Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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La ministre responsable de l’Habitation France-Hélène Duranceau s’est fait interrompre lors d’une allocution devant les milieux d’affaires de l’Est de Montréal par des manifestant·es exigeant le retrait de son projet de loi 31 ainsi que sa démission.

Une centaine de manifestant·es se sont rassemblé·es lundi matin devant le Stade olympique de Montréal où se tenait une table de discussion sur le développement de l’Est de Montréal, le Sommet de l’Est, à laquelle la ministre responsable de l’Habitation France-Hélène Duranceau participait.

Alors que la majorité des contestataires accueillaient  les participant·es du Sommet avec bannières et slogans aux abords du Stade, quelques-un·es se sont fait entendre à l’intérieur, parvenant à interrompre à deux reprises l’allocution de la ministre.

C’est la deuxième fois ce mois-ci que des militant·es du Front de lutte pour un immobilier populaire (FLIP) parviennent à perturber des prises de parole de France-Hélène Duranceau. Ils et elles étaient cette fois accompagné·es, entre-autres de représentant·es du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) et de Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM, un groupe qui défend les espaces verts dans Hochelaga.

« Partout où va aller la ministre, on va être là pour se faire entendre, jusqu’à ce qu’elle démissionne et que le gouvernement recule sur son projet de loi », explique le porte-parole du FLIP Jaouad Laaroussi.

Les dépôts de garantie, un précédent inquiétant

Mobilisé·es principalement contre la volonté de la ministre de restreindre le droit aux cessions de bail, les gens sur place tenaient également à attirer l’attention du public autour d’un nouvel amendement au projet de loi, introduit la semaine dernière par la députée libérale des Miles-Îles, Virginie Dufour.

Celui-ci permettrait aux propriétaires de demander des dépôts de garantie aux locataires qui hébergent des animaux de compagnies. « La ministre a sauté sur l’occasion d’inclure cela dans son projet de loi », remarque le porte-parole du RCLALQ, Cédric Dussault.

« C’est quelque chose de beaucoup plus grave que les cessions de bail et on essaie de nous passer ça en douce. Il ne faut vraiment pas laisser passer ça. »

Cédric Dussault

Selon lui, l’introduction de cet amendement pourrait facilement marquer le début d’un recul marqué des droits des locataires, car il vient légitimer une pratique, les dépôts, qui pourrait ensuite être étendue à d’autres situations. « Et même du point de vue du droit aux animaux, ça reste problématique, parce que ça crée des divisions entre les gens fortunés qui pourront payer pour garder leurs animaux et les autres », souligne-t-il.

Rappelons qu’il est actuellement interdit pour un·e propriétaire d’exiger un dépôt de garantie au Québec, mais qu’un·e locataire qui en a les moyens peut en proposer un de son propre chef, par exemple pour convaincre un propriétaire de ne pas interdire les animaux à la signature du bail.

Première journée d’une semaine d’action

D’autres manifestations et actions demandant le retrait du projet de loi 31 devraient avoir lieu un peu partout au Québec tout au long de la semaine, prévient Cédric Dusseault.

Le RCLALQ et ses partenaires de luttes prévoyaient cette semaine d’action depuis un bout de temps, mais son importance se voit décuplée par le nouvel amendement. « C’est quelque chose de beaucoup plus grave que les cessions de bail et on essaie de nous passer ça en douce. Il ne faut vraiment pas laisser passer ça », conclut-il.

Un développement à échelle humaine pour l’Est de Montréal

Plusieurs résident·es des quartiers de l’Est de Montréal étaient aussi présent·es pour faire entendre leurs inquiétudes par rapport à la vision des participant·es du Sommet concernant leurs milieux de vie.

« On le voit tous les jours et on l’entend toutes les nuits, l’Est de Montréal est déjà trop industrialo-portuaire, et les projets qui sont prévus, c’est tout le contraire de ce dont on a besoin  c’est la croissance portuaire, des industries et des tours à condos pas achetables », dénonce Anaïs Houde, co-porte-parole de Mobilisation 6600.

« C’est porté par la Chambre de commerce de l’Est de Montréal avec des sociétés comme [les pétrolières] Valéro et Suncor. Ce n’est pas la société civile pantoute. »

Anaïs Houde

Elle conteste notamment les prétentions des organisateurs du Sommet de représenter la société civile. « C’est porté par la Chambre de commerce de l’Est de Montréal avec des sociétés comme [les pétrolières] Valéro et Suncor. Ce n’est pas la société civile pantoute », remarque-t-elle.

« C’est pour ça que c’était important pour nous d’être là et de leur rappeler que les habitants de l’Est de Montréal n’ont pas besoin de grands projets pharaoniques, mais d’un véritable milieu de vie qui est pensé pour eux », conclut Anaïs Houde.

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