Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
Partager

Les politiques environnementales mises en place par le gouvernement Trudeau depuis son arrivée au pouvoir ont permis de réduire significativement les émissions de gaz à effets de serre au pays, selon une analyse de l’institut climatique du Canada. Toutefois, elles ne suffisent pas pour atteindre les cibles de réductions que s’est fixées ce gouvernement, prévient l’organisme.

Si la tendance se maintient, le Canada devrait rater de peu sa cible de réduction de gaz à effets de serre (GES) pour 2026, et celle de 2030 par une plus grande marge, selon une analyse indépendante réalisée par 440 mégatonnes, une équipe spécialisée dans la question à l’Institut climatique du Canada.

En effet, le pays devrait émettre entre 606 et 590 mégatonnes (Mt) d’équivalent CO2 en 2026, donc de 1 % à 3 % de plus que l’objectif qui consiste à ne pas dépasser 586 Mt. Pour 2030, l’institut prévoit que le Canada émettra entre 549 et 467 Mt, soit entre 6 % et 20 % de trop par rapport à l’objectif de 440 Mt.

La variation dans les prédictions des émissions dépend de la vitesse et de la rigueur dans la mise en œuvre des politiques qui sont annoncées, mais qui ne sont pas encore concrétisées, explique Anna Kanduth, directrice de 440 mégatonnes.

Des cibles pourtant minimales

« Il ne faut toutefois pas oublier que ces objectifs forment le minimum de ce qui peut être fait tout en espérant atteindre la carboneutralité en 2050, comme on s’est engagé à le faire », rappelle quant à lui Aly Hyder Ali, porte-parole d’Environmental Defence Canada.

« L’ONU est claire : à l’échelle globale, il faut réduire les GES de 50 % par rapport à 2005 d’ici 2030. Mais l’objectif canadien ne représente qu’une cible de 40 %, il y a définitivement de l’espace pour être plus ambitieux », souligne-t-il.

Le Canada devrait donc idéalement limiter ses émissions à 550 Mt en 2026 et à 408 Mt en 2030 pour être sur la trajectoire idéale menant à la carboneutralité en 2050, selon les calculs de l’Institut climatique canadien. Soit encore 36 et 32 Mt de moins que les cibles actuelles.

« Il y a définitivement de l’espace pour être plus ambitieux »

Aly Hyder Ali

Notons aussi que le Canada est un des pays émettant le plus de GES historiquement, ce qui devrait le pousser à faire une plus grande part de la réduction mondiale des émissions, comme le veut le principe d’équité qu’on trouve dans des ententes internationales comme celle de la COP28.

Un effet qui se fait tout de même sentir

Cela ne veut toutefois pas dire que les politiques mises en place dans les dernières années n’ont pas eu un grand effet sur les émissions canadiennes, prévient Anna Kanduth.

Son équipe a également modélisé le niveau d’émission auquel on aurait pu s’attendre si aucune nouvelle politique climatique n’avait été mise en œuvre depuis 2015, date qui coïncide avec l’élection de l’actuel gouvernement. Résultat : les émissions canadiennes atteindraient 775 Mt en 2030, soit 41 % à 66 % de plus qu’avec les mesures qui ont été prises.

« Ce que ça montre, c’est que les politiques climatiques fonctionnent. La stratégie est la bonne, il reste seulement à aller plus loin, avec de nouvelles politiques et en renforçant celles qui sont déjà en place », remarque Aly Hyder Ali.

Il sera notamment important dans les prochaines années de mieux tenir compte des interactions entre les différentes politiques, croit quant à elle Anna Kanduth. « Par exemple, de très nombreuses mesures s’appuient sur des systèmes de crédits » pour encourager les entreprises à réduire leurs émissions, illustre-t-elle. 

« La stratégie est la bonne, il reste seulement à aller plus loin. »

Aly Hayder Ali

Ces crédits varient dans leur forme d’une réglementation à l’autre, mais sont généralement basés sur une forme d’échange où des entreprises versent des montants pour pouvoir continuer à polluer. Ces crédits seront ensuite utilisés pour financer des projets climatiques ou pour récompenser d’autres entreprises qui réduisent leurs émissions. C’est notamment la mécanique sur laquelle repose le marché du carbone.

« Mais si on ne fait pas attention à la façon dont ses crédits interagissent les uns avec les autres, cela réduit leur capacité à encourager les industries à se décarboner », prévient la chercheuse. Par exemple, un même projet pourrait se faire récompenser par plusieurs systèmes de crédits pour les mêmes réductions d’émissions.

« La réglementation actuelle est loin d’être parfaite. Elle comporte plusieurs failles que les entreprises exploitent. Mais en même temps, on ne peut absolument pas se permettre de partir vers l’arrière et de défaire ce qui a été fait jusqu’à maintenant, » résume Aly Hyder Ali.

« Dans la lutte aux changements climatiques, ce qui manque le plus c’est le temps. On doit donc absolument aller vers l’avant », conclut-il.

Récents articles

Voir tous