Une cinquantaine de personnes se sont réunies lundi devant le palais de justice de Montréal pour réclamer la destitution des membres du comité des sages mandaté par Québec pour réfléchir aux enjeux des personnes trans et non binaires.
« Ce comité est composé de trois personnes et aucune d’entre elles n’est trans ni n’a d’expérience en matière de défense des droits queers », dénonce l’étudiante et militante trans Ki’ra.
Elle demande ainsi le remplacement des membres du comité par des personnes trans, non binaires ou encore par des expert·es reconnus par ces communautés.
Elle déplore aussi la décision du gouvernement caquiste de repousser à 2025 l’apposition du marqueur de genre X sur les pièces d’identité, afin d’attendre le rapport du comité des sages. Ce droit est pourtant garanti par la loi depuis 2022 et on apprenait cette semaine que la SAAQ était déjà prête à délivrer des permis de conduire avec la mention de genre X.
Les manifestant·es réclament ainsi l’apposition immédiate du marqueur de genre X sur les pièces d’identité officielles, et ce, indépendamment des décisions du comité des sages.
« En ajoutant des années à nos luttes pour avoir des marqueurs de genre précis sur nos pièces d’identité, [le gouvernement fait que] la transidentité devient un sujet de débat », ajoute Ki’ra. Pour elle, la décision du gouvernement Legault d’aller de l’avant avec ce comité envoie le mauvais signal face à la montée de haine transphobe en confortant l’idée que la diversité de genre représente un problème social.
Elle rappelle d’ailleurs que des manifestations ciblant les personnes trans et non binaires ont eu lieu en septembre dernier dans les rues de Montréal et ailleurs au Canada. « Ce comité est la réponse de François Legault [aux manifestations du] 20 septembre. C’est une réponse qui refuse d’admettre l’extrémisme des manifestants [anti-trans] », dit-elle.
« Si le comité continue, 2024 sera une année de stagnation ou de recul pour les droits des trans. »
« Je ne suis pas tout seul à me sentir seul »
En plus de faire entendre leurs revendications, plusieurs manifestant·es étaient aussi venu·es trouver du réconfort auprès de personnes vivant les mêmes enjeux. C’est le cas d’Alexe Frédéric Migneault et de son partenaire Luka, qui déplorent de ne pas se sentir entendus par le gouvernement.
« C’est aussi pour voir les visages des autres gens comme moi, qui sont aussi sidérés de voir la décision clairement transphobe et haineuse du gouvernement », explique Alexe Frédéric. « Cela me permet de voir que je ne suis pas tout seul à me sentir seul. »
Selon lui, le comité des sages est une tactique pour retarder l’avancée des droits LGBTQ+. « Ça leur donne une excuse pour ne pas mettre nos droits en action avant les prochaines élections. »
En novembre dernier, iel avait d’ailleurs effectué une grève de la faim pendant douze jours pour faire avancer la mise en place du marqueur de genre X sur les cartes d’identité, en vain. Face à l’inaction du gouvernement, iel compte enclencher de nouveau une grève de la faim le 30 janvier prochain.
« Qu’il faille aller jusqu’à la grève de la faim pour avoir un retour de courriel, ça en dit long », dit Alexe Frédéric.
Les manifestant·es ont par ailleurs profité de l’occasion pour affirmer leur soutien au peuple palestinien. « On demande la libération, pas seulement pour les trans et queers palestiniens, mais pour tous les Palestiniens qui méritent les mêmes droits qu’on demande pour nous-mêmes [ici] », lance Ki’ra à la foule.