Eau secours et la Coalition Québec meilleure mine publient un guide pratique pour aider les citoyen·nes à comprendre les projets miniers et leurs impacts, puis à s’organiser pour s’opposer ou assurer une vigilance vis-à-vis des projets.
C’est loin d’être évident de comprendre ce qui se passe exactement quand une mine commence à prendre forme près de chez soi, remarque la directrice générale d’Eau secours, Rébecca Pétrin. « L’information disponible est indigeste pour la plupart des gens et souvent super difficile à trouver », explique-t-elle.
Pour pallier ce problème, l’organisme voué à la protection des lacs et rivières, en collaboration avec la Coalition Québec meilleure Mine et d’autres organismes environnementaux, publie un guide pour aider les citoyen·nes à comprendre les projets miniers et leurs impacts ainsi que pour les aider à s’organiser par la suite.
Un outil de vulgarisation
Le guide offre, dans un langage facile à comprendre, une description détaillée des différentes phases associées aux projets miniers ainsi que des impacts potentiels de ceux-ci sur l’environnement et plus particulièrement sur l’eau. « C’est important, parce qu’il n’y a pas de projet minier qui n’a pas d’impacts sur l’eau », rappelle Rébecca Pétrin.
« Le but, c’était de permettre aux citoyens d’orienter leurs revendications sur quelque chose qui va avoir des impacts réels sur le terrain. »
Émile Cloutier-Brassard
« Il faut y porter attention, parce que les gouvernements nous disent constamment que les projets miniers sont nécessaires pour aller chercher des minéraux critiques et stratégiques. Eh bien, pour nous, il parait évident que bien avant les minéraux, l’eau est une ressource bien plus critique et stratégique pour notre avenir à tous », ajoute Rodrigue Turgeon, porte-parole de Québec meilleure mine.
Le guide présente aussi les différentes lois qui encadrent l’industrie minière et la protection des cours d’eau, pour permettre aux citoyen·nes de mieux connaitre leurs droits et les moyens qui s’offrent à eux pour se faire entendre.
Un outil d’organisation
En plus de fournir de l’information technique, le guide offre aussi des conseils pratiques pour organiser une action citoyenne autour des projets miniers.
Par exemple, il offre des procédures pour mobiliser et organiser les équipes qui soutiendront le mouvement, par exemple en organisant des réunions publiques auprès des concitoyen·nes, ou en allant chercher des appuis auprès des nations autochtones occupant le territoire visé par le projet.
« Bien avant les minéraux, l’eau est une ressource bien plus critique et stratégique pour notre avenir à tous. »
Rodrigue Turgeon
Il donne aussi une idée du type d’interventions que les citoyen·nes peuvent planifier à chaque phase d’un projet minier et explique notamment comment se préparer pour faire valoir ses revendications devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
Le guide présente aussi plusieurs bonnes pratiques qui peuvent être mises en place par l’industrie minière pour mitiger les impacts environnementaux de leur projet, pour permettre à la fois aux citoyen·es d’évaluer les propositions mises de l’avant par les minières et d’arriver avec des demandes concrètes et réalisables devant les instances décisionnelles.
« Le but, c’était de permettre aux citoyens d’orienter leurs revendications sur quelque chose qui va avoir des impacts réels sur le terrain », explique Émile Cloutier-Brassard, analyste en projet minier chez Eau secours et l’un des principaux artisans du guide.
Du ruisseau du village aux enjeux globaux
L’analyste espère aussi que le guide aidera les communautés à s’organiser plus rapidement pour s’opposer aux projets miniers qui visent leurs communautés, parce que plus les citoyen·nes s’organisent tôt, plus leurs impacts sur les projets tendent à être grands.
« Il n’y a rien de mieux qu’un citoyen ancré dans son environnement pour se battre bec et ongles pour protéger ce territoire-là. »
Rébecca Pétrin
« D’un autre côté, il n’est jamais trop tard pour s’organiser. Les gouvernements manquent visiblement de moyens ou de volonté pour assurer la surveillance. C’est une lacune que les citoyens peuvent partiellement combler, surtout qu’ils connaissent bien le territoire », précise Émile Cloutier-Brassard.
« Il n’y a rien de mieux qu’un citoyen ancré dans son environnement pour se battre bec et ongles pour protéger ce territoire-là », souligne Rébecca Pétrin.
Ce qui ne veut pas dire, contrairement à ce que prétendent souvent les entreprises et les gouvernements, que les regroupements citoyens locaux font du « pas dans ma cour », prévient Rodrigue Turgeon.
« On le voit, à partir du moment où une communauté est affectée par un projet minier, elle tend à devenir très solidaire des luttes partout dans le monde. Et c’est important, parce que l’industrie a les mêmes modes d’opérations sur toute la planète. Alors les victoires qu’on peut avoir en Outaouais peuvent avoir des impacts au Nevada, aux Philippines, en Amérique du Sud, en Afrique, et vice-versa », conclut-il.