Pour vous dire franchement, j’en ai un peu marre d’écrire des textes pessimistes, moi qui me jure pourtant chaque jour de ne pas sombrer finalement dans le cynisme.
Hélas! l’actualité reste sans merci pour les porteurs d’espoir, ici comme ailleurs. Les signes présageant l’avènement d’une ère de monstres, comme le craignait dans les années 1930 le militant marxiste Antonio Gramsci, se multiplient.
L’arrogance des gouvernants semble sans limite, au point où notre propre gouvernement affiche ouvertement son mépris envers les travailleuses et les travailleurs du secteur public et leurs syndicats (sauf la police, évidemment). Non seulement il leur offre des augmentations de salaire en dessous du taux d’inflation, mais il se retourne ensuite et dote généreusement une équipe de hockey américaine d’une subvention de cinq millions $ pour venir divertir le bon peuple de Québec avec un ersatz de feu ses Nordiques qui ne reviendront jamais.
Mais je digresse – à peine, cela dit, puisque parlant de syndicalisme, je rêve de voir un jour nos syndicats s’inspirer un peu de leurs homologues de par le monde qui défient ouvertement le pouvoir, au-delà d’une poignée de « manifestives » où l’élément le plus radical est une performance de Paul Piché.
Le problème, c’est que pendant que nos syndicats se font sages, d’autres qu’eux s’activent pour stimuler à leur avantage les passions populaires.
Une dangereuse collusion
La semaine dernière avait lieu à Paris, berceau révolutionnaire, une conférence qui avait moins à voir avec la prise de la Bastille et plus avec la répression de la Commune. Pompeusement intitulée « Worldwide Freedom Initiative » et organisée par les Républicains à l’étranger, sorte d’ambassade itinérante du parti de Donald Trump, elle ralliait le qui-fait-quoi de la droite dure et de l’extrême droite occidentale.
Parmi la joyeuse ribambelle de conférencier·ères invité·es, on retrouvait des proches collaborateurs de Donald Trump; des personnalités politiques françaises provenant du Front national (je refuse d’appeler ce repère de nazillons par son appellation javellisante actuelle); Éric Zemmour, égérie du renouveau pétainiste et ami de notre Sociologue en chef; mais aussi Tamara Lich, organisatrice du convoi de la « liberté » et proche de Maxime Bernier, le Caliméro de la droite jambon canadienne.
Ne manquait que Philippe de Villiers pour représenter les néo-monarchistes qui souhaitent le retour du roi à Versailles.
Il s’agit là d’une dangereuse collusion entre l’extrême droite américaine et européenne.
Le menu des discussions était généreusement arrosé de sauce brune fort aigre et se résumait à discuter de comment de construire un Occident sur le socle d’un renouveau impérial, militariste, socialement réactionnaire, débarrassé de ses irritants écolos, féministes et LGBTQ+, mais pactisant avec les barons de l’industrie sous l’égide d’une idéologie qui ne porte qu’un nom malgré les nombreuses tentatives de camouflage sémantique : le fascisme.
Il s’agit là d’une dangereuse collusion entre l’extrême droite américaine et européenne, commencée dans les dernières années par l’ex-conseiller trumpiste Steve Bannon qui, tel un vendeur ambulant de Bibles – si celles-ci cachaient Mein Kampf sous leur couverture –, est parti exporter sa « nouvelle révolution américaine » après son renvoi par une administration Trump qui le trouvait trop extrémiste. Imaginez…
Vrais problèmes, fausses solutions
Propulsés par les milliards de dollars que leur versent des démagogues aux poches sans fond, ils s’arrogent sans vergogne des thèmes populistes et populaires dont certains gardent tout de même une grande légitimité – souveraineté des peuples, sauvetage des emplois sacrifiés sur l’autel du mondialisme économique, cohésion sociale face à l’atomisation des sociétés. Mais le diagnostic qu’ils apposent est épouvantablement erroné, avec les habituels suspects de convenance au banc des accusés : personnes migrantes, écologistes, féministes, wokes, scientifiques, etc.
Le diagnostic qu’ils apposent est épouvantablement erroné.
Comment répondre à cette attaque envers ce qui reste de démocratie, d’autant que ces monstres se révèlent fort convaincants auprès des classes populaires qui se sentent délaissées par les élites « progressistes »?
Réponse rapide : un syndicalisme de combat mondialisé et capable de répondre avec un « populisme de gauche », tout aussi efficace, mais soucieux de nous sortir de cette oligarchie dont la seule issue logique, si on laisse faire, ne peut qu’être la dictature, la vraie.