Une taxe sur les pièces vides?

Julien Simard Chroniqueur · Pivot
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Une taxe sur les pièces vides?

Comment viser la sobriété énergétique sans pénaliser les plus pauvres?

Un récent rapport du HEC intitulé L’État de l’énergie au Québec a créé une petite onde de choc dans les médias récemment. Les chiffres présentés dans ce document ont notamment mis en lumière le fait que le Québec serait au cœur d’une « crise des pièces vides », comme l’affirme Pierre-Olivier Pineau, chercheur au HEC et co-auteur du rapport.

En effet, on apprend que la superficie moyenne des logements aurait augmenté de 23 % entre 1990 et 2021. Évidemment, la question de l’efficacité énergétique se pose d’emblée devant ces chiffres.

Pour obtenir un portrait plus juste, il faut également considérer la question des inégalités économiques, ce que fait très justement le rapport : sans surprise, la consommation moyenne d’énergie par ménage est parfaitement corrélée avec le revenu.

Les ménages gagnant moins de 20 000 $ par année consomment autour de 48 gigajoules (GJ) par année, alors que ceux qui font 150 000 $ et plus atteignent 93 GJ, soit pas loin du double. C’est une différence majeure, expliquée en partie par la possession de résidences secondaires pour les plus aisé·es. Selon le rapport, les maisons unifamiliales consomment en moyenne 112 GJ par année, contre seulement 63 GJ par année pour les appartements.

Le problème des pièces vides est donc, décidément, un problème de riches.

Taxer les monster houses et les tours de bureaux

Si le but de la société québécoise est d’optimiser l’offre de logement en fonction des besoins des ménages, dans un but de plus grande sobriété énergétique, ce sont définitivement les ménages gagnant plus de 100 000 $ par année et ceux habitant dans des résidences trop grandes qu’il faut cibler.

Le quintile supérieur, surtout s’il occupe une monster house de 17 pièces avec cinéma maison à Blainville, devrait payer davantage pour ainsi réduire la facture d’électricité du quintile inférieur, qui souffre de plus en plus de précarité énergétique.

Le problème des pièces vides est un problème de riches.

Par contre, si on voulait adresser l’enjeu du gaspillage d’énergie pour de bon, ce sont les secteurs industriels et commerciaux qu’il faudrait cibler en priorité, comme cet article le mentionnait récemment dans nos pages.

Pensez à tous ces centres commerciaux et ces tours à bureaux, vidés de leurs occupant·es temporaires la nuit, mais qu’il faut tout de même chauffer et nettoyer. En effet, le rapport indique que ce sont les bureaux qui remportent la palme de la consommation d’énergie dans le sous-secteur commercial et institutionnel, représentant 32 % du total, loin devant le secteur de la santé et des services sociaux, à 21 %.

Ce sont définitivement les ménages habitant dans des résidences trop grandes qu’il faut cibler.

Pour compenser le problème des pièces vides, une mesure uniforme, qui affecterait tous les ménages avec les mêmes taux de taxation ou d’imposition, serait donc décidément à proscrire. On voit bien que les hausses de tarifs d’Hydro-Québec, qui ne sont pas indexées aux revenus des ménages, sont beaucoup plus difficiles à supporter pour des personnes moins aisées, mais n’empêchent pas les plus riches de consommer de l’énergie comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Le problème des coûts du chauffage est encore plus criant au Royaume-Uni, où il fait ironiquement moins froid qu’ici. On estime que 9000 personnes âgées meurent de froid dans leur logement chaque année dans l’archipel.

Pourquoi ne pas moduler les tarifs d’électricité en fonction du revenu des ménages et de leur surface de plancher disponible? Ou, tout simplement, pourquoi ne pas augmenter les impôts sur le revenu?

Plus d’électricité, vraiment?

Plus encore, il est complètement absurde qu’Hydro-Québec envisage de construire de nouvelles centrales ou d’augmenter sa production brute d’hydro-électricité, alors qu’on devrait rapidement s’engager collectivement dans la voie de la décroissance.

La monster house doit devenir une figure-repoussoir, une forme bâtie qui ne vaudrait plus la peine d’être construite en raison des coûts prohibitifs de l’électricité.

Malheureusement, se fier sur la bonne volonté des ménages les plus aisés pour réduire leur consommation d’énergie ne servira à rien. Il faut des mesures contraignantes.