Malgré ses nombreux efforts, le nouveau président argentin de droite, Javier Milei, n’a pas réussi à éviter la tenue d’une première journée de grève générale doublée d’une manifestation nationale et, devant le nombre de participant·es, a finalement choisi de ne pas la réprimer.
Seulement 45 jours après son arrivée au pouvoir, le président libertarien Javier Milei a été confronté à la première grève générale organisée contre les mesures de libéralisation que souhaite mettre en place son gouvernement. De midi à minuit le 24 janvier, plusieurs services publics et entreprises privées sont entrés en grève et plusieurs manifestations ont eu lieu partout au pays, dont une, massive, à Buenos Aires, la capitale.
L’exécutif a multiplié les tactiques pour éviter que cette grève ne se tienne et surtout qu’elle soit un succès. Il a brandi des menaces de répression, s’est lancé dans des jeux de couloirs dans le but de prendre de court les grévistes : rien n’y a fait.
Mercredi, 80 000 personnes manifestaient à Buenos Aires et en milieu d’après-midi sur la place du Congrès, point d’orgue de la manifestation, on ne voyait aucune présence policière.
Cette avancée momentanée de la gauche argentine n’est pas garante d’une victoire à long terme. En effet, si le gouvernement a dû faire des concessions et amender certains de ses ambitions les plus radicales, le processus législatif de la réforme se poursuit en mode accéléré au Congrès et au Sénat et le président vise une adoption dans les prochaines semaines.
Pourquoi une grève?
À son arrivée au pouvoir en décembre dernier, Javier Milei a rapidement présenté ses deux priorités pour les prochains mois : un décret d’urgence national pour « remettre l’économie sur les rails » et une loi omnibus qui vise d’importantes libéralisations. Ces deux documents imposants ont pour objectif central de mettre en place le programme de libéralisation tous azimuts du président qui se dit lui-même « anarcho-capitaliste ».
Le décret d’urgence compte 366 articles et élimine, entre autres : le contrôle des loyers et des prix des biens de consommation, le contrôle de certains prix dans le milieu de la santé et les limites aux frais que les cartes de crédit peuvent imposer aux commerçants, ou aux consommateurs lorsque leurs paiements sont en retard. Côté condition de travail, le décret augmente la durée de la période de probation après l’embauche, limite considérablement le droit de grève et diminue les prestations versées après une mise à pied.
La loi omnibus, qui compte 664 articles, propose, entre autres : de privatiser l’ensemble des entreprises publiques, de réduire les normes environnementales, de diminuer les prestations de retraites, de rendre le système électoral moins proportionnel et d’encadrer plus sévèrement le droit de manifester.
Ces deux documents visent à mettre en place le programme de libéralisation économique tous azimuts du président « anarcho-capitaliste ».
Dans une Argentine en pleine crise inflationniste, les réactions ne se sont pas fait attendre. L’application du décret d’urgence a été contestée en cour par des syndicats et d’autres mouvements sociaux. Certaines parties ont déjà été suspendues par les tribunaux en attente du jugement.
Tous les mercredis soirs, des manifestations spontanées où les participant·es arpentent les rues en frappant sur des casseroles, suivies d’assemblées publiques de quartier, ont lieu un peu partout au pays.
Néanmoins, le moment de vérité se jouait ce mercredi 24 janvier, à la suite de l’appel à une grève nationale de douze heures lancé par les grandes centrales syndicales du pays pour demander au Congrès et au Sénat de défaire la loi omnibus et le décret d’urgence nationale.
Signes de nervosité
Le nouveau gouvernement argentin a démontré une certaine nervosité face à cette manifestation et a tenté d’éviter sa tenue de diverses manières. D’abord, par l’instauration d’un « code anti-piquetage » qui permet une sévère répression des manifestant·es, notamment lors de blocage de la circulation automobile.
Présenté par Patricia Bullrich, ministre de la Sécurité, ce code a fait beaucoup réagir, d’aucuns l’accusant de mettre à mal des droits constitutionnels. C’est notamment pour s’opposer à son adoption que la manifestation de mercredi avait lieu.
Durant les deux semaines précédentes, le gouvernement a multiplié les sorties publiques annonçant qu’il allait faire usage de tous les outils à sa disposition si la grève se tenait. Finalement, la manifestation de mercredi a eu lieu sans encombre et l’atmosphère était plutôt festive à la place du Congrès.

De façon plus discrète, le gouvernement de Javier Milei a aussi essayé d’arriver à un accord avec certains partis d’opposition pour faire adopter la loi par le Congrès avant la grève. Ces négociations politiques sont un passage obligé pour le président libertarien qui a emporté les présidentielles par une bonne majorité, mais qui est néanmoins largement minoritaire au Congrès comme au Sénat.
Après avoir fait une centaine d’amendements à son projet de loi omnibus, il a réussi, mercredi matin, à rassembler suffisamment d’appui pour que son projet de loi soit débattu, mais pas encore pour qu’il soit adopté.
Le porte-parole du gouvernement, Manuel Adorni, a évoqué mercredi une possible adoption du projet de loi d’ici vendredi. Si cet objectif peut paraître optimiste, les appuis obtenus grâce aux négociations et amendements concédés par le gouvernement ouvrent la porte à une adoption dans les prochaines semaines.