La fortune des cinq hommes les plus riches du monde a plus que doublé depuis 2020, tandis que cinq milliards de personnes se sont appauvries. Ces inégalités sont renforcées et maintenues par le pouvoir des grandes entreprises et des monopoles privés, analyse Oxfam dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales.

Sept des dix plus grandes entreprises mondiales ont un PDG milliardaire ou un milliardaire comme actionnaire principal. La valeur totale de ces entreprises s’élève à 10 200 milliards $, soit plus que les PIB combinés de tous les pays d’Afrique et d’Amérique latine, selon le rapport d’Oxfam

Les ultrariches continuent ainsi à s’enrichir de façon fulgurante, alors que la richesse n’a jamais été aussi concentrée, rapporte Oxfam. Par exemple, les 1 % les plus riches détiennent 43 % de tous les actifs financiers à l’échelle mondiale. Une proportion qui est encore plus élevée dans certaines régions du monde comme l’Europe (47 %), le Moyen-Orient (48 %) et l’Asie (50 %). 

Une nouvelle ère des monopoles

Les monopoles se sont renforcés depuis le début de la décennie, alors que les multinationales ont accaparé des parts grandissantes du marché mondial. Par exemple, au cours des 20 dernières années dans l’industrie pharmaceutique, dix grandes entreprises (les « Big Pharma ») ont vu le jour par la fusion de quelque 60 entreprises, démontre Oxfam.

« L’échelle de cette concentration de richesse est sans précédent », affirme Julie McClatchie, analyste politique à Oxfam-Québec. 

« Le pouvoir corporatif, c’est un pouvoir qui permet aux entreprises de contrôler les marchés, de fixer les conditions des échanges et de réaliser des profits sans nécessairement craindre de perdre des parts de marché », explique-t-elle. Par exemple, les grandes entreprises de nombreux secteurs comme ceux de l’énergie, de l’alimentaire et de la pharmaceutique, contribuent à alimenter l’inflation en coordonnant implicitement l’augmentation de leur prix pour accroître leurs marges, précise-t-elle.

Une concentration qui augmente le pouvoir des grandes entreprises, ce qui en retour alimente les inégalités, remarque Oxfam. Au sein de ces multinationales, tout fonctionne de manière à accroître l’extrême richesse au bénéfice des actionnaires et aux dépens des travailleur·euses. En témoigne le fait que les salaires des travailleur·euses stagnent en pleine inflation. Au cours des deux dernières années, 791 millions de travailleur·euses ont vu leur salaire ne pas suivre la courbe de l’inflation et ont donc perdu collectivement 1 500 milliards $. Une perte qui équivaut à près d’un mois (25 jours) de salaire pour chaque travailleur·euse, estime Oxfam.

Toutefois, la rémunération des PDG des entreprises augmente, puisque la même inflation assure de bons résultats aux entreprises, qui récompensent alors leurs patrons. Les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3 300 milliards $, soit 34 %, depuis le début de cette décennie de crise, et leur richesse a augmenté trois fois plus vite que le taux d’inflation, selon le rapport.

Ces grandes entreprises comptent aussi sur la privatisation des services publics comme opportunité pour générer des profits ainsi que pour augmenter leur contrôle sur l’économie, remarque Oxfam. 

L’organisme indique aussi qu’en retour, elles pratiquent souvent l’évitement ou l’évasion fiscale, évitant de contribuer aux fonds publics pour faire gonfler leurs profits. De plus, le taux légal de l’impôt sur les sociétés a été réduit de plus de moitié dans les pays de l’OCDE depuis 1980, ce qui réduit davantage leur contribution aux trésors publics, rappelle Oxfam.

« Le 1 % des plus riches sont à la fois les principaux bénéficiaires des richesses accumulées et ceux qui dictent les règles du marché », résume Julie McClatchie.

Une économie au service de tou·tes

Le rapport d’Oxfam appelle ainsi les gouvernements à contrôler le pouvoir des grandes entreprises et pour y arriver, il faudrait d’abord revitaliser l’État, selon l’organisme. 

« Il faut donner les moyens au secteur public de venir contrebalancer les excès du secteur privé et des monopoles », indique Julie McClatchie. « Le gouvernement doit limiter le pouvoir corporatif en rééquilibrant la répartition du pouvoir entre les secteurs privés et publics. »

Pour ce faire, Oxfam propose d’imposer de manière permanente la fortune et les bénéfices excédentaires des entreprises. Par exemple, au Canada, une augmentation de l’impôt progressif des milliardaires de 5 % sur les richesses supérieures à 1 milliard $ suffirait à augmenter le budget de l’éducation de plus de la moitié, avance Oxfam.

Ensuite, il faudrait réguler davantage les entreprises, estime Oxfam. Par exemple, en démantelant les monopoles privés pour empêcher les entreprises de devenir trop puissantes. « Le gouvernement doit davantage intervenir pour limiter les excès d’un système économique qu’il a lui-même laissé aller », affirme Julie McClatchie.

Finalement, il faudrait réinventer le monde des affaires. Les entreprises ne devraient pas être orientées vers l’enrichissement de quelques actionnaires. Elles devraient plutôt adopter des modèles d’entreprise qui misent sur le partage équitable des bénéfices et poursuivent une mission sociale dans l’intérêt des travailleur·euses, des communautés locales et de l’environnement, appelle Oxfam.

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