Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
Partager

Les entreprises pétrolières et gazières canadiennes influencent la recherche universitaire au pays en y investissant des millions $ annuellement, selon un rapport de Greenpeace Canada. Les pétrolières s’assurent ainsi qu’une grande partie de la recherche sur l’avenir énergétique du Canada sert ses propres intérêts.

En investissant des millions $ chaque année dans la recherche académique, les pétrolières influencent la portée et les priorités de celle-ci, prévient Greenpeace Canada dans un rapport publié mardi.

Cette influence s’exprime notamment à travers les chaires de recherches industrielles du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). En général, ces chaires sont financées à parts égales par un partenaire privé et les institutions publiques. Toutefois c’est généralement le donateur privé qui décide quel projet ou quel groupe recevra le financement, ce qui lui donne un grand pouvoir d’influence, prévient Charles Latimer, porte-parole pour Greenpeace Canada.

Depuis 2012, le CRSNG a ainsi distribué près de 31,6 millions $ de financement public pour de telles chaires de recherches industrielles liées au pétrole et au gaz, alors que celles concernant les énergies alternatives n’ont reçu que 100 000 $ pour la même période. Des montants ensuite égalés  par les entreprises privées partenaires de ces chaires.

« On est à un moment clé de l’histoire et nos universités publiques se retrouvent à mettre leurs énergies sur des solutions pour augmenter la rentabilité de l’industrie pétrolière, plutôt que de réfléchir aux façons de se sortir du pétrole », résume Charles Latimer.

Par exemple, la Chaire de recherche industrielle en régulation des procédés d’exploitation des sables bitumineux aurait permis à ses partenaires, les pétrolières Suncor et Cenovus, de réaliser des millions $ en profits à partir des travaux réalisés par la chaire, selon le rapport de Greenpeace.

Des subventions déguisées

Plus largement, si on considère l’ensemble du financement à la recherche provenant du CRSNG, ce sont environ 53,7 millions $ qui ont ainsi été acheminés vers des projets profitant à l’industrie du pétrole, du charbon et du gaz. Selon les calculs de Greenpeace, les trois quarts de ces bourses seraient attribués en partenariat avec des entreprises privées.

La majorité de ces subventions ont été acheminées à des universités albertaines, notamment l’université de l’Alberta (201 subventions totalisant 24 millions $) et l’université de Calgary (98 subventions pour 7,1 millions $).

« On est à un moment clé de l’histoire et nos universités publiques se retrouvent à mettre leurs énergies sur des solutions pour augmenter la rentabilité de l’industrie pétrolière, plutôt que de réfléchir aux façons de se sortir du pétrole »

Charles Latimer

Mais les chercheur·euses québécois·es en ont aussi profité : par exemple, l’École de technologie supérieure (ÉTS) a reçu 927 801 $ à travers une vingtaine de subventions, tout comme l’Institut national de la recherche scientifique (INRS, six subventions pour un total de 638 600 $), et McGill (neuf subventions, 312 927 $). Au total, neuf établissements ont touché de cet argent dans la province.

« En plus des questions que ça peut poser sur la liberté académique, ça devient aussi une forme de financement détourné des activités pétrolières, puisque les projets [dont bénéficie l’industrie] restent partiellement financés par les gouvernements, en plus d’utiliser les ressources des universités », souligne Charles Latimer.

La pointe de l’iceberg

À ces sommes qui passent à travers des programmes publics, il faut ajouter plusieurs autres millions qui sont donnés directement aux universités chaque année par l’industrie du pétrole et du gaz pour différents partenariats, selon le rapport. Ces partenariats pouvant prendre plusieurs formes et n’étant pas toujours divulgués publiquement, ils sont toutefois très difficiles à quantifier, prévient Charles Latimer.

 « Leur influence est donc beaucoup plus grande que ce qu’on a réussi à démontrer avec le rapport. Si on ne veut pas que nos universités publiques deviennent une filière de l’industrie pétrolière, il faut revoir les règles pour protéger nos institutions », conclut-il.

Récents articles

Voir tous