Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Dimanche après-midi, 200 personnes se sont donné rendez-vous au centre-ville de Montréal en soutien à la Palestine, malgré le froid glacial. Les manifestant·es dénoncent la complicité du Canada dans les violences à Gaza, notamment à travers son soutien financier et son exportation d’armes vers Israël.

« Gaza vivra! » s’exclame Laura, une jeune membre du Mouvement de la jeunesse palestinienne (MJP) devant une foule grelottante rassemblée sous l’Anneau, dans le centre-ville de Montréal, dimanche.  

« Gaza vivra, et ce ne sera pas grâce aux politiciens, aux fonctionnaires et aux entreprises qui détournent leurs regards d’un génocide télévisé devant nos yeux. »

Cela fait plus de trois mois que les manifestant·es se donnent rendez-vous presque toutes les fins de semaine, beau temps, mauvais temps, pour dénoncer les violences de l’armée israélienne à Gaza et exhorter le gouvernement canadien à en faire davantage pour y mettre fin.

Le fait que près de 200 personnes se soient mobilisées dimanche, malgré les quelques -20 oC ressentis, « montre que les gens sont déterminés à se battre pour une Palestine libre, pour mettre fin à ce génocide », pense Sarah, porte-parole du Mouvement de la jeunesse palestinienne. 

En décembre dernier, après plusieurs semaines de mobilisation pro-Palestine, le gouvernement de Justin Trudeau avait finalement appelé à un cessez-le-feu durable pour la première fois depuis le 7 octobre.

Mais aux yeux des manifestant·es rassemblés dimanche, cela n’est pas suffisant pour exonérer la complicité du Canada dans ce qu’ils et elles qualifient du génocide perpétré contre le peuple palestinien par l’État israélien.

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« Nous ne perdrons pas le momentum » : les mobilisations pro-palestiniennes se poursuivent malgré le froid Pour en savoir plus, lire l’article sur pivot.quebec ou en bio! @palestinianyouthmovement #propalestine #propalestineprotest #israelpalestine #montreal #canada

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Canada complice

« Chaque année, le gouvernement canadien continue d’acheminer des milliards de dollars en aide financière et en vente d’arme à l’entité sioniste », déclare Laura. « Ce sont des armes qui sont fabriquées dans notre cour arrière, par des compagnies comme Boeing, Elbit systems, et Lockheed Martin qui profitent directement des vies des martyrs palestiniens. »

« Nous savons qu’il y a une complicité matérielle, et tant que cette complicité matérielle ne prendra pas fin, notre mobilisation continuera », indique Sarah. « Nous ne nous fatiguerons pas, nous ne perdrons pas le momentum. »

Depuis le début des bombardements par l’armée israélienne dans l’enclave palestinienne, plus de 25 000 personnes y ont été tuées, dont plus de 10 000 enfants. Selon les Nations unies, 1,7 million de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit et 62 000 personnes ont été blessées.

L’armée israélienne a également attaqué plusieurs lieux censés être protégés en temps de guerre, conformément au droit humanitaire international, comme les écoles, les hôpitaux, les camps de réfugiés. 

UNICEF rapporte également une forte augmentation des maladies infectieuses, et des cas de malnutrition, particulièrement chez les enfants.

Génocide présumé

La détérioration de la situation humanitaire en raison du blocus imposé par Israël et la surreprésentation de civil·es parmi les morts – notamment le taux sans précédent de journalistes – ont fait bondir les accusations de crimes de guerre au cours des derniers mois. 

Plusieurs États ainsi que des organisations internationales ont demandé à ce que la Cour pénale internationale enquête sur les potentiels crimes de guerre commis par Israël. Plusieurs ont aussi appuyé les accusations de génocide déposées par l’Afrique du Sud à la Cour de justice internationale (CJI).

Justin Trudeau a pour sa part refusé de soutenir la plainte déposée par l’Afrique du Sud à la CJI. Il n’a pas non plus voulu indiquer quelle sera la position du Canada si la plus haute instance de l’ONU trouve un risque qu’un génocide soit bel et bien en cours à Gaza.

« Notre soutien à la CJI et ses procédures ne signifie pas que nous acceptons la prémisse de la requête amenée par l’Afrique du Sud », avait-il dit en conférence de presse la semaine dernière.

Interrogé à savoir si le Canada respecterait la décision de la Cour, le premier ministre a indiqué qu’il ne compte pas « commenter ce qui pourrait être une conclusion éventuelle d’un processus que nous soutenons au fur et à mesure qu’il se déroule. »

Si les premières étapes du processus judiciaire permettent de conclure qu’il y a potentiellement un génocide en cours, la CJI pourrait appeler Israël à suspendre ses opérations militaires à Gaza pendant qu’elle complète son enquête.

Si le Mouvement de la jeunesse palestinienne salue les efforts de l’Afrique du Sud, il demeure peu optimiste qu’un jugement favorable puisse changer les choses.

« C’est une formidable démonstration symbolique de la solidarité internationale », reconnaît Sarah. « J’espère que ça mènera à des changements. »

En même temps, « ça fait plusieurs années que les Nations unies dénoncent les violations du droit international et des droits humains commises par Israël, et cela n’a pas empêché Israël de commettre plus de violations. »

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