On se serait passé des propos d’Olivier Bolduc sur la parité en politique

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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On se serait passé des propos d’Olivier Bolduc sur la parité en politique

L’ex-candidat de QS a quitté son parti en déversant une kyrielle de remises en question sur l’importance de la parité en politique.

En début de semaine, l’ex-candidat de Québec Solidaire dans Jean-Talon Olivier Bolduc a quitté le parti lorsque celui-ci a annoncé qu’il privilégierait les candidatures féminines lors de prochaines élections partielles.

Non content de claquer la porte, il y est aussi allé d’une avalanche de déclarations diminuant les enjeux entourant la parité.

La parité, un « fétiche »?

En entrevue avec le Journal de Québec, l’ex-solidaire s’est d’abord demandé si la parité était vraiment quelque chose d’important aux yeux de la population, « avec la hausse du coût de la vie […] Les gens n’arrivent même pas à se faire soigner, à voir un médecin, il y a la crise environnementale. »

« Des fois, je pense que trop d’importance est accordée à des trucs, et vraiment, ça devient comme un fétiche », affirme-t-il.

La parité à l’Assemblée nationale dépasse de loin le symbolique ou le superflu.

Il ne faut d’abord pas oublier que beaucoup de ce qui se passe en ce moment (notamment les grèves du personnel enseignant et soignant à forte majorité féminin, les revendications environnementales, celles pour l’équité salariale, l’accès aux soins de santé, etc.) est relié de près ou de loin à la cause de l’égalité entre les hommes et les femmes.

Mais surtout, il faut comprendre que l’idée d’atteindre la parité à l’Assemblée nationale dépasse de loin le symbolique ou le superflu : il s’agit du lieu réel de l’exercice du pouvoir, et les décisions qui y sont prises ont des impacts bien concrets sur la population. Nos instances décisionnelles ne peuvent prétendre que leurs résolutions sont équitables lorsqu’elles sont adoptées par un groupe homogène favorisé excluant les perspectives d’une partie de la population.

L’obscure et insaisissable lutte contre le patriarcat

Olivier Bolduc a ajouté que « les Québécois s’en foutent de la lutte au patriarcat », et que Québec solidaire devrait cesser « de parler de concepts aussi obscurs et insaisissables ».

C’est vrai que, parfois, on lance des concepts au visage des électeurs et électrices sans prendre le temps de les déplier, qu’il soit question d’égalité ou d’autre chose.

Mais la lutte contre le patriarcat n’a rien d’insaisissable : pensons aux combats pour le droit de vote des femmes, pour la revalorisation des professions du care, pour des représentations culturelles moins stéréotypées, etc.

Et j’ajouterais que l’importance du combat contre ce système de domination masculine est surlignée en fluo quand un homme politique s’insurge parce que son parti ne lui accorde pas les privilèges habituellement réservés à son genre.

Beaucoup d’hommes sont sûrement eux-mêmes en poste parce que le système avantage leur sexe.

En outre, Monsieur Bolduc énonce en entrevue que les quotas « [laissent] entendre qu’il y a urgence » sur la question de la parité, risquant de repousser « des candidatures féminines de qualité » à qui ça ne « tente [rait] pas de se faire réduire à leur sexe et d’être là parce qu’elles sont des femmes ».

Ce genre de rhétorique a quelque chose d’ironique, car il arrive souvent que ce soient des hommes qui se demandent s’il est juste que des femmes soient élues, engagées ou nominées prétendument uniquement parcequ’elles sont des femmes… sans considérer que beaucoup de leurs homologues masculins sont sûrement eux-mêmes en poste parce que le système avantage leur sexe.

Mais laissez-moi tout de même vous rassurer : les femmes n’ont généralement pas peur d’être considérées pour un poste « uniquement » parce qu’elles sont femmes. D’une part parce qu’elles se savent qualifiées. D’autre part parce qu’en fait, ce dont elles se passeraient c’est plutôt d’être exclues des décisions, sous-payées, sous-estimées, catcallées – et ça, oui, uniquement parce qu’elles sont des femmes.

Les droits des hommes ne sont pas menacés

Déjà échaudé de l’élection partielle de la circonscription de Jean-Talon, lors de laquelle Québec solidaire avait aussi encouragé ses membres à désigner une femme pour candidate, Olivier Bolduc traîne certes une amertume politique et ne parait pas s’être senti épaulé par son parti.

Mais ces propos étaient-ils vraiment nécessaires, d’autant plus au lendemain d’une série de reportages dévoilant la montée de la misogynie dans les écoles secondaires – et donnant lieu à une vague d’attaques misogynes contre la journaliste ayant osé s’attaquer à ce sujet?

Répétons-le autant de fois qu’il le faudra – et à voir la pléthore de prises de parole masculinistes dans les médias populaires et sur les réseaux sociaux, il est plus qu’essentiel de le marteler : dans notre société actuelle, les droits des hommes ne sont pas en péril.

Sans faire de concours de souffrance, il faut tout de même convenir que l’autre moitié de l’humanité, par contre, en arrache sur plusieurs plans. Et que oui, il y a urgence.