En demandant un cessez-le-feu à Gaza pour la première fois depuis le début des bombardements, le gouvernement de Justin Trudeau a défendu l’idée d’une solution à deux États pour l’Israël et la Palestine, préconisée notamment par les États-Unis et les Nations Unies. Si plusieurs pensent qu’une telle possibilité demeure essentielle pour la paix, des experts et des activistes la jugent invraisemblable dans le contexte actuel.
Dans sa déclaration demandant un cessez-le-feu, Justin Trudeau a défendu l’instauration d’une « paix juste et durable » au Moyen-Orient, « fondée sur une solution à deux États, où Israéliens et Palestiniens peuvent vivre en sécurité à l’intérieur de frontières internationalement reconnues ».
La solution repose sur la division de la Palestine ancestrale en deux États souverains pour deux peuples : Israël pour les Juif·ves et la Palestine pour les Palestinien·nes. Cette option avait été proposée pour la toute première fois à l’Assemblée des Nations unies en 1947, avant la déclaration d’indépendance d’Israël, puis réitérée par les accords d’Oslo signés par les deux nations ainsi que les États-Unis dans les années 1990. Elle ne s’est toutefois jamais matérialisée.
Depuis le début des violences à Gaza, plusieurs dirigeant·es de pays occidentaux, dont le président américain Joe Biden, ont affirmé préconiser cette solution. En novembre dernier, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exhorté la communauté internationale à soutenir cette option, qui ferait de Jérusalem la capitale des deux États.
Lors d’une entrevue à CTV, la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly a affirmé qu’une telle solution serait désormais plus concevable qu’avant le début de la plus récente guerre à Gaza.
« Elle est optimiste », pense Michael James Molloy, ancien diplomate canadien qui a été ambassadeur en Jordanie et coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient.
« Le niveau d’horreur [des attaques du Hamas du 7 octobre] rendra très difficile pour quiconque en Israël de parler de paix avec les Palestiniens pendant un certain temps », explique-t-il. De même, selon lui, l’ampleur sans précédent de la violence et de la destruction à Gaza suscitera le même sentiment chez les Palestinien·nes.
Depuis les deux derniers mois, l’armée israélienne a largué l’équivalent de plus de deux bombes atomiques sur la bande de Gaza. Plus de 20 000 personnes, dont une majorité était des enfants et des femmes, ont été tuées, tandis que des milliers de disparu·es seraient toujours coincé·es sous les décombres.
En Cisjordanie, plus de 500 Palestinien·nes ont aussi été tué·es par les forces israéliennes depuis le début de la guerre.
Du côté israélien, le bilan des morts survenues le 7 octobre s’élève à 1200. À Gaza, l’armée rapporte qu’une centaine de militaires auraient aussi été tués depuis le début de l’invasion terrestre.
Minces probabilités
En dépit des pressions croissantes pour un cessez-le-feu, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a récemment promis de continuer les opérations militaires à Gaza « jusqu’à ce que le Hamas soit détruit ». Des membres de sa formation politique ont également appelé à chasser les Palestinien·nes de Gaza afin d’y installer des colons israéliens après la guerre.
« Il est clair qu’Israël ne s’intéresse qu’à la colonisation des territoires palestiniens et à l’élimination du peuple palestinien dans son ensemble », affirme Sarah Shamy, porte-parole du Mouvement de la jeunesse palestinienne. Elle souligne comment sous Netanyahou, le gouvernement israélien a permis l’annexion de territoires en Cisjordanie, morcelant de facto les frontières palestiniennes.
« Je ne pense pas que le gouvernement israélien actuel soit psychologiquement en mesure de parler de paix, cela n’a jamais été son état d’esprit », opine Michael James Molloy. Les probabilités qu’un gouvernement plus modéré lui succède dans un avenir rapproché sont par ailleurs difficilement envisageables. Le Likoud, parti de droite dirigé par Netanyahou, gouverne actuellement au sein d’une coalition incluant principalement des partis d’extrême droite encore plus radicaux dans leur sionisme.
« On est arrivé à un point avec Netanyahou où Israël utilise les démarches diplomatiques et l’échec de la solution à deux États pour dire […] “c’est la faute des Palestiniens” », pense quant à lui, Niall Clapham Ricardo, des Voix juives indépendantes.
En même temps, ce que le dernier cycle de violences a « prouvé sans aucun doute, c’est qu’à moins que les Palestiniens n’obtiennent un État, cette situation se reproduira, encore et encore. »
Selon Michael Molloy, pour atteindre cet objectif des deux États, qui est aussi improbable que nécessaire, il faudra un plan clair avec « un suivi, des vérifications et des conséquences en cas de non-respect des obligations en faveur de la paix, d’un côté comme de l’autre. »
« Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’on note les violations commises d’un côté comme de l’autre qui nuisent à la paix, mais il n’y a pas de conséquences », explique Michael Molloy. « Il doit y avoir des conséquences. »
« Les pays occidentaux devront dire à la structure de pouvoir qui émergera en Israël, quelle qu’elle soit : “Ça suffit! Il faut une résolution” », insiste Michael Molloy.
Autodétermination et droit de retour
Pour Niall Ricardo, une solution, quelle qu’elle soit, doit nécessairement être conçue en fonction du droit à l’autodétermination des Palestinien·nes, dont ils et elles ont été privé·es.
« Les premiers concernés, c’est le peuple palestinien, et c’est au peuple palestinien de déterminer le modus operandi avec lequel il souhaiterait aller de l’avant », pense le membre des Voix juives indépendantes.
Il souligne aussi que la séparation du territoire en deux États risque de ne pas permettre le retour des Palestinien·nes dans les territoires israéliens, où plusieurs avaient des demeures qu’ils et elles ont été forcé·es de quitter depuis la « Nakba » en 1948. Durant cette période qui marque la déclaration d’indépendance d’Israël, près de 750 000 personnes ont ainsi été déplacées.
Durant la guerre de 1967, une seconde vague de plus de 400 000 autres réfugié·es a été contrainte de quitter la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Aujourd’hui, on compte plus de sept millions de réfugié·es palestinien·nes dans le monde.
« Il n’y a pas de solutions, peu importe que ce soit à un, ou deux États, qui peut être possible sans l’acceptation par Israël du fait que tous les Palestiniens et Palestiniennes [exilé·es] ont un droit de retour, ont un droit de vivre dans ce qui était les contours de la Palestine historique », conclut-il.