Les hausses de taux d’intérêt de la Banque du Canada contribuent aux écarts de revenus et de richesses au pays, selon une récente analyse de Statistique Canada.
Le fossé séparant les Canadien·nes les plus riches des plus pauvres s’est accentué au troisième trimestre de 2023, selon les dernières données de Statistiques Canada. En effet, le cinquième de la population ayant les plus petits revenus nets a vu ceux-ci diminuer de 1,2 % par rapport à l’année précédente, alors que ceux du cinquième le plus riche ont augmenté de 3,2 %.
En étendant l’analyse aux deux cinquièmes de la population canadienne avec le revenu le plus élevé, Statistique Canada constate que ce groupe gagne maintenant 44,9 % de plus que le deux cinquième le moins bien rémunéré : l’écart a donc augmenté de 0,5 % par rapport à l’année précédente.
Une situation que Statistique Canada attribue principalement aux effets des hausses de taux d’intérêt, alors que le taux directeur de la Banque du Canada est passé de 2,5 % à 5 % entre juillet 2022 et 2023. Ce seuil a été maintenu depuis ce temps et il demeurera inchangé au moins jusqu’en mars, selon la mise à jour de la politique monétaire dévoilée mercredi.
« Pendant que les plus riches profitent de leurs économies qui rapportent plus d’intérêts à cause de la hausse des taux, les plus pauvres doivent mettre tout leur argent pour payer le loyer, l’épicerie et leurs dettes », explique David Macdonald, économiste au Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). Les mieux nanti·es ont donc accès à toute une catégorie de revenus liés à l’investissement, qui est à peu près inaccessible aux personnes moins favorisées.
En effet, les revenus de placement du cinquième de la population avec les plus grands revenus ont augmenté de 9,9 % entre les troisièmes trimestres de 2022 et 2023, tandis que ceux du cinquième le moins nanti ont baissé de 43,4 %. Cette baisse marquée suggère que plusieurs personnes moins riches ont dû puiser dans leurs comptes d’épargne pour boucler leurs fins de mois, remarque l’économiste.
Un écart de richesse grandissant
Les écarts de richesse, calculés à partir du patrimoine accumulé (biens immobiliers, soldes des comptes de banque, valeurs boursières, etc.) auquel on soustrait les dettes, ont suivi une évolution parallèle à celle des revenus.
Le 20 % des Canadien·nes les plus riches détenait 67,4 % de la valeur accumulée au pays au troisième trimestre de 2023. Les personnes de ce groupe possédaient chacune en moyenne 3,8 millions $ en actif, soit 2 % de plus que l’an dernier, selon Statistique Canada.
« Pendant que les plus riches profitent de leurs économies qui rapportent plus d’intérêts à cause de la hausse des taux, les plus pauvres doivent mettre tout leur argent pour payer le loyer, l’épicerie et leurs dettes. »
David Macdonald
En contrepartie, les 40 % les plus pauvres possédaient uniquement 2,8 % de la richesse du pays, soit une moyenne de 67 738 $ par personne, correspondant à une augmentation de seulement 0,9 % par rapport à l’an dernier.
La valeur des actifs des plus riches augmente donc deux fois plus vite que celle des plus pauvres, remarque l’agence.
Un marché de l’emploi fort… pour l’instant
Les travailleur·euses canadien·nes peuvent toutefois se réjouir de l’état du marché de l’emploi, qui est demeuré en leur faveur en 2023 malgré les efforts de la Banque du Canada pour le ralentir, remarque David Macdonald.
En effet, lorsque la Banque du Canada agit sur les taux d’intérêt, elle cherche entre autres à faire ralentir l’économie canadienne en réduisant la capacité des personnes et des entreprises à emprunter pour consommer ou investir. Ce ralentissement affecte en retour le marché de l’emploi, pouvant augmenter les mises à pied et le taux de chômage, et ainsi diminuer la capacité des salarié·es à demander des augmentations de salaire.
« Ce n’est pas ce qu’on a vu en 2023, même que les revenus d’emploi ont été légèrement supérieurs à l’inflation. Mais c’est possible qu’on se retrouve dans cette situation pour 2024 même si ça reste à voir », conclut David Macdonald.