent.
Un risque qui n’est toutefois pas plus élevé si vous conduisez vous-même un VUS. Mais en contrepartie, notons que les chances que vous soyez la personne qui blesse ou tue un enfant en cas d’accident augmentent considérablement avec ce type de véhicule lourd.