Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Le gouvernement Legault présente l’offre globale qu’il a faite aux employé·es du secteur public le 29 octobre dernier comme étant une augmentation de 15 % de leur rémunération. Toutefois, l’augmentation réelle offerte à la grande majorité des syndiqué·es est loin d’atteindre ce seuil.

Autant du côté des syndicats que du Conseil du Trésor, on espérait que la nouvelle offre présentée dimanche par le gouvernement allait permettre de relancer sur de nouvelles bases les négociations pour les conventions collectives du secteur public, pour possiblement en arriver à une entente d’ici la fin de l’année.

Toutefois, alors que la ministre responsable de l’Administration gouvernementale et présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel, considère qu’elle offre aux syndiqué·es « des propositions significatives » représentant une bonification de « près de 15 % » (14,8 %) par rapport aux conventions collectives actuelles, les syndicats du Front commun parlent plutôt d’une offre d’augmentation de 10,3 %, reçue comme une « claque au visage ».

En effet, l’offre du gouvernement ne prévoit d’augmenter les salaires de la quasi-totalité des employé·es du secteur public que de 10,3 % au cours des cinq prochaines années, ce qui représente seulement 1,3 % de plus que ce qu’il offrait auparavant (9 %).

Une offre bonifiée pour une minorité

Pour arriver à 14,8 %, le gouvernement ajoute à son calcul quelques éléments qui ne devraient pas s’y retrouver, remarque le président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Robert Comeau.

Une grande partie de ce surplus vient des « offres différenciées », qui sont des montants supplémentaires que le gouvernement prévoit pour les employé·es de secteurs jugés prioritaires, comme les infirmières qui font des quarts de travail défavorables et les psychologues. « La valeur de ces offres différenciées représente globalement un coût de 3 % de la rémunération globale » pour le gouvernement, écrit le Conseil du Trésor par courriel.

Or, à l’échelle de la fonction publique, ce serait une petite minorité qui aurait droit à cette augmentation supplémentaire, prévient Robert Comeau. « À l’APTS, on parle d’environ 2000 membres sur 65 000 », remarque le porte-parole syndical.

Des nouvelles embauches

De plus, pour arriver à un total de 3 % de bonification avec les offres différenciées, le gouvernement calcule aussi de nouvelles embauches qu’il prévoit ajouter à la fonction publique, dont les 4000 aides à la classe annoncées pour venir en soutien au personnel enseignant au primaire et au secondaire, explique Robert Comeau.

« C’est bien beau, c’est même une très bonne idée et nous sommes pour ça, mais ce n’est pas vrai que c’est une augmentation de salaire », remarque-t-il.

Une prime non récurrente

Le calcul du Conseil du Trésor contient aussi une prime de 1000 $, non récurrente, à laquelle auraient droit tous les employé·es de l’État la première année de la nouvelle entente. Le gouvernement présente cette mesure ponctuelle comme « un investissement non récurrent de 1,5 % ».

Contrairement aux prétentions du gouvernement, cette prime équivaudrait à 0,3 % d’augmentation, et non pas à 1,5 %, car elle ne s’applique qu’à la première année.

« C’est certain que ça aide, mais c’est seulement pour une année, donc ce n’est pas comparable à du salaire qu’on reçoit cette semaine et qu’on va aussi recevoir la semaine prochaine », commente Robert Comeau. « C’est ponctuel et ça n’aide pas à convaincre du nouveau monde de venir dans le réseau public, ni même ceux et celles qui y sont de rester. »

Par ailleurs, le Conseil du Trésor rappelle aussi qu’il offre d’augmenter de 1 % en moyenne le salaire des employé·es gagnant moins de 52 000 $ et de certaines personnes en début de carrière, ce qui toucherait plus de 280 000 personnes, selon lui. Cette bonification ne fait par contre pas partie du calcul de 14,8 % avancé par le gouvernement.

Un calcul gonflé

Bref, lorsque le gouvernement avance que son offre est de 15 %, il parle principalement des 10,3 % en salaire, auxquels il ajoute 3 % d’offres différenciées et 1,5 % en primes, pour faire 14,8 %, le tout arrondi à 15 %.

Toutefois, la majorité des syndiqué·es se sont fait offrir une offre équivalente à 10,3 % d’augmentation salariale sur cinq ans et une prime de 1000 $ pour la première année représentant 0,3 %.

Les employé·es jugé·es prioritaires par l’État vont toucher une plus forte augmentation, mais il n’est pas possible de la chiffrer pour l’instant, car les données permettant de savoir exactement qui sera touché par ces hausses et quelle proportion des offres différenciées sera attribuée à de nouvelles embauches ne sont pas disponibles pour l’instant.

Il serait donc plus juste de parler d’une augmentation de la rémunération de 10,6 % dans la majorité des cas, même si le gouvernement propose en effet de bonifier ses dépenses de main-d’œuvre d’environ 15 %.

Quoi qu’il en soit, l’offre reste bien inférieure aux demandes syndicales. Du côté du Front commun formé des 420 000 syndiqué·es des quatre grandes centrales syndicales (FTQ, CSN, CSQ, APTS), on demande plutôt dès l’an prochain une augmentation de 2 % supérieure à l’inflation (ou bien de 100 $ par semaine, selon la formule la plus avantageuse), suivie d’une hausse correspondant à l’inflation plus 3 % en 2024, et d’une dernière équivalent à l’inflation plus 4 % en 2025.

Les syndiqué·es du Front commun tiendront une première journée de grève lundi prochain pour faire pression dans le cadre des négociations qui se poursuivent.

Mise à jour : Cet article a été mis à jour après sa publication initiale pour tenir compte de la réponse du Conseil du Trésor. (01-11-2023)

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