Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Le salaire des femmes reste inférieur à celui de leurs compatriotes masculins au Québec. Une différence nourrie par la discrimination à l’emploi subie par les femmes en situation de vulnérabilité comme les immigrantes, selon un bilan de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Les heures travaillées par les Québécoises depuis le 25 novembre et jusqu’à la fin de l’année peuvent être considérées comme du travail gratuit en raison des écarts salariaux entre les hommes et les femmes, selon une analyse de l’IRIS.

En effet, selon les dernières données disponibles, les femmes du Québec gagnent un salaire horaire moyen équivalent à 90 % de celui de leurs homologues masculins, soit de 29,29 $ l’heure pour les travailleuses comparativement à 32,54 $ l’heure pour les hommes.

Cet écart moyen est calculé en comparant le salaire horaire des hommes et des femmes occupant un poste similaire, plutôt que la rémunération moyenne de toutes les travailleuses et tous les travailleurs confondu·es. Un calcul fondé sur la rémunération en général mènerait à un écart plus élevé, puisque les métiers traditionnellement féminins tendent à être moins bien payés et puisque les femmes sont aussi plus nombreuses à travailler à temps partiel, précise la chercheuse derrière l’analyse, Geneviève Vande Wiele Nobert.

« Un écart de 10 % nous place en relativement bonne position si on se compare à d’autres pays ou même à d’autres provinces, mais par contre on réalise que l’écart stagne autour de 10 % depuis 2019. C’est comme si on n’était pas capable de faire le dernier pas », explique-t-elle.

Les femmes immigrantes laissées derrière

Cette stagnation du rattrapage salarial des femmes serait notamment due aux grands écarts qui persistent dans la rémunération des personnes racisées et immigrantes, remarque la chercheuse. Par exemple, selon une étude de l’Observatoire des inégalités raciales au Québec (OIRQ), les femmes immigrantes gagnaient seulement 79 % du salaire des hommes natifs du Québec en 2020.

« C’est comme si on n’était pas capable de faire le dernier pas. »

Geneviève Vande Wiele Nobert

« Les politiques publiques en matière d’équité salariale nous ont fait progresser énormément depuis les années 1990. Si on veut continuer à progresser, il faut maintenant qu’on les adapte pour qu’elles profitent également aux personnes racisées », souligne Geneviève Vande Wiele Nobert.

« Au moins avoir un gouvernement qui reconnaît le racisme systémique serait un départ. »

L’effet positif de la syndicalisation

Les écarts salariaux entre hommes et femmes seraient en revanche beaucoup moins importants dans les milieux syndiqués. En effet, l’écart serait d’environ 4 % lorsqu’un syndicat est présent et de 15 % dans les milieux non syndiqués, selon la chercheuse.

« Ça donne matière à réflexion, surtout en ce moment avec le débrayage du secteur public. On réalise vraiment que la syndicalisation est l’un des meilleurs moyens de réduire les écarts salariaux », souligne-t-elle.

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